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Mort mystérieuse en Thaïlande: les parents des sœurs Bélanger toujours dans l’incompréhension

Sept ans après le décès des deux jeunes femmes, des questions demeurent

Noémi (sur la photo), 25 ans, et Audrey, 20 ans, ont été découvertes sans vie, dans leur chambre de Kho Phi Phi en Thaïlande, le 15 juin 2012, après avoir été intoxiquées par un pesticide. Selon la coroner Renée Roussel, elles étaient décédées depuis le 13 juin.
Photo courtoisie Noémi (sur la photo), 25 ans, et Audrey, 20 ans, ont été découvertes sans vie, dans leur chambre de Kho Phi Phi en Thaïlande, le 15 juin 2012, après avoir été intoxiquées par un pesticide. Selon la coroner Renée Roussel, elles étaient décédées depuis le 13 juin.

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Sept ans jour pour jour après la mort des sœurs Bélanger en Thaïlande dans des circonstances troublantes, de nombreuses questions restent toujours sans réponse affirment leurs parents, qui ont du mal à clore ce douloureux chapitre.

En entrevue exclusive au Journal à leur domicile de Lévis, les parents, Linda et Carl Bélanger, originaires de Pohénégamook, admettent être restés «amers» à la suite du drame qui a décimé leur famille et secoué tout le Québec.

«Ça fait sept ans qu’on est zombies pour cette histoire-là. On est épuisés», dit le père. «Nous aurons toujours des doutes et des questions», renchérit Mme Bélanger.

«Plus capable»

La vie n’est plus la même depuis le 13 juin 2012, lorsque leurs filles Audrey et Noémi, âgées à l’époque de 20 et 25 ans, sont décédées dans une chambre d’hôtel de l’île de Koh Phi Phi, en Thaïlande.

«Avant j’étais un gars de défi, j’avais une épicerie. Maintenant, je ne suis plus capable», affirme M. Bélanger avec une boule dans la gorge.

Audrey Bélanger, lors de son voyage en Thaïlande, en juin 2012.
Photo courtoisie
Audrey Bélanger, lors de son voyage en Thaïlande, en juin 2012.

Cette nuit-là, les jeunes voyageuses dormaient au Phi Phi Palms Residence, où elles avaient réservé pour une seule nuit. Noémi et Audrey ont passé la soirée avec deux frères d’origine brésilienne, rencontrés au Vietnam plus tôt dans leur périple. Ces derniers logeaient au même hôtel.

Malheureusement, les jeunes femmes ne sont jamais ressorties de leur chambre.

Selon le rapport du coroner, la préposée à la réception de l’hôtel est allée cogner à la porte de leur chambre le lendemain. Dans sa déposition aux policiers, elle a prétendu qu’Audrey lui aurait entrouvert pour lui répondre qu’elles gardaient la chambre pour une autre nuit. Mais, selon la coroner Renée Roussel, les jeunes femmes étaient déjà mortes.

Ce n’est que le 15 juin que les deux jeunes femmes ont été découvertes par des employés de l’hôtel. Puis, le 16 juin, les Bélanger ont appris la mort de leurs filles par l’entremise des médias.

«Tu ne le crois pas que ce sont tes filles», raconte M. Bélanger, retenant ses sanglots. «Comme deux fous, on attendait que le téléphone sonne le 22 juin [date prévue de leur retour au Québec] et qu’elles nous disent : voyons qu’est-ce que vous faites, vous ne venez pas nous chercher à l’aéroport? Tu espères tout le temps», affirme-t-il. «Elles sont finalement arrivées le 22, mais dans une tombe», poursuit-il.

Selon le rapport du coroner, émis deux ans et demi après le drame, les jeunes femmes sont «probablement» décédées des suites d’une intoxication à la phosphine, un pesticide hautement toxique, qui a la capacité de «tuer rapidement tout ce qui vit» . La substance défendue est largement disponible en Asie, mais ne laisse aucune trace dans l’organisme. «Une recherche négative pour la phosphine ne signifie donc pas qu’elle n’était pas présente», souligne la coroner.

Le Canada n’en a pas fait assez

Pourquoi sur une île aussi achalandée, le personnel de l’hôtel n’est pas venu réclamer le montant de la deuxième nuit, dès le lendemain du drame? Pourquoi les parents n’ont jamais pu s’entretenir avec les frères Brésiliens? Pourquoi les autorités n’ont pas rapidement contacté les parents, alors que toutes leurs pièces d’identité étaient dans la chambre?

