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Grosses subventions à Google, Amazon et cie

Grosses subventions à Google, Amazon et cie
AFP

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Le gouvernement du Québec verse depuis longtemps des centaines de millions chaque année à des transnationales étrangères en subventions directes et indirectes comme les bas tarifs d’électricité, les congés d’impôt et de taxes, les prêts sans intérêts souvent jamais remboursés, le paiement de presque la moitié des salaires des employés, des garanties de prêts, de juteux contrats en PPP, etc. Du socialisme pur et simple au service des capitalistes.  

Et tout cela sans aucune étude sérieuse. L’idéologie, les prétentions fumeuses et le travail en catimini des lobbyistes suffisent à convaincre nos élus néophytes déjà convaincus qu’ils sont. On nous dit que les subventions aux multinationales servent à créer de l’emploi alors que nous sommes supposément en grosse pénurie d’emplois. À ce propos: «Subventions aux entreprises. Québec ne dévoile pas ses études de rentabilité fiscale» (La Presse, 30 octobre 2014). Le gouvernement ne dévoile pas ses études parce qu’il n’en a pas. Et il n’en veut pas parce que ce n’est pas rentable. Puis-je demander poliment aux journalistes d’arrêter d’utiliser le terme «crédit d’impôt» aux entreprises en lieu et place de subventions en argent sonnant et trébuchant? Le terme «crédit d’impôt» est trompeur et laisse sous-entendre que ce sont des baisses ou des remboursements d’impôts sur le revenu alors qu’il s’agit de subventions en cold cash, peu importe si la firme paie ou ne paie pas d’impôts et de taxes.   

C’est drôle, même si Québec subventionne ces entreprises depuis toujours au moins trois fois plus que l’Ontario, en fait, lors de l’application de ses mesures d’austérité à tous les services publics, le gouvernement libéral du Québec n’a jamais osé toucher aux millions de dollars versés en fonds publics aux entreprises et aux écoles privées. Les coupes reliées à la rigueur budgétaire étaient juste pour nos programmes sociaux.    

Des ex-ministres défendent les subventions  

«Jeu vidéo. Cinq ministres défendent le crédit d’impôt [il faut toutefois plutôt parler de subvention]» (Le Devoir, 13 septembre 2017). Il s’agit de feu Bernard Landry, qui s’est associé aux ex-gros canons libéraux, tous rendus dans le privé, soit la «dame de fer» Monique Jérôme (celle qui disait que notre eau publique n’était pas bonne); Raymond Bachand (devenu lobbyiste); Michel Audet (un ancien président de Chambre de commerce); et l’ex-première ministre péquiste Pauline Marois. Ils sont venus courageusement à la défense des subventions versées majoritairement à des grosses firmes étrangères. Et puis, le même jour que la parution de l’article qui leur était consacré, Le Devoir a publié l’opinion des cinq mousquetaires: «Des crédits d’impôt toujours pertinents» (Le Devoir, 13 septembre 2017). Aucun chiffre lancé ni aucune étude concluants à la base de leur argumentation.    

Google reçoit des centaines de millions pour un centre de données  

Comme si ce n’était pas assez et comme si elles avaient besoin d’argent, voilà que Google et Amazon projettent de construire au Québec des centres de données rattachés à de grosses subventions de toutes sortes : « Google souhaite s’installer à Beauharnois » et « Le géant Amazon débarque à Varennes » (Le Journal de Montréal, 21 mai 2019 et 29 mai 2018). Des centres de données qui créent peu d’emplois et qui nécessitent beaucoup d’électricité à rabais et beaucoup d’autres cadeaux gouvernementaux. C’est drôle, ces deux compagnies américaines installent ailleurs au Canada leurs centres de distribution, de recherche, d’administration et autres. Mais c’est au Québec qu’elles veulent installer leurs centres de données. Pourquoi donc selon vous?   

La moutarde me monte au nez  

Sans aucune étude probante à l’appui, Google va payer son électricité moins de 4 cents le kilowattheure; va recevoir un congé fiscal de 15 % lors de son investissement (immeuble et équipement) et un remboursement complet de la TVQ et de la TPS. Et en plus d’autres générosités gouvernementales, Québec va défrayer à Google et à Amazon 20% des salaires de leurs employés, jusqu’à concurrence de 20 000$ par année par employé. Je ne sais pas pour vous, mais moi j’appelle ça de la folie furieuse. Que le gouvernement investisse donc cet argent dans nos services publics qui tombent en ruines! Et ils appellent ça de la création de richesses. Avec de tels politiciens et de telles politiques, le Québec peut bien être moins riche que les autres provinces même si on subventionne plus qu’ailleurs. Pour justifier l’injustifiable, leurs agences de relations publiques vont vous déballer les mots passe-partout de gros bon sens, pragmatisme, réalisme, modernisme, concurrence internationale, etc.    

Par ici la bonne soupe  

Pendant que les contribuables ordinaires, qui sont pourtant les propriétaires légaux d’Hydro-Québec, paient plus de 12 cent le kWh (incluant TPS, TVQ, l’impôt et la redevance), les affairistes se paient la traite et défraient moins de 4 cents le kWh leur électricité, grâce à la collaboration de nos élus, en plus du déluge d’aide gouvernementale directe et indirecte qui leur sont cordialement versée sous le prétexte de la création de la richesse. Tiens, tiens: «Marijuana. Le Québec, terre promise des producteurs. Les bas tarifs de l’électricité attirent les promoteurs de l’extérieur, notamment de l’Ontario» (Le Devoir, 16 septembre 2017). Pourquoi ne demandent-ils pas au riche gouvernement de l’Ontario de leur accorder des tarifs bonbons d’électricité? Allô création d’emplois et de richesse avec des centres de données et des serres qui font pousser de la marijuana. C’est sûr que les opportunistes du pot ont grandement besoin d’être soutenus financièrement par la collectivité: « Jusqu’à 200% de profits pour les producteurs de cannabis» (Le Journal de Montréal, 16 janvier 2018). Ça stimule les changements de carrière, comme dans: «Pour lui (un agriculteur de Mirabel avec sa grosse serre), le cannabis est 10 fois plus payant que les tomates» (Le Journal de Montréal, 19 décembre 2017). On est content de l’aider. Pendant qu’Hydro-Québec leur vend de l’électricité à rabais, elle en achète à plus de 11 cents le kWh à des producteurs privés propriétaires d’éoliennes et de barrages.   

Et pourquoi pas subventionner les spéculations en cryptomonnaies qui ont besoin de gros ordinateurs nécessitant beaucoup de pouvoir électrique? Une industrie vraiment utile pour le bien-être de la collectivité et pour le bien commun. Encore sans étude, le gouvernement du Québec se montre très généreux avec notre argent: «Québec ouvre les vannes pour la cryptomonnaie» (Le Journal de Montréal, 30 mai 2018).    

Et une autre bonne nouvelle pour terminer en beauté  

La CAQ impressionne peut-être le dramaturge Dominic Champagne, mais pas moi: «Un chèque de 1,75 M$ au plus gros producteur d’or au monde [Newmont Goldcorp] » (Le Journal de Montréal, 23 mai 2019). La CAQ verse une subvention de 1,75 M$ pour un projet de fibre optique de 124 kilomètres à la mine de l’entreprise dans le Nord du Québec. Et en toute candeur, le ministre caquiste de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien, nous dit que ce n’est pas un cadeau, mais du développement économique. On est pourtant dans une économie de marché qui prône moins d’État. Qu’on laisse les fournisseurs Bell, Telus et Rogers payer la note pour brancher la minière.