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La seconde vie d’un accidenté de la route

Victime d’un accident de voiture à l’âge de 16 ans, Martin Fortin mène une croisade pour la sécurité au volant.
Photo Agence QMI, Dominick Gravel Victime d’un accident de voiture à l’âge de 16 ans, Martin Fortin mène une croisade pour la sécurité au volant.

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À 16 ans, Martin Fortin croyait tenir ses rêves à portée de main jusqu’au jour où un violent accident de la route l’a plongé dans le coma pendant cinq semaines. Déclaré invalide en raison des séquelles de son traumatisme crânien, l’homme mène depuis une croisade pour la sécurité au volant.

« Je veux lancer un message d’espoir aux victimes d’un traumatisme crânien : c’est possible de refaire sa vie, affirme Martin Fortin, 35 ans. J’en lance un autre à tout le monde : je suis l’exemple vivant que la sécurité routière est vraiment sérieuse. »

Grand sportif, sociable et amateur de musique, Martin était un adolescent sans histoire qui rêvait de devenir mécanicien. Sa vie a toutefois pris une tournure tragique le soir du 22 février 2000, alors qu’il revenait du cinéma de Saint-Basile, sur la route 116, en compagnie d’un ami. Martin était assis côté passager. Ils n’avaient consommé aucune substance, précise-t-il.

« Mon ami a tourné pour changer de direction, vers Belœil, mais il y avait un gros banc de neige sur le terre-plein. Pour s’assurer qu’on pouvait passer, il s’est engagé tranquillement sur la voie de gauche. On a vu les lumières d’une voiture qui fonçait sur nous et c’était fini. »

La voiture, qui roulait à environ 80 km/h, a percuté de plein fouet l’aile droite de leur véhicule. Sous l’impact, le crâne de Martin a d’abord heurté la mâchoire de son ami avant de percuter la fenêtre. Heureusement, il portait sa ceinture de sécurité, sans quoi il aurait probablement été tué sur le coup. En revanche, la pression a fait éclater sa rate.

Coma

Transporté d’urgence à l’hôpital Charles-LeMoyne, Martin est resté dans le coma pendant cinq semaines. Son état était si critique que les médecins ont dû le réanimer d’une mort cérébrale à trois reprises. Rongés par l’inquiétude, les membres de sa famille se sont relayés à son chevet dans l’insoutenable attente de le voir reprendre connaissance. Pour assurer ses fonctions vitales, Martin recevait de l’air par une canule introduite dans sa trachée et de la nourriture par un cathéter. « À mon réveil, j’étais incapable de bouger. L’impact avait coupé les “chemins” entre mon cerveau et le reste du corps. »

Son traumatisme crânien ayant aussi affecté sa mémoire, Martin n’avait ni souvenir de l’accident ni des deux mois précédents le jour du drame. Ce n’est qu’au moment où on lui a fait le récit des évènements qu’il a saisi ce qui lui était arrivé. « C’était un gros choc. Je comprenais que ma vie ne serait plus jamais la même et que j’allais peut-être devoir mettre une croix sur mes rêves », raconte le résident de Saint-Hyacinthe.

De son côté, son ami conducteur s’en était tiré avec des blessures physiques mineures, mais l’accident l’a profondément marqué. « Le sujet est encore sensible pour lui, mais je ne lui en veux pas. Il est venu me visiter plusieurs fois à l’hôpital. Notre amitié est demeurée intacte. »

Tout réapprendre

Le 16 avril 2000, soit quatre jours après qu’il eut retrouvé la parole, Martin a été transféré au centre de réadaptation Marie-Enfant de Montréal.

Le traumatisme crânien ayant laissé le côté gauche de son corps à moitié paralysé, il a dû répéter chaque jour différents exercices afin que son cerveau puisse recréer des connexions avec ses membres. Ce fut une longue et pénible épreuve pour le jeune homme, alors âgé de 16 ans. « Tu as conscience que tu as faim, la nourriture est devant toi, mais tu n’es pas capable de lever la main pour prendre la fourchette. C’était très frustrant, sauf que j’étais très déterminé à récupérer mes capacités. Je ne voulais surtout pas passer le reste de ma vie sur un fauteuil roulant, alors j’ai persévéré. »

Un peu plus de deux mois après son entrée au centre de réadaptation, il parvenait à marcher, à manger, à se laver et à aller aux toilettes seul. À force de détermination, et grâce au soutien du personnel et de sa famille, Martin a finalement pu retrouver presque entièrement ses capacités physiques d’autrefois.

Cependant, son traumatisme crânien a affecté de façon permanente sa mémoire à court terme. Il souffre également de fatigabilité neurologique. « Si je fais un effort de concentration comme suivre l’intrigue d’un livre ou d’un film, ça m’épuise. Une heure de travail intellectuel pour monsieur ou madame Tout-le-Monde en représente deux pour moi », illustre celui qui fait beaucoup de lecture et des jeux de mémoire pour garder son esprit alerte.

Deux ans après son accident, Martin a été déclaré invalide au travail, mettant fin à son rêve de devenir mécanicien. « Ç’a été un dur coup, mais j’ai fini par accepter ma condition. Une fois ma mère m’a dit : “Martin numéro 1 est mort. Tu es Martin numéro 2.” Il s’agit de se concentrer sur le moment présent et d’apprécier ce qu’on a. »

Fier papa

Malgré son invalidité, Martin est toujours demeuré actif, que ce soit en effectuant du bénévolat ou en donnant des conférences dans les écoles (voir encadré). Il a par ailleurs récupéré son permis de conduire en 2003 et il a écrit Trauma, journal d’un survivant, un livre qui encourage les victimes d’un traumatisme crânien à ne jamais baisser les bras.

Mais ce qui rend Martin le plus fier, ce sont ses deux filles de 8 et 10 ans. « Je tâche d’être un bon père et j’ai tout le temps qu’il faut pour m’occuper d’elles, même si elles savent que j’ai souvent besoin de me reposer. Parfois, elles essayent de m’en passer des petites vites en les mettant sur le compte de l’oubli, mais heureusement, je prends beaucoup de notes ! »

Son combat pour la sécurité routière

Victime d’un accident de voiture à l’âge de 16 ans, Martin Fortin mène une croisade pour la sécurité au volant.
Photo Agence QMI, Dominick Gravel

Depuis qu’il a 18 ans, Martin fait la tournée des écoles secondaires pour raconter son parcours. Tout en encourageant les jeunes à persévérer dans la vie malgré les épreuves, il profite de chaque occasion pour les sensibiliser sur l’importance de la sécurité au volant. « Je dis souvent que conduire une voiture, ce n’est pas comme dans les jeux vidéo. Tu n’as pas droit à l’erreur. Un moment d’inattention peut faire toute la différence », plaide-t-il.

Alors que de nombreux jeunes s’apprêtent à célébrer leur graduation, le survivant de la route n’hésite pas à leur rappeler que la consommation de drogue ou d’alcool au volant peut s’avérer fatale. « Quand tu tiens le volant, c’est la vie de tes passagers qui sont entre tes mains. Ta mère va préférer aller te chercher au bar à 3 heures du matin que d’aller identifier ton corps à la morgue. »