Selon les Bélanger, les autorités canadiennes n’ont pas fait tout ce qui était en leur pouvoir pour éclaircir les circonstances de la mort de leurs filles. «Ce qui m’enrage, c’est que si ça avait été des filles de premiers ministres, ça aurait été plus loin», regrette M. Bélanger. À l’époque, aucun premier ministre, ni du Québec ni du Canada n’a contacté la famille à la suite de la tragédie. «Nous avons été laissés à nous-mêmes», critique M. Bélanger.

Aucune indemnisation

À ce jour, les parents des victimes n’ont reçu aucune indemnisation à la suite de la mort de leurs filles. Un an après le drame, le gouvernement thaïlandais leur avait offert 20 000 $, en échange notamment du rapport d’autopsie, qui n’était pas finalisé à ce moment. Avec l’aide de l’avocat Marc Bellemare, les Bélanger tentent aujourd’hui de récupérer cette somme. «Le gouvernement de la Thaïlande a considéré qu’il y avait eu négligence, ils veulent sauver la face, ils veulent que les touristes canadiens continuent de fréquenter ces îles-là. Je crois que c’est dans ce sens qu’ils avaient offert ça», estime l’avocat.

Il souhaite également que la loi sur l’IVAC soit revue, précisant que si les sœurs Bélanger étaient mortes dans de pareilles circonstances au Québec, les parents auraient été indemnisés.

«La loi [de l’IVAC] date de 1972, il faut que ce soit revu et la CAQ a promis de le faire», affirme-t-il.

Mystère entourant les frères brésiliens

Les frères d’origine brésilienne sont les dernières personnes à avoir vu les sœurs Bélanger vivantes dans la nuit du 12 au 13 juin 2012. Cette nuit-là, les quatre voyageurs sont sortis faire la fête. Vers 1h du matin, Audrey Bélanger est rentrée à l’hôtel en compagnie d’un des jeunes hommes. Ils ont passé quelques heures dans la chambre des soeurs. Puis, Noémi est rentrée trois heures plus tard, en compagnie du deuxième frère. Selon ce qu’Interpol a affirmé aux Bélanger, le frère qui avait passé quelques heures dans la chambre des victimes a ensuite été «très malade» pendant deux jours.

Malgré tout, les parents n’ont jamais réussi à s’entretenir avec eux. Selon Mme Bélanger, le fait qu’ils aient été arrêtés puis relâchés pourrait expliquer leur refus. «Au début, ils étaient suspects. Mais, Interpol nous a indiqué qu’ils n’avaient rien à voir avec le décès de nos filles. On aimerait juste savoir ce qu’il s’est passé», implore-t-elle. Le rapport du coroner indique par ailleurs qu’aucune trace de violence n’a été observée sur les corps des jeunes femmes. Aucune drogue n'a non plus été détectée dans leur organisme.

Qu’est-ce que la phosphine ?

La phosphine est un dérivé du phosphure d’aluminium. Le pesticide est utilisé dans plusieurs pays, entre autres pour éliminer les punaises de lit. Au contact de l’eau ou de l’humidité, la toxine peut provoquer la mort en quelques heures, notamment en causant une dysfonction pulmonaire.

«Dans l’organisme humain, il dénature l’hémoglobine compromettant le transport de l’oxygène aux cellules», peut-on lire dans le rapport du coroner.

Sept ans après le décès des sœurs Bélanger, aucun développement en matière de recherches ou d’expertises ne permet de retracer cette substance dans l’organisme chez des personnes qui en seraient décédées, confirme la coroner Renée Roussel.

Le fil des événements

12 juin 2012

Les sœurs Bélanger louent une chambre au Phi Phi Palms Residence

13 juin

Une employée cogne à la porte. Elle prétend avoir parlé à Audrey, qui lui aurait dit qu’elles gardaient la chambre pour une autre nuit.

14 juin

Un autre employé de l’hôtel cogne à la porte. Il l’entrouvre et présume qu’elles dorment.

15 juin

Les corps sont découverts. La police arrive sur les lieux.

16 juin

Carl et Linda Bélanger apprennent la mort de leurs filles dans les médias.

19 juin

Une première autopsie est réalisée en Thaïlande. Elle conclut qu’elles sont mortes d’intoxication au DEET, ce qui est réfuté par la coroner au Québec.

22 juin

Les corps sont rapatriés au Canada. Début des expertises au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale de Montréal.

Octobre 2013

Le gouvernement thaïlandais offre 20 000 $ en dommages aux parents.

7 janvier 2015

Dépôt du rapport de la coroner, Renée Roussel, qui conclut à une mort par intoxication à la phosphine, un pesticide qui «tue rapidement».