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La laïcité vaut bien une messe

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« Pragmatique et modéré ». Malgré une fin de session orageuse, c’est la double étiquette que François Legault accole à son premier gouvernement. Ses débuts au pouvoir resteront néanmoins marqués du sceau de la laïcité. Et ce, pour plusieurs raisons.

Le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État, adopté en fin de semaine sous bâillon, fait du Québec le seul État d’Amérique où le port de signes religieux sera interdit entre autres aux futurs enseignants. Malgré le recours à la clause dérogatoire des chartes canadienne et québécoise des droits, il y aura aussi de la désobéissance civile et la loi sera contestée devant les tribunaux.

On ne sait pas non plus si la loi aura un impact néfaste sur le climat de travail au sein des écoles publiques ou sur le « vivre ensemble ». Qu’en feront les directions d’écoles qui héritent de son application ? Une seule chose est sûre : cette « page », contrairement au souhait du premier ministre, est loin d’être tournée.

Coup fumant

Il n’en reste pas moins que pour François Legault, sur le plan strictement politique et tactique, sa loi est un véritable coup fumant. Face à son électorat, il respecte son engagement. Il réhabilite la clause dérogatoire. Il retire au Parti québécois le sujet même de la laïcité, son seul substitut depuis des années à son option souverainiste déclinante.

Il place Québec solidaire devant ses positions changeantes sur les signes religieux. En positionnant sa loi quelque part entre l’inaction des libéraux et la défunte charte des valeurs du PQ prévoyant l’interdiction des signes religieux dans toute la fonction publique, François Legault a même pu la « vendre » comme étant « modérée ».

Double piège

C’est toutefois au Parti libéral du Québec qu’il assène le vrai coup de Jarnac. De fait, M. Legault le piège doublement. Primo, à 10 % seulement d’appuis chez les mêmes francophones, dont une forte majorité approuve la loi sur la laïcité, l’opposition systématique des libéraux à celle-ci ne fera rien pour les aider à reconquérir une partie de ce même électorat vital à tout retour possible au pouvoir.

Deuxio, le recours à la clause dérogatoire de la charte canadienne des droits devant être renouvelé ou annulé tous les cinq ans, cela en fera d’office un enjeu électoral lors du scrutin de 2022. Si, comme il se doit, les libéraux s’engagent alors à annuler ce même recours s’ils sont élus, ils risquent fort de rester coincés à 10 % d’appuis chez les francophones, leur noyau