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Contrôler l’Assemblée nationale

business man baillonn souffrant stress
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Bien que nous ayons raison de nous réjouir de l’adoption des projets de loi sur l’immigration et la laïcité, il n’en restera pas moins un goût amer sur la manière de faire, le tout doublé d’une annonce caquiste de vouloir réformer le fonctionnement parlementaire pour en restreindre les débats.

J’ai souvent dit que François Legault voulait plus être le PDG du Québec en contrôlant la province comme si elle était son entreprise que d’en être le premier ministre J’allais jusqu’à paraphraser que la CAQ signifiait Conseil d’administration du Québec, considérant le droit de véto du PDG Legault sur la désignation des candidats et leur dégommage selon son bon vouloir. 

Le comportement du premier ministre me rappelle celui de certains directeurs généraux croisés au cours de ma vie syndicale qui considéraient la consultation ou la participation des employés aux décisions de l’institution comme un embarras. Ces dirigeants prétendaient à plus d’efficacité s’ils n’en faisaient qu’à leur tête. Irrémédiablement tôt ou tard, ces chantres de l’efficience en payaient le prix avec une démobilisation de leur personnel ou avec des conflits qui leur coutaient leur poste parce que leur manière forte s’était s’avérée contre-productive.

Cette inclinaison à l’autoritarisme n’est pas propre au Québec et nous pouvons le constater en observant les résultats électoraux dans divers pays. La démocratie représentative est souffrante; de plus en plus de citoyens la remettent en question pour chercher le salut dans « l’homme fort », dans l’armée, même dans le dictateur pour certains et paradoxalement pour d’autres dans la démocratie directe par référendum d’initiative populaire ou par une assemblée populaire menant le peuple. Cet état de situation se révèle avec encore plus d’acuité chez les jeunes avec des pourcentages élevés soutenant l’autoritarisme.

Malheureusement et malgré le bien fondé des deux projets de loi adoptés, l’affaire prend aujourd’hui l’allure d’un coup de force pour faire passer à tout prix des lois décrites comme inhumaines et discriminatoires par les opposants. 

Pourtant, en matière d’immigration, le gouvernement fédéral a mis en place un système semblable à celui du projet de loi 9 en continuant de traiter les dossiers qui n’avaient pas encore fait l’objet de décisions selon les critères du nouveau système. Plutôt que de mettre à la poubelle 18 000 dossiers et prier les gens de recommencer, le gouvernement CAQ aurait pu tout simplement s’orchestrer pour les traiter à la lumière des nouvelles dispositions comme le fédéral l’a fait avec plus de 200 000 demandes d’immigration. Ainsi, au lieu d’avoir l’air anti-immigrant, la CAQ aurait optimisé son discours de vouloir mieux les accueillir et les intégrer avec succès en milieu de travail.

Quant à la laïcité, il nous reste à espérer que la sourde oreille et l’empressement du gouvernement à procéder sous le bâillon ne donnera pas d’arme aux opposants devant les tribunaux. Mario Dumont avait raison de nous rappeler les péripéties autour de la loi 101 et son adoption en séance régulière après que le gouvernement Lévesque ait fait montre de grande patience. François Legault aurait dû mettre en pratique le proverbe « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage », car il y aura inévitablement d’autres rendez-vous majeurs pour la nation québécoise durant son mandat où il devra compter sur des consensus significatifs de l’Assemblée nationale afin de faire progresser les revendications historiques du Québec face au fédéral.

Les oppositions et les contre-pouvoirs peuvent parfois exaspérer la patience ou laisser l’impression de stagnation, il s’avère toutefois que les dirigeants qui savent s’en accommoder, prennent de meilleures décisions et favorisent la mobilisation de toutes les énergies. La démocratie peut être exaspérante, mais son absence devient désespérante!