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Non, c’est pas fini

jean doré robert bourassa
Photo d'archives La laïcité risque d’être pour Legault ce que la Constitution a été pour le Robert Bourassa des années 1980.

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La question de la laïcité reviendra hanter ce gouvernement.

François Legault répète qu’il n’est pas revenu en politique pour interdire les signes religieux et qu’il a hâte de passer à autre chose. « C’est un débat de société qu’on doit mettre derrière nous », a-t-il déclaré, hier.

On ne peut évidemment pas, en démocratie, mettre un débat « derrière nous » de manière définitive. Il y a peu d’« acquis » absolu. Le débat sur l’avortement, qui revient comme un serpent de mer, en est une preuve.

Je comprends toutefois ce que le premier ministre veut dire. Pour plusieurs Québécois, cette question traîne depuis longtemps. Et il n’a pas tort.

Tout a commencé bien avant la Commission Bouchard-Taylor de 2007 2008, d’ailleurs.

En 1997, le Québec a obtenu une modification constitutionnelle — chose rarissime dans le Dominion — afin de déconfessionnaliser les commissions scolaires.

La question de la laïcité fut relancée au début du présent siècle par la question du kirpan à l’école, et la décision de la Cour suprême de 2006, que plusieurs Québécois n’ont jamais digérée.

Puis, en 2007, la querelle des accommodements raisonnables a relancé et exacerbé la question des rapports à redéfinir entre religion et société. C’est à ce moment qu’entrent en scène Bouchard et Taylor, qui maintiennent l’affaire à l’avant-plan pendant plusieurs mois.

Or, depuis la remise de leur rapport, aucun geste d’importance n’avait été fait pour actualiser le profond désir de laïcité de nombre de Québécois.

Comme « Bourassa II »

C’est justement comme cela que le gouvernement Legault présente sa loi 21 : un geste propre à apaiser le débat ; à défaut d’en faire un « acquis ». Le premier ministre a même parlé de « cohésion sociale ».

On veut bien, mais est-ce effectivement la bonne réponse ? Selon moi, non, et c’est pour cela que le sujet ne sera pas « derrière nous » de sitôt.

La laïcité risque même d’être pour Legault ce que la constitution a été pour le Robert Bourassa des années 1980.

Ce dernier était redevenu chef libéral pour s’occuper d’emploi, d’économie. Il avait recruté ses ministres dans la « garde montante » du monde des affaires. En début de mandat, il voulait lui aussi mettre « derrière nous », rapidement, la question constitutionnelle. Faire rentrer le Québec dans le « giron ».

Mais la lente agonie de l’accord du Lac Meech, de 1987 à 1990, puis la période qui suivit jusqu’au référendum de Charlottetown de 1992 pourriront ses dernières années au pouvoir.

Compromis insuffisant

On peut saluer la loi 21 sur la laïcité de l’État comme un geste d’affirmation nationale. Le Québec a droit, comme nation distincte, en raison de son parcours propre, de se donner un modèle — plus européen — des rapports entre religion et État.

Sauf que, telle qu’elle est faite et compte tenu de l’état du droit dans le Dominion, la loi 21, dès son adoption, sera contestée, disposition de dérogation ou non. Une aura d’illégitimité l’entourera en plus, puisqu’elle sera née sous bâillon.

Puis, son application soulèvera toutes sortes de problèmes qui maintiendront le sujet dans l’actualité, surtout dans le milieu de l’éducation.

Il faut saluer le compromis, dès le départ, offert par le gouvernement caquiste quant au retrait du crucifix du salon bleu de l’Assemblée nationale.

Mais pour se donner une chance de mettre ce débat « derrière nous », il aurait fallu oser un autre ajustement à sa promesse initiale, soit de revenir à la proposition initiale de Bouchard-Taylor : interdiction des signes religieux uniquement pour les employés de l’État en situation d’autorité. Ce qui n’est pas le cas des enseignants et professeurs.

D’ici 2022, à chaque cas limite qui surgira et sera exposé au public, le débat sera relancé. Les partis devront prendre position sur la reconduction ou non des dispositions de dérogation ; sans compter toutes les procédures judiciaires qui seront engagées et rebondiront dans l’actualité.

Comme dans la chanson de Stéphane Venne, on est forcé de dire : « Non c’est pas fini, c’est rien qu’un début. »

Le carnet de la semaine

JOLIN-BARRETTE, NÉO-DAUPHIN

On a beaucoup taquiné l’ancien ministre Pierre Moreau en le qualifiant de « dauphin » de Couillard. L’épithète a fait un retour mardi. Le ministre caquiste Simon Jolin-Barrette a voulu piquer sa critique libérale Dominique Anglade avec un « la candidate à la chefferie devrait comprendre ça ». Le leader libéral Sébastien Proulx a répliqué : « Le premier ministre a déteint sur son dauphin. » M. Jolin-Barrette a rétorqué « au moins, un dauphin, c’est un mammifère, ça fait qu’on est dans la bonne catégorie »... mais personne n’a vraiment saisi.

CITATION-VALISE PATRIOTIQUE

On connaît les mots-valises, terme forgé de la fusion de morceaux de mots (« courriel », par exemple). François Legault, dans son allocution de la fête nationale, hier en chambre, a inventé la « citation-valise », fusion de deux phrases célèbres ! « Pour citer peut-être deux de mes anciens prédécesseurs en même temps : “Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, les Québécois vont toujours être quelque chose comme un grand peuple”. » Du « BourraLévesque » pur jus !

HARO SUR FACEBOOK

Les géants du web sont devenus des repoussoirs dans le débat politique. Le 7 juin, la ministre de la Culture Nathalie Roy reprochait à sa vis-à-vis de QS, Catherine Dorion, de mettre « ses beaux petits vidéos » sur YouTube et Facebook. Mercredi à Qub, la libérale Marwah Rizqy disait refuser d’acheter de la « publicité sponsorisée sur Facebook par choix », à cause des mauvaises pratiques fiscales de l’entreprise. Aucune de ses annonces politiques ne se fera sur Facebook live non plus, promet-elle.

La citation de la semaine

« Les alliances ne sont pas visées par le projet de loi 21 »

– Simon Jolin-Barrette, ministre de l’Immigration, a dû préciser mercredi que les joncs de mariage ne sont pas des signes religieux.