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C’est quoi ça, un «signe religieux»?

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Le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État, on le sait, même une fois adopté, n’est pas sorti de l’auberge.

Malgré le recours à la clause dérogatoire des chartes canadienne et québécoise des droits, des contestations juridiques s’annoncent déjà. Certaines institutions publiques et même des élus, prônent aussi la désobéissance civile.

Puis, il y a le cadeau empoisonné que fera cette loi aux dirigeants des écoles publiques, là où le port de signes religieux sera interdit aux enseignants embauchés après le dépôt du projet de loi plus tôt cette année.

Le cadeau empoisonné est celui-ci : comment diable identifier ce qui constitue ou pas un «signe religieux» ?

In extremis, le ministre responsable, Simon Jolin-Barrette, propose maintenant que soit considéré comme un signe religieux, «tout objet, notamment un vêtement, un symbole, un bijou, une parure, un accessoire ou un couvre-chef» s’il est porté «en lien avec une conviction ou une croyance religieuse» ou s'il est «raisonnablement considéré comme référant à une appartenance religieuse».

Ouf... Vous avez compris quelque chose, vous? Comme interprétations arbitraires et nettement subjectives, avouez que c’est franchement dur à battre.

Le premier ministre dit que cette définition est perfectible. Tout un euphémisme.

Donc, quoi? Dans l’état actuel de cette définition, les dirigeants d’école pourraient aussi devoir interpréter le degré de «conviction» ou de «croyance» d’une ou d’un enseignant qui porterait quelque chose ressemblant de près ou de loin à un signe religieux? Pas sérieux?

Si je devenais enseignante et que je portais à mon cou, disons un matin comme ça, la médaille de Notre-Dame-de-Paris que j’avais offerte à ma mère de son vivant? Est-ce qu’on me demanderait de l’enlever? Est-ce qu’on me questionnerait sur mon degré de «conviction» catholique? Voyons donc.

Et si je décidais de porter mon superbe pendentif en forme d’étoile de David, acheté à Jérusalem, est-ce qu’on me demanderait de l’enlever? Est-ce qu’on me questionnerait sur mon degré de «conviction» envers le judaïsme?

Et le crucifix au Salon bleu de l’Assemblée nationale?

Pendant des années, les partis politiques ont refusé de le retirer en jurant qu’il n’était pas un signe religieux, mais patrimonial. Et maintenant, on va le retirer parce qu’on vient de découvrir que c’est un signe religieux.

Comme on le voit, tout est ici question d’interprétation arbitraire... et changeante avec l’air du temps.

Et le hijab musulman? L’ex-ministre libérale et notre collègue Fatima Houda-Pépin a longuement expliqué en commission parlementaire pourquoi elle ne considérait pas le hijab comme un signe religieux. Alors, pourquoi l’interdire? À cause d’autres préceptes religieux? Vraiment?

Bref, c’est quoi, ça, un «signe religieux»? Et si on ne le sait pas toujours, pourquoi les interdire?

Devant ce fouillis, que l’on soit pour ou contre le projet de loi 21, Sol Zanetti, député de Québec solidaire, a néanmoins soulevé une excellente question.

Au premier ministre et au ministre Jolin-Barrette, il a suggéré de répondre au questionnaire suivant où l’on retrouve tout plein de symboles, certains religieux et d’autres pas.

Allez voir, ça vaut la peine. À moins d’être un expert en signes religieux, on y perd son latin.

La démonstration est faite par l’absurde que dans sa version actuelle, le projet de loi 21, sèmerait la confusion dans nos écoles publiques. Et ce, face à des enseignantes et des enseignants dont nos enfants ont pourtant grandement besoin.