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De 4 à 6 semaines pour un rendez-vous chez la coiffeuse

Le travail au noir accentue la pénurie de main-d’œuvre qui sévit dans les salons

Près de 85 % des coiffeuses au Québec, comme Candide Labbé-Dumas, du salon Marcel Pelchat, à Québec, sont des femmes.
Photo Jean-Francois Desgagnés Près de 85 % des coiffeuses au Québec, comme Candide Labbé-Dumas, du salon Marcel Pelchat, à Québec, sont des femmes.

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Qui aurait cru qu’un jour le temps d’attente pour obtenir un rendez-vous dans un salon de coiffure rivaliserait avec les délais pour voir un médecin ? C’est pourtant le cas au Québec.

Conséquence directe de la pénurie de main-d’œuvre, plusieurs salons ne prennent plus de nouveaux clients parce qu’ils ne sont pas en mesure de subvenir à la demande.

« On refuse tellement de clientes. Avant, une cliente appelait pour avoir un rendez-vous durant la semaine et il n’y avait pas de problème. Maintenant, il faut prévoir un mois à l’avance et même plus parfois », témoigne Martin Rocheleau, copropriétaire du salon Marcel Pelchat, situé au centre commercial Laurier Québec, à Québec.

M. Rocheleau serait prêt à embaucher quatre nouvelles coiffeuses demain matin, s’il le pouvait, mais il peine à recruter des candidates.

« Il y a eu beaucoup de désinformation à cause du travail au noir qui vient fausser les statistiques, ce qui décourage beaucoup de jeunes, alors qu’on peut très bien gagner sa vie. Un bon coiffeur peut gagner 80 000 $ avec les pourboires. Il y en a qui se rapprochent même des six chiffres et je n’exagère pas », soutient-il.

Pourtant, d’après Emploi-Québec, le salaire moyen d’un coiffeur en 2015 était de 18 000 $. Cela est loin de refléter la réalité, poursuit pour sa part Gervais Bisson, président de l’Association professionnelle des employeurs de la coiffure du Québec.

Le travail au noir encouragé

« La pénurie est loin de se résorber. Le système actuel favorise le travail au noir et tout le monde sait que le gouvernement ne fait rien pour l’enrayer », dénonce-t-il.

« On vit ce qu’illico vit avec Netflix. C’est frustrant. Même chose avec les chauffeurs de taxi qui ont vécu ça avec Uber. Il y a des gens qui n’ont pas les mêmes règles que nous », s’indigne Stéphane Roy, copropriétaire de la chaîne de salons Oblic, à Montréal.

M. Roy estime que la pénurie qui sévit dans l’industrie est attribuable au nombre de coiffeuses qui quittent des emplois de salariées pour devenir travailleuses autonomes en louant une chaise.

Revoir les règles

Les lois fiscales n’obligent pas les travailleurs autonomes à s’inscrire aux fichiers de la TPS et de la TVQ s’ils gagnent moins de 30 000 $. Selon MM. Bisson et Roy, plusieurs coiffeuses « omettent » de déclarer l’ensemble de leurs revenus dans ce contexte.

D’après le comité sectoriel de la main-d’œuvre des services en soins personnels, 61 % des coiffeurs au Québec sont des travailleurs autonomes. Dans les salons, qui embauchent des salariés, la grogne gagne du terrain. Le groupe Propriétaires et coiffeurs à boutte accumule les adeptes sur Facebook.

« Le travail au noir, c’est la source de tous nos problèmes », affirme Karine Charron de Saint-Eustache qui est l’une des instigatrices.

Prêt de main-d’œuvre

Une initiative inspirante à Montréal

Le projet de prêt de main-d’œuvre interentreprises, qui a été initié par l’organisme PME MTL Est-de-l’Île, suscite un grand engouement. Mis à l’essai l’année dernière, l’échange d’employés entre USD Global et Studio Artefact existe toujours et il pourrait inspirer d’autres entreprises à faire de même.

« Ce sont deux entreprises non concurrentes dans leur domaine d’action qui avaient des besoins saisonniers de main-d’œuvre. Elles ont transféré cinq employés pour une période donnée qui correspondait à une période creuse par rapport à l’autre », a expliqué Véronique Perreault, conseillère en gestion des ressources humaines.

Au moins cinq regroupements d’entreprises de partout au Québec ont contacté PME MTL Est-de-l’Île depuis pour en apprendre davantage sur le mode de fonctionnement de ces échanges.

« On est en train de s’équiper pour répondre à la demande. On aurait avantage à recenser tous les besoins et à les informatiser avec la technologie pour nous permettre de faire les arrimages », a-t-elle ajouté.

Programme travail-études

14 chefs diplômés pour Restos Plaisirs

Le groupe Restos Plaisirs, qui possède 12 restaurants dans la région de Québec, a souligné récemment le mérite de 14 chefs travaillant pour l’entreprise ayant terminé un programme de formation de 315 heures développé pour favoriser leurs connaissances en gestion. Le programme Chef Restos Plaisirs a été lancé l’année dernière en collaboration avec l’École hôtelière Fierbourg et Emploi-Québec.

La première cohorte a complété avec succès la formation qui était proposée dans la formule travail-études.

« Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, cette initiative représente un moyen concret de rétention de personnel », a fait part Valérie Houde, directrice des ressources humaines et associée. Les compétences développées sont variées et touchent notamment la structure organisationnelle d’une cuisine, la gestion du personnel et la comptabilité.

Niveau record de postes vacants

Le nombre de postes vacants dans le secteur privé au Canada a atteint un record au premier trimestre, selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) qui indique que le Québec a le plus haut taux d’emplois vacants au pays.

Au total, 435 000 postes étaient à pourvoir au Canada, dont 120 800 au Québec au cours de cette période. Le taux de postes vacants se situait à 3,3 % en moyenne au pays. Le Québec a continué de connaître la pénurie de main-d’œuvre la plus sévère avec un taux de postes vacants de 4,1 %, en hausse de 0,1 % par rapport au dernier trimestre, devant la Colombie-Britannique et l’Ontario.

Selon la Fédération, le taux de postes vacants a eu un impact sur l’augmentation des salaires : les entreprises ayant au moins un poste vacant prévoyaient une hausse moyenne globale des salaires de 2,2 %, contre 1,3 % en moyenne pour celles n’en ayant aucun.


Chaque samedi, Le Journal traitera des enjeux touchant la pénurie de main-d’œuvre. Comment les entreprises s’ajustent à cette nouvelle réalité. Comment les travailleurs, jeunes, immigrés et plus âgés, s’y préparent.

♦ Si vous avez des témoignages à donner ou des solutions à proposer, veuillez écrire à diane.tremblay@quebecormedia.com.