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Un seul mot : plastique

Un seul mot : plastique
Photo d'archives, Simon Clark

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Vous rappelez-vous le film The Graduate ?

Tournée en 1967, cette adaptation du roman à succès de Charles Webb raconte les déboires de Benjamin Braddock, un jeune homme dépressif qui ne sait que faire de sa vie.

Venant tout juste de graduer, il passe ses journées à flotter sur un matelas gonflable dans la piscine de ses parents.

Un jour, un ami de son père désireux de le sortir de sa léthargie le prend par les épaules, le regarde dans les yeux et lui dit : « Je n’ai qu’un mot pour toi, Ben. Un seul. Plastique. Tu m’entends ? Il y a un grand avenir dans le plastique. »

LE CONFORT ET L’INDIFFÉRENCE

La phrase « Je n’ai qu’un mot pour toi : plastique » (l’une des répliques les plus citées dans les anthologies du septième art) n’apparaît pas dans le roman original.

C’est une trouvaille du scénariste Buck Henry.

Dans Seduced by Mrs. Robinson : How The Graduate Became the Touchstone of a Generation, un livre sur le tournage du film-culte de Mike Nichols, la journaliste Beverly Bray raconte que Buck Henry cherchait un mot qui résumerait à lui tout seul la société de consommation que les jeunes comme Benjamin Braddock cherchaient à fuir à la fin des années 60.

Un mot qui symboliserait le confort, le matérialisme, l’ennui, le conformisme, la médiocrité, l’hypocrisie, l’artificialité, le vide spirituel – bref, toutes les valeurs mortifères que la contre-culture associait à la classe moyenne.

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Après de longues heures de réflexion, il en a trouvé un.

Plastique.

Avec ce mot, ce simple mot, Buck Henry a inscrit à jamais son nom dans l’histoire du cinéma.

NOS DÉCHETS

Je pensais à cette scène en lisant le reportage hallucinant d’Élisa Cloutier sur les objets en plastique qui échouent sur les plages des Îles-de-la-Madeleine.

En 1967, le plastique représentait l’avenir, le progrès. Notre vie allait être plus belle, plus douce, plus facile grâce au plastique !

Cinquante ans plus tard, le plastique représente tout le contraire.

C’est l’ennemi à abattre, le symbole de tout ce qui va mal dans notre société : le gaspillage, la surconsommation, la pollution.

Voir des tonnes de plastique flotter dans l’océan Pacifique nous choque, mais on se dit : « C’est causé par les Chinois et les Indiens, qu’est-ce que je peux faire ? »

Mais cette fois, c’est dans notre cour.

Ce sont NOS poubelles que le fleuve vomit sur les plages des Îles. C’est NOTRE je-m’en-foutisme qui cause ça.

Une photo vaut mille mots, dit-on.

Eh bien, un cliché d’une de ces plages vaut un discours d’une heure de Dominic Champagne.

LEGAULT DORT AU GAZ

Hier, les trois partis d’opposition ont réagi à notre reportage. Mais du côté du gouvernement, rien.

À peine deux lignes qui blâmaient les libéraux.

Coudonc, ils ne viennent pas de faire tout un show avec Dominic Champagne, justement ?

Je ne sais pas de quoi monsieur Legault a peur. C’est bien beau, être probusiness.

Mais on parle ici du plastique ! Probablement le produit le plus détesté au monde !

Si la CAQ ne peut même pas prendre d’engagement concernant le maudit plastique, même les gens qui trouvent les écolos fatigants vont vouloir signer le Pacte !