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Routes: full patchage

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Je ne roule plus à moto au Québec. L’état des routes, à la ville comme à la campagne, rend l’exercice trop dangereux. Nids-de-poule, crevasses, affaissements, automobilistes baveux ou incompétents, et, c’est vrai, trop de motocyclistes trop rapides, sur des motos trop puissantes pour leur niveau d’expérience.

Heureusement que les provinces et les États américains voisins nous déroulent leurs tapis de velours noir.

Démarcation entre le Québec et l’Ontario sur une route de campagne. Du côté noir et lisse, c’est l’Ontario. Le côté gris et craquelé, c’est le Québec.
Photo courtoisie, Lise Ravary
Démarcation entre le Québec et l’Ontario sur une route de campagne. Du côté noir et lisse, c’est l’Ontario. Le côté gris et craquelé, c’est le Québec.

De plus, au Québec, pour le « privilège » de rouler sur un champ de mines potentiellement mortel, l’État québécois exige un maximum aux motocyclistes. Sans compter qu’on impose aux nouveaux adeptes des cours privés (chers) axés sur la réussite de l’examen pratique de la SAAQ et non sur l’acquisition de connaissances et d’expérience en cas d’urgence, comme rencontrer un nid-de-poule.

Préjugés

J’ai toujours cru qu’il existait à la SAAQ, et peut-être au ministère des Transports, un lobby anti-moto. Alors qu’en Europe elles sont vues comme un moyen de transport, ici l’opinion est divisée entre véhicules pour les Hells et activité touristique pour baby-boomers nostalgiques qui entendent Born to be wild de Steppenwolf, un hit de 1968, dans leur tête en roulant.

Le grave danger auquel font face ceux qui roulent sur deux roues émeut peu.

Un nid-de-poule au volant d’une auto de 1500 kilos ne produit pas le même effet sur le pilote que d’enfoncer son unique roue avant au fond d’un nid d’autruche sur une moto de 200 kilos à la même vitesse. J’ai déjà frappé un tel trou sur l’autoroute 15, rendu invisible par un viaduc. Je me voyais morte, mais miracle ! j’ai tenu bon.

Les cyclistes aussi paient le prix. Parlez-en à l’animateur Alain Gravel avec ses côtes cassées et son pneumothorax, tout cela à cause de la surface mal entretenue d’une piste cyclable.

Qu’attendait la voirie pour retirer l’obstacle causé par une racine ? Qu’un chêne pousse ?

L’état des routes au Québec est un scandale sans nom, sans fin et incompréhensible sans invoquer la magouille et/ou l’incompétence. Combien de fois faut-il demander pourquoi les routes de l’est de l’Ontario sont lisses comme des fesses de bébé alors que nous partageons le même climat ? La nuit, la 401 devient une mer de semi-remorques et la surface n’est pas plus endommagée pour autant. C’est comme pour la santé : pourquoi eux ça marche et pas nous ?

Pas d’argent

Outre la malhonnêteté et l’incompétence de certains, l’absence de moyens pour entretenir le réseau routier québécois dénoncé par l’expert du MTQ Guy Bergeron dans Le Journal d’hier, anéantit l’espoir que soient refaites l’ensemble des routes mal en point.

On ne peut pas tout avoir : des CPE à 7 $, des soins à domicile, des écoles du XXIe siècle, des centaines de programmes de subventions, des transports collectifs partout et des routes impeccables. Nous ne sommes que huit millions et nous sommes déjà taxés jusqu’à la moelle.

Un jour, cette réalité risque de faire plus mal encore que de frapper un nid-de-poule à 100 km/h.