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Le Québec trop pauvre pour entretenir toutes ses routes

Un ingénieur du ministère reconnaît dans une rare entrevue que le réseau est géré avec des moyens limités

L’expert en chaussées Guy Bergeron est fier du travail qu’accomplit le ministère des Transports du Québec pour assurer la qualité des routes, mais il doit faire avec les moyens que lui accordent les décideurs.
Photo Agence QMI, Simon Clark L’expert en chaussées Guy Bergeron est fier du travail qu’accomplit le ministère des Transports du Québec pour assurer la qualité des routes, mais il doit faire avec les moyens que lui accordent les décideurs.

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Les automobilistes peuvent bien être excédés par l’état des routes : le Québec est trop pauvre pour entretenir le réseau qu’il s’est construit, selon le principal expert des chaussées au ministère des Transports.

« On ne peut pas refaire toutes les routes, il y en a trop, on n’a pas assez d’argent pour les reconstruire toutes », tranche Guy Bergeron, ingénieur spécialisé en conception de routes au ministère des Transports du Québec (MTQ).

Notre Bureau d’enquête a passé près de deux heures en sa compagnie, question de mieux comprendre les maux qui affligent le réseau routier québécois.

Selon l’expert, le gouvernement agit tout simplement en fonction de sa capacité de payer.

« On pourrait difficilement comprendre que nos écoles et notre système de santé soient dans un pire état qu’ils le sont déjà » pour se payer des autoroutes neuves, dit-il.

De profonds cratères sont visibles sur le 
chemin Craig, à Lévis.
Photo Stevens LeBlanc
De profonds cratères sont visibles sur le chemin Craig, à Lévis.

Un trop grand réseau ?

Avec seulement huit millions d’habitants, le Québec doit gérer un réseau de plus de 30 000 km, l’un des plus vastes d’Amérique du Nord.

« Ça fait moins de 270 personnes par kilomètre, dit M. Bergeron. Si vous faites le même calcul pour l’Ontario, ils ont 21 000 km de route et ils sont 15 millions [d’habitants]. Ça, ça veut dire qu’ils sont plus de 700 par kilomètre... Ça change la donne ! J’ai travaillé en Europe et ils ont environ 4000 personnes par kilomètre... »

Pourtant, les projets d’expansion se multiplient.

La sortie de la route 116 vers l’autoroute 30 en direction ouest et des Promenades Saint-Bruno, sur la Rive-Sud de Montréal.
Photo Pierre-Paul Poulin
La sortie de la route 116 vers l’autoroute 30 en direction ouest et des Promenades Saint-Bruno, sur la Rive-Sud de Montréal.

Troisième lien à Québec, prolongement de l’autoroute 19 dans la métropole... La province construit-elle trop de routes pour ses capacités d’entretien ? Le porte-parole du MTQ, Guillaume Paradis, a refusé de laisser son expert répondre. « Ce sont des choix politiques », a-t-il justifié.

Idéalement, le Québec aurait bien besoin de reconstruire le gros de son réseau. Les ingénieurs qui l’ont conçu, dans les années 1960 et 1970, ont sous-estimé la circulation future. Les entrepreneurs ont appliqué des couches d’asphalte trop minces et ont lésiné sur la qualité des fondations.

La route 158 à Saint-Jérôme.
Photo Collaboration spéciale, Stéphanie Gendron
La route 158 à Saint-Jérôme.

L’heure de payer

Cinquante ans plus tard, c’est l’heure de payer. Mais « les besoins dépassent les ressources », dit M. Bergeron. « On ne peut pas reconstruire tout. »

Seulement 15 % de routes québécoises ont été construites, reconstruites ou durablement réparées dans les 10 dernières années.

Dans le reste du réseau, le MTQ se débrouille en appliquant de nouvelles couches d’enrobé bitumineux sur des chaussées abîmées... et les fissures remontent.

Le chemin Taché Ouest à 
Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup, 
dans le Bas-Saint-Laurent
Photo Collaboration spéciale, Stéphanie Gendron
Le chemin Taché Ouest à Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup, dans le Bas-Saint-Laurent

« On se retrouve avec des recouvrements qui ne peuvent pas performer très bien là-dedans », mentionne M. Bergeron.

Résultat : les autoroutes sont sous respirateur artificiel. « On a une approche au ministère qui est de faire beaucoup, beaucoup de renforcements d’autoroutes, reconnaît l’ingénieur. C’est un legs de tout ça. »

La route 116, entre Warwick et Victoriaville, au Centre-du-Québec.
Photo Caroline Lepage
La route 116, entre Warwick et Victoriaville, au Centre-du-Québec.

Moins d’improvisation

M. Bergeron est tout de même fier de ce que le MTQ arrive à faire avec les fonds que lui attribuent les décideurs.

« Avec ce montant-là, il faut optimiser, dit-il. Et c’est ce que le ministère fait de mieux en mieux. Par rapport aux années 1990, on est pas mal mieux équipés en termes de connaissance du réseau, où intervenir et comment. Il y a moins d’improvisation. »

Quant à l’hiver québécois, il a le dos large quand vient le temps d’expliquer le piteux état des routes.

« Ne jouons pas à l’autruche... Une chaussée en excellent état résiste beaucoup mieux », affirme-t-il.