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Épouse parfaite et vie parfaite?

Camilla Läckberg
Photo courtoisie, Magnus Ragnvid

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Auteure de best-sellers vendus à plus de 23 millions d’exemplaires à travers le monde, la Suédoise Camilla Läckberg propose une intrigue féroce qui se marie à une critique sociale impitoyable sur la société suédoise dans son nouveau roman, La cage dorée. À travers le personnage de Faye, on assiste à la revanche d’une bourgeoise trahie qui décide de ne plus jamais être le fantôme d’elle-même pour plaire à son riche, mais détestable mari.

Très intéressant, son roman dépeint subtilement une société en perte de valeurs. Faye, personnage central du roman, descend de plus en plus bas pour garder l’intérêt d’un homme qui, visiblement, ne fait pas grand cas de sa présence et ne s’intéresse pas à leur fille.

L’écrivaine, en entrevue par courriel, explique qu’elle portait l’histoire de La cage dorée en elle depuis une bonne décennie avant de se lancer dans l’écriture.

Elle explique être une fan de longue date du travail de la romancière et essayiste féministe britannique Fay Weldon, et notamment de sa nouvelle, The Life and Loves of a She-Devil, adaptée au cinéma (She-devil, la diable).

« Je l’ai lue et relue plusieurs fois au fil des ans. Je me suis demandé de quoi aurait l’air une “She-Devil” aujourd’hui, et le personnage de Faye et son histoire me sont apparus. »

Elle considère qu’elle n’aurait pas pu écrire La cage dorée plus tôt. « Je suis devenue plus forte et plus courageuse avec l’âge et je sentais que je devais sortir de ma zone de confort, comme écrivaine. Ce livre a été mon plus grand défi d’auteur jusqu’à présent. »

Les belles « oies »

Camilla Läckberg a observé des personnages comme Faye et les femmes de son entourage, ces femmes belles et artificielles surnommées « les oies » dans le roman.

Des épouses parfaites à la vie parfaite ? « On peut en voir partout dans le monde, pas seulement à Stockholm. Le contexte et le niveau social peuvent varier, mais le comportement reste le même. C’est toujours difficile de dire si quelqu’un a une vie parfaite ou pas, et ce qu’on nous présente sur les réseaux sociaux ne montre pas toujours la réalité. »

Cela dit, elle considère que les gens peuvent bien faire ce qu’ils veulent. « Je n’ai rien contre les femmes qui restent à la maison. Je veux simplement souligner que les femmes doivent s’assurer que leur situation économique ne dépend pas complètement de leur conjoint. »

Dans le roman, Faye est intelligente, solide et ambitieuse. Toutefois, elle met de côté ses rêves et ses projets pour plaire à son mari, Jack.

Elle vit dans le luxe, mais doit obéir à ses moindres caprices et faire des choses insensées pour le garder. Et un jour, elle découvre que Jack la trahit...

Bouleversée par ses personnages

Pendant l’écriture de La cage dorée, Camilla Läckberg était parfois très bouleversée par le comportement de Jack, mais aussi par celui des femmes abusées, qui obéissent malgré tout et cherchent à tout prix à être la « bonne fille » pour plaire.

« Ce roman est un long tribut aux femmes qui se tiennent debout et qui sont loyales envers les autres femmes. »

Le roman est une œuvre de fiction, bien sûr, et Faye prend sa revanche d’une manière « extrême », commente l’écrivaine, mais elle voulait que le personnage soit aussi complexe et nuancé que possible.

« Elle n’est pas folle. Je voulais qu’elle soit très humaine et que les lecteurs comprennent ses gestes. À travers son histoire, je voulais montrer qu’il est possible de s’émanciper, de reprendre le contrôle de sa vie, même si le chemin à prendre n’est pas le plus facile. »

► Camilla Läckberg est l’auteure de la série policière à succès Fjällbacka.

► Elle est cofondatrice d’une compagnie d’investissement appelée Invest in Her, qui fait la promotion de l’entrepreneuriat féminin.

► Elle est mère de quatre enfants.

► Il y a des projets d’adaptation cinématographique pour La cage dorée.

EXTRAIT

<b><i>La cage dorée</i></b><br>
Camilla Läckberg<br>
Éditions Actes Sud<br>
344 pages
Photo courtoisie, Éditions Actes Sud
La cage dorée
Camilla Läckberg
Éditions Actes Sud
344 pages

« Elle faisait partie de la frange la plus riche du pays peut-être le plus aisé de la planète. Elle n’avait pas besoin de travailler, de penser aux factures, ni même à aller chercher sa fille à la maternelle : il y avait une armée de baby-sitters et de femmes de ménage prêtes à l’aider pour tout. Parfois, elle se faisait même livrer ses sacs de shopping pour éviter d’avoir à les traîner. »

– Camilla Läckberg, La cage dorée, Éditions Actes Sud