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Les raccourcis de Manon Massé sur le pétrole

Manon Massé
Photo d'archives, Simon Clark Manon Massé

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Débusquer les fausses nouvelles, vérifier les déclarations des politiciens, trouver les vrais chiffres : les recherchistes de notre Bureau d’enquête, basées à Montréal, Québec et Ottawa, se spécialisent dans l’art de rétablir les faits. Chaque samedi, elles vous présentent leurs trouvailles pour vous permettre d’y voir plus clair dans l’actualité de la semaine.


L’énoncé

De passage à Saguenay lundi, la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé a mené une nouvelle charge contre le projet Énergie Saguenay de gaz naturel liquéfié.

« Le gouvernement met 300 millions $ par année en subventions aux gazières et pétrolières ; prenons une part pour développer ce qui fait la fierté du Saguenay–Lac-Saint-Jean : la foresterie, le tourisme durable, l’aluminium recyclé, etc. », a-t-elle écrit sur Twitter en marge de sa visite. Elle souhaite que cet argent serve à soutenir la création d’emplois verts et durables au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

Les faits

Est-il vraiment possible de prendre une part de ces 300 M$ pour créer des emplois verts ? C’est discutable.

D’abord, il faut comprendre que Mme Massé se base sur une étude réalisée par Équiterre et l’Institut international du développement durable, qui recense l’ensemble des allègements fiscaux, transferts et subventions « qui appuient la consommation d’hydrocarbures au Québec ».

Vérifications faites, on constate que ces 300 M$ ne sont pas des « subventions aux gazières et pétrolières », mais bien des réductions de taxes accordées à certains consommateurs précis.

Par exemple, en 2016-2017, 27 M$ ont été alloués au « remboursement de la taxe sur les carburants accordé aux transporteurs en commun », comme la Société de transport de Montréal. La même année, 108 M$ ont été accordés en réductions de taxes dans certaines régions, pour aider par exemple les stations-service près des frontières, qui, sinon, arriveraient difficilement à vendre de l’essence.

Un peu moins de 2 M$ sont également alloués en « exemptions et remboursements de la taxe sur les carburants à l’intention des pêcheurs et des agriculteurs ».

Il faudrait donc que Mme Massé indique à quels consommateurs elle souhaite retirer ces crédits de taxes pour financer les projets saguenéens.

Le chiffre de la semaine : 232,9 G$

C’est la valeur totale (en milliards de dollars) des placements enregistrés par les Canadiens dans les comptes d’épargne libre d’impôt (CELI), selon les données les plus récentes de 2016.

Créé en 2009, le CELI permet de mettre de l’argent de côté et de le faire croître sans avoir à payer d’impôt sur le rendement réalisé.

Ce type d’épargne reste surtout profitable aux contribuables moyens. La grande majorité des détenteurs d’un CELI ont des investissements totaux de moins de 100 000 $, d’après un document déposé cette semaine à la Chambre des communes.

Les jeunes sont ceux qui profiteraient le plus de ce genre de régime pour économiser à long terme. Cependant, seulement 924 310 Canadiens de 18 à 24 ans détiennent un CELI, sur un total de 13,4 millions de titulaires.

– Sarah Daoust-Braun