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On nous prend pour des épais

La portion de Saint-Jérôme du chemin du Grand-Héron qui figure dans le top 5 des routes en plus mauvais état du Québec, selon l’enquête menée par CAA Québec.
Photo Stéphane Sinclair La portion de Saint-Jérôme du chemin du Grand-Héron qui figure dans le top 5 des routes en plus mauvais état du Québec, selon l’enquête menée par CAA Québec.

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Comment expliquer cette catastrophe permanente qu’est notre réseau routier ?

Je ne suis pas un conspirationniste. Je ne vois pas des complots partout.

Mais il y a des gens qui nous cachent des choses et nous prennent pour des épais.

C’est clair et net.

Enquête

L’autre jour, un ami, un amoureux du baseball, me dit : « Si on allait à Cooperstown visiter le Temple de la renommée ? »

Une sortie de « boys » ? Je dis oui.

Dès qu’on entre dans l’État de New York, le champ de patates qu’est notre réseau routier laisse place à un tapis de billard.

C’est pourtant le même climat. Qu’on nous lâche avec notre « nordicité » dure pour le bitume...

J’ai un autre ami qui est très ému par la migration des oies blanches.

Il m’amène là où se trouve, année après année, l’une des plus fortes concentrations d’oies quand elles remontent du Sud et font un arrêt avant de poursuivre vers le Nord.

C’est un spectacle fabuleux. Des gens s’installent avec de l’équipement photographique haut de gamme.

Sans faire exprès, mes oreilles captent la conversation des inconnus à côté de moi. L’un des deux hommes est un retraité récent du ministère des Transports.

Il raconte à son copain qu’un fonctionnaire américain était venu en visite.

Quand le gars a vu la faible profondeur à laquelle on creuse chez nous quand on construisait des routes, quand il a vu la piètre qualité des matériaux utilisés, il n’en revenait pas.

Quand c’est mal construit au départ, toutes les réparations ultérieures donneront des résultats médiocres.

Ce monsieur en a raconté une autre bonne.

Rien ne défonce plus une route qu’un camion trop chargé.

Il n’est pas rare, disait-il, que les compagnies de transport américaines qui ont des livraisons à faire au Québec partent avec leurs marchandises réparties dans deux camions.

Parvenus à la frontière, les camionneurs mettent toutes les marchandises dans un seul camion qui poursuit sa route au Québec. Le camion vide rebrousse chemin.

La compagnie économise ainsi de l’argent. Elle fait cela sachant que les contrôles de poids au Québec sont rares.

Aux États-Unis, les contrôles sont plus fréquents et les amendes sont plus sévères.

Chez nous, ce camion surchargé fera les dégâts que tous constatent.

Cet ornithologue amateur disait-il vrai ? Je n’en sais rien, mais pourquoi inventerait-il cette histoire devant son ami ?

Il faut une enquête approfondie qui comparera nos techniques de construction et nos pratiques de surveillance à celles de nos voisins.

Magouilles

Mais il faut plus.

La commission Charbonneau — qui n’a fait qu’effleurer le sujet — a dévoilé comment une poignée de compagnies de construction faisaient la pluie et le beau temps à l’aide de stratagèmes pourris.

Qu’aurait-elle découvert si elle avait pu aller au fond des choses ?

Il y a, au Québec, autant de savoir-faire qu’ailleurs.

Si on construit « cheap », c’est parce que des gens en profitent et qu’on les laisse faire.

Qui ? Et pourquoi ?