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Beaudoin-Bombardier, quelle famille!

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La famille Beaudoin-Bombardier a réussi un coup de maître lorsqu’elle a décidé en 2003 de racheter avec un groupe d’investisseurs la division Produits Récréatifs de Bombardier pour la somme de 960 M$. Cette transaction a eu lieu à l’époque où Laurent Beaudoin dirigeait lui-même Bombardier.

Valant en Bourse aujourd’hui quelque 4,5 milliards $, Bombardier Produits Récréatifs (BRP) a rapporté une fortune à la famille Beaudoin-Bombardier, qui, par l’entremise de Groupe Beaudier, est toujours restée l’actionnaire de contrôle de BRP malgré la vente de gros blocs d’actions qui lui ont rapporté quelque 650 millions de dollars jusqu’à maintenant.

À cela s’ajoute la valeur boursière des 27,9 millions d’actions de BRP que l’illustre famille détient encore, soit une valeur de 1,3 milliard $.

Notez que les Beaudoin-Bombardier, à l’instar de l’autre gros actionnaire (Bain Capital Luxembourg Investment) de BRP, vont passer de nouveau à la caisse dans le cadre de la nouvelle offre publique de rachat d’actions de BRP pour une valeur de 300 millions $.

PENDANT CE TEMPS-LÀ...

La multinationale Bombardier continue d’en arracher en Bourse, alors que sa capitalisation boursière (5,2 milliards $) dépasse à peine celle de BRP, une entreprise nettement plus petite, dont les revenus sont plus de trois fois inférieurs à ceux de Bombardier. Mais BRP est très rentable.

Il faut dire aussi que la restructuration de Bombardier sous la férule d’Alain Bellemare a déçu bien des investisseurs jusqu’à présent.

C’est ce qui explique sans doute pourquoi l’action de Bombardier se négocie aujourd’hui à seulement 2,14 $, en recul de 20 % par rapport au cours de l’action en vigueur (2,69 $) la veille de sa nomination, en février 2015.

À 2,14 $ l’action, il faut savoir que c’est sous le prix de levée (2,21 $) des blocs d’options que le gouvernement du Québec et la Caisse de dépôt ont reçu lorsqu’ils ont respectivement investi 1,3 milliard $ et 2 milliards $ dans la survie de Bombardier, à l’automne 2015.

Depuis, Bombardier a gratuitement cédé le contrôle de la C Series à Airbus. Québec a vu sa part dans la C Series (rebaptisée A220) passer de 49,5 % à moins de 17 %.

Par ailleurs, on s’attend à ce que le programme d’avions régionaux CRJ, lequel est en difficulté, soit bientôt vendu, alors que des négociations sont en cours avec Mitsubishi Heavy Industries.

En novembre dernier, Bombardier avait annoncé la vente d’un certain nombre d’actifs dits non stratégiques, telles la vente du programme d’avions Q Series, la vente des activités de formation des pilotes et des techniciens d’Avions d’affaires à CAE.

S’est ajoutée par la suite « une initiative de restructuration » à l’échelle de l’entreprise, qui devrait entraîner une réduction d’environ 5000 postes au cours des 12 à 18 mois suivants.

Autre récente mauvaise nouvelle : les résultats de Transport en 2018 n’ont pas atteint les cibles de performance sous-tendant l’investissement de la Caisse dans Bombardier Transport.

MAIS LES PATRONS...

Grâce au RATA (régime d’aliénation de titres automatique) que le conseil d’administration de Bombardier avait mis sur pied l’été dernier, alors que le titre se négociait au-dessus des 4,50 $, une dizaine de hauts dirigeants ont pu liquider des blocs d’actions juste avant l’effondrement de l’action en Bourse à la suite de mauvaises nouvelles.

À lui seul, le grand patron Alain Bellemare a encaissé plus de 10 millions de dollars en liquidant à 4,55 $ un bloc de 3,65 millions d’actions.

À la suite d’une vérification des transactions effectuées par les dirigeants de Bombardier, l’Autorité des marchés financiers (AMF) affirme n’avoir relevé aucune infraction ou manquement à la législation.

FAIR Canada (Fondation canadienne pour l’avancement des droits des investisseurs) conteste la décision de l’AMF et lui demande d’ouvrir une enquête formelle sur les transactions survenues dans le cadre du RATA de Bombardier.

« Compte tenu de l’apparence de transactions irrégulières et de bénéfices importants réalisés par les dirigeants de Bombardier, nous estimons que cela ne suffit pas », indique FAIR Canada dans sa lettre au patron de l’AMF, Louis Morisset.