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Bilan de fin de session: François Legault n’hésitera pas à recourir au bâillon

Il procéderait pour imposer des changements à l’État québécois

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Le gouvernement Legault n’hésitera pas dans l’avenir à recourir au bâillon pour imposer des changements à l’État québécois, a prévenu le premier ministre, vendredi, à la veille d’un week-end où il fera adopter de force ses projets de loi sur l’immigration et la laïcité.

« Plus un gouvernement veut faire de changements, plus il va être appelé à faire adopter sous bâillon un projet de loi. Nous, on veut faire de grands changements. Je pense que le Québec était dû depuis 15 ans, pour de grands changements », a déclaré François Legault lors du bilan de la première session parlementaire complète de son gouvernement.

La feuille de route du gouvernement est toutefois assombrie par une prolongation de la session parlementaire, samedi et dimanche, afin de forcer l’adoption de la réforme de l’immigration et de l’interdiction des signes religieux aux employés de l’État en position d’autorité.

François Legault estime que les libéraux font preuve d’obstruction en commission parlementaire sur les deux pièces législatives.

Selon lui, il y a urgence d’adopter la réforme de l’immigration afin que le Québec puisse choisir ses immigrants en fonction des besoins des entreprises.

Le premier ministre François Legault a procédé vendredi au bilan de la première session parlementaire complète de son gouvernement, en compagnie des ministres Simon Jolin-Barrette et Geneviève Guilbault.
Photo Stevens Leblanc
Le premier ministre François Legault a procédé vendredi au bilan de la première session parlementaire complète de son gouvernement, en compagnie des ministres Simon Jolin-Barrette et Geneviève Guilbault.

«Risques pour la Cohésion sociale »

Quant au projet de loi sur la laïcité, le leader caquiste affirme que de laisser traîner le débat poserait « des risques pour la cohésion sociale », notamment en laissant le champ libre à une montée de l’extrême droite.

« Je pense que la meilleure façon d’éviter des extrêmes, c’est de définir un carré de sable », estime François Legault.

Sans nommer l’islamisme, le premier ministre a également présenté son projet de loi comme un rempart contre l’extrémisme religieux. « Il y a des gens, qui voient ce qui se passe ailleurs, qui craignent la montée des extrémistes », dit-il.

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Projet de loi « modéré »

Avec ce projet de loi, qu’il qualifie de « modéré » puisqu’il s’applique « à très peu de personnes », François Legault se défend d’alimenter la peur de l’Autre.

« Au contraire, à partir du moment où on définit que les personnes qui sont en autorité ne peuvent pas porter de signes religieux, ça veut dire que tous ceux qui occupent d’autres fonctions, tous ceux qui se promènent dans la rue, ils ont le droit de porter des signes religieux », affirme le premier ministre.

Pour Québec solidaire, l’adoption du projet de loi sur la laïcité ne mettra pas un terme au débat qui secoue le Québec depuis plus de 10 ans.

« Loin de mettre le couvercle sur la marmite, ça ouvre la porte à ce que, dans les prochaines années, des groupes et des individus continuent à se faire entendre pour interdire toujours plus », estime Gabriel Nadeau-Dubois.

« Épouvantable »

De son côté, le chef intérimaire du Parti québécois affirme que l’utilisation du bâillon constitue un symbole « épouvantable », même si sa formation appuie le principe du projet de loi.

Le chef intérimaire libéral, lui, a mis en garde François Legault contre une multiplication de telles mesures au cours des prochaines années. « Je souhaite qu’il ne le fasse pas, parce qu’à un moment donné, ça va être quelque chose qui va se revirer contre lui », estime Pierre Arcand.

Fierté

François Legault affirme que le Québec a retrouvé sa « fierté » avec l’élection de son gouvernement. « De sentir cette fierté retrouvée chez notre peuple qui se redresse, avance, réussit, ça me rend l’homme le plus heureux du monde d’être leur premier ministre », a-t-il lancé lors de son discours.

Restrictions sur le cannabis comestible

Québec imposera des restrictions, par voie de règlement, aux produits de cannabis comestibles qui seront légalisés par Ottawa en décembre prochain. « Ce qu’on me dit, c’est que la consommation est plus grave que l’effet de la fumée, souligne M. Legault. Donc, il faut s’assurer que ce soit bien encadré. »

Pas de remaniement

Même si le ministre Simon Jolin-Barrette «n’aura plus grand-chose à faire», une fois adoptés les deux importants projets qu’il pilote, François Legault n’envisage pas un remaniement d’ici l’automne. Son leader parlementaire pourrait toutefois se voir confier un projet de réforme du système parlementaire, a révélé le premier ministre. M. Legault souhaite rendre les procédures plus efficaces, notamment en commission parlementaire. Celles-ci pourraient, par exemple, se faire imposer un maximum de 50 heures de débats, avant de passer au vote.

S’excuser... ou pleurer ?

Au cours de la session, le premier ministre a présenté ses excuses à quelques reprises, notamment vendredi, au sujet de l’agronome Louis Robert. Comparé à Justin Trudeau, qui a tendance à verser une larme, M. Legault n’a pu s’empêcher de lancer : « Je n’ai pas pleuré... je laisse ça à d’autres ». Se reprenant rapidement, il a cependant ajouté qu’il lui « arrive de pleurer, c’est correct ».