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Un père qui a transmis la philosophie d’essais-erreurs

Trois générations de la famille Dos Santos assurent la destinée de l’épicerie La Vieille Europe, qui célèbre ses 60 ans

Steve Da Silva, José Dos Santos et Nelson Dos Santos, propriétaires de la boutique La Vieille Europe sur le boul. St-Laurent, à Montréal.
Photo Chantal Poirier Steve Da Silva, José Dos Santos et Nelson Dos Santos, propriétaires de la boutique La Vieille Europe sur le boul. St-Laurent, à Montréal.

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Rien ne destinait Steve Da Silva et Nelson dos Santos à succéder à leur père respectif à la direction de La Vieille Europe. Vingt ans après avoir acquis la réputée épicerie fine du boulevard Saint-Laurent, à Montréal, les deux hommes la font prospérer à leur manière.

En 1999, à 26 ans, Nelson dos Santos s’apprêtait à étudier l’architecture à l’université. De son côté, Steve Da Silva, 20 ans, envisageait de s’établir au Portugal. Jeunes, ils avaient travaillé pour La Vieille Europe la fin de semaine et après l’école, mais n’avaient jamais manifesté le désir de succéder à leurs pères à la tête de l’établissement.

Pourtant, ils ont accepté quand on leur a offert d’acquérir l’épicerie avec un troisième partenaire, employé de longue date. « Mon père la possédait depuis 1982 et était fatigué par ses nombreuses années à travailler du matin au soir, raconte Nelson. Avec son associé, père de Steve Da Silva, ils ont pensé à leurs fils pour la relève. » C’était également une façon d’amoindrir le deuil professionnel de celui qui y avait fait ses premières armes, en 1964, à seulement 16 ans.

Garder la recette du succès

Afin d’assurer le succès de la transmission d’entreprise, une année entière a été consacrée à la transition entre les dirigeants sortants et les acquéreurs. Ce fut aussi l’occasion de mettre ceux-ci en contact avec la clientèle, dont une bonne partie était particulièrement fidèle au commerce.

« Les clients avaient l’habitude d’entendre nos pères les saluer par leurs noms, raconte Steve Da Silva. Nous voulions poursuivre ce rituel, d’autant plus que certains clients en étaient à la troisième génération. »

La relation de proximité de La Vieille Europe avec ses habitués est telle que le commerce expédie même ses produits à Toronto et à Vancouver à des Montréalais nostalgiques qui y sont désormais installés.

Est-il ardu d’établir des consensus quand trois individus détiennent un pouvoir décisionnel ? « Au contraire, répond Nelson dos Santos. Si nous étions deux, il serait difficile de trancher. Dans notre situation, quand deux des trois dirigeants penchent vers une option, le troisième s’y plie de bonne grâce. »

Assumer ses décisions

« Prendre une décision, puis l’assumer pleinement, c’est d’ailleurs une valeur que j’ai toujours mise de l’avant en affaires, ajoute le patriarche dos Santos. Si une initiative ne fonctionne pas, on s’ajuste, puis l’on continue. » Une telle philosophie d’essais-erreurs est appliquée par Nelson Dos Santos et ses acolytes.

« Par exemple, il y a quelques années, nous avons aménagé un espace BBQ avec des tables pour y luncher. Ce fut un échec total. L’année suivante, nous avons apporté quelques ajustements. Depuis, cette section extérieure connaît un vif succès au point où nous devons désormais utiliser trois appareils BBQ pour répondre à la demande. » Le volet restauration représente d’ailleurs aujourd’hui entre 15 % et 20 % du chiffre d’affaires de La Vieille Europe.

Apporter ses propres idées

Si le maintien des traditions faisait partie du plan des jeunes propriétaires, il fallait, en parallèle, faire évoluer le commerce sans le dénaturer. « Au fil des ans, nous avons par exemple ajouté un bar à café et un bar à sandwiches pour attirer une nouvelle clientèle journalière, indique Nelson dos Santos. Toutefois, de telles nouveautés n’ont jamais affecté le cachet et le côté rustique de La Vieille Europe. »

La qualité des 22 employés, dont certains ont plus de 25 ans d’ancienneté, fait aussi partie des attributs sur lesquels les dirigeants misent. « Des employés de spécialités, par exemple en fromagerie ou en charcuterie, sont toujours présents pour répondre aux acheteurs, explique Steve Da Silva. Nous partageons ainsi le souci de nos pères envers le service à la clientèle. Notre réussite se confirme quand des clients appellent un travailleur par son nom parce qu’ils le connaissent bien. »

La vieille europe

  • Fondée en 1959
  • Épicerie fine et boucherie
  • 4000 produits fins provenant des quatre coins du monde
  • Actionnaires aujourd’hui : Steve Da Silva, Paulo Raimundo et Nelson Santos