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Nous, c’est mal, eux, c’est normal?

Élection Fédérale
Photo d'archives, Hugo Joncas Nicola Di lorio

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Connaissez-vous l’ex-député libéral fédéral de Saint-Léonard–Saint-Michel Nicola Di Iorio ?

Ne soyez pas embarrassé de dire non. Il n’a fait parler de lui que pour les mauvaises raisons.

Plus vite on l’oubliera, mieux ce sera.

Pourquoi je vous en parle alors ?

Le gars est très fâché.

Les membres du PLC de la circonscription ont voté afin de choisir le candidat du parti à la prochaine élection fédérale.

Oups !

Hassan Guillet
Photo d'archives, AFP
Hassan Guillet

C’est Hassan Guillet, un musulman d’origine libanaise, un ex-imam, ingénieur et avocat à la retraite, longtemps à l’emploi de Bombardier, qui l’a emporté devant deux candidats d’origine italienne.

Pour la première fois en 50 ans, le candidat libéral dans Saint-Léonard ne sera pas un Italien d’origine.

Voilà ce qui choque M. Di Iorio.

Dans le déroulement du vote, aucune irrégularité, aucune entorse confirmée aux règles.

Il faut ici bien cadrer les affaires.

On peut avoir telle ou telle réserve sur la candidature de M. Guillet, mais il n’occupe plus de fonctions religieuses, avait le droit d’être candidat et a remporté la course.

Mais, ô horreur pour M. Di Iorio, il n’est pas italien.

L’investiture libérale dans Saint-Léonard « doit » revenir à un Italien.

C’est à eux. C’est leur chasse gardée, leur propriété, leur instrument, leur ce-que-vous-voulez.

Comprenez-vous ? Capisci ?

Il dit : « La communauté se sent tassée ».

Il n’est pas seul à penser ainsi.

Le président du Congrès national des Italo-Canadiens, Antonio Sciascia, dit : « C’est un désastre. Ça nous met en tabarouette, en bon québécois. On a commis une grande bêtise ».

Sentez-vous la petite musique derrière ce « on » ?

Bref, « on » peut élire une nullité absolue comme Di Iorio ou, jadis, un personnage sulfureux comme Alfonso Gagliano, ou la ribambelle d’ex-députés d’origine italienne aujourd’hui oubliés parce qu’ils ne méritaient pas qu’on se souvienne d’eux.

L’important, c’est que le gars soit « un des nôtres », un Italo-Canadien.

Si ce n’est pas une conception « ethnique » de la politique, je ne sais pas ce que c’est.

Imaginez le tollé si on disait que seul un « vrai » Québécois, un « pure laine », une vraie « souche » pouvait correctement représenter les électeurs de Jonquière ou de Maskinongé.

Ouverture ?

Vous me direz que ce n’est pas nouveau et qu’il y a d’autres communautés ethnoculturelles dont certains membres pensent pareil. Vrai.

Vous me direz que lorsqu’une communauté est minoritaire, il est compréhensible qu’elle serre les coudes et défende âprement sa position. D’accord.

Mais alors, de deux choses l’une...

Si c’est « compréhensible » pour certaines communautés, pourquoi est-ce condamnable que les Québécois francophones, de plus en plus minoritaires au Canada, dont la langue et l’identité sont tout sauf assurées, se serrent les coudes eux aussi et fassent pareil ?

Et si c’est mal, si c’est du repli sur soi ethnique, si c’est de la « fermeture », pourquoi le condamner dans le cas des Québécois francophones et l’accepter pour les autres ?

La vérité est que depuis Trudeau père, le PLC, le parti de la pseudo-ouverture est le parti qui pratique le clientélisme ethnique le plus hypocrite et le plus éhonté.