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Idiots d’Amérique

charte de la laïcité
Photo courtoisie

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Sommes-nous si insignifiants que nous ne pourrions appliquer une loi qui a ses précédents dans plusieurs pays? En écoutant et en lisant certains commentaires sur le projet de loi sur la laïcité de l’État, nous pourrions croire que nous sommes un peuple de demeurés créchant à l’air du populisme et incapable d’ouverture au monde.

En France, la loi sur la laïcité date de 1905 et son actualisation dans les années 2000, avec des restrictions encore plus grandes que le projet de loi 21 sur le port de signes religieux, est en vigueur sans que ce soit la pagaille. L’interdiction du port de signes religieux s’applique à l’ensemble des employés et agents de l’État. Qui plus est, l’interdiction est aussi faite aux étudiants du primaire jusqu’à l’université lorsqu’ils sont en classe. Pour ce qui est du visage à découvert, sans voile intégral ou burqa, c’est en tout temps dans l’espace public, à la différence du projet 21 qui en ferait une exigence seulement dans l’obtention d’un service public.

La Suisse pose sensiblement les mêmes interdictions que les Français. Nous retrouvons également ce type de restrictions dans les pays scandinaves et certains pays africains 

La lettre ouverte de Marco Micone dans le Devoir ainsi que les commentaires de Tasha Kheireddin au Téléjournal de Radio-Canada voudraient nous associer à un repli sur soi. D’autres, comme Agnès Gruda, dans la foulée de la ligne éditoriale de La Presse tentent de faire croire qu’on ne saurait distinguer les signes religieux. Comble du ridicule, ces apôtres du multiculturalisme présentent l’éventuelle loi comme un projet d’exclusion qui ne favorise pas l’intégration alors que le problème du Québec est précisément le communautarisme croissant. 

Micone évoque un psychodrame linguistique qui s’est fait sur le dos des italophones dans les années 70 et qui a abouti à la loi 101. Il argue même que c’est le fruit d’un nationalisme revanchard et qu’il faut comprendre le désir de sa communauté de ne pas être assimilée. Divaguant sur le référendum perdu et le néolibéralisme, il pousse l’audace jusqu’à prétendre qu’il est normal que sa communauté ne veuille pas être assimilée à la culture francophone québécoise, invoquant en ce sens notre résistance à l’assimilation anglaise. Pourtant, les Italiens de Saint-Léonard s’anglicisaient en choisissant l’intégration canadienne à celle du Québec. Nous ne sommes tout simplement pas une nation à ses yeux, mais une communauté dans la mosaïque canadienne. Merci au docteur Laurin d’y avoir vu! 

Aujourd’hui, Micone prétend que le gouvernement Legault s’en prend aux musulmans et plus particulièrement à leurs femmes. La loi concerne toutes les religions même si plusieurs mettent l’accent sur le voile des femmes musulmanes car il est probablement le plus apparent et en croissance dans l’espace public et qu’il apparaît pour certains comme une forme d’oppression. À ses dires, nous nous aliénons un autre segment de population qui nous éloignerait encore plus de l’indépendance, car, selon lui, nos revendications linguistiques ont rebuté les Italiens et ont fait perdre le référendum de 1995. Il pourrait sérieusement corriger sa méconnaissance de l’histoire en lisant le livre de Pierre Dubuc, Dans quel camp êtes-vous, pour comprendre que si les gouvernements québécois n’agissent pas pour protéger nos us et coutumes, nous nous condamnons à une disparition tranquille.

Le vivre ensemble n’est pas chose simple et la montée du communautarisme complexifie cette quête de repères communs. Notre affirmation nationale ne peut définitivement pas transiter par un « melting pot » à l’américaine et il importe que le gouvernement québécois en trace les pourtours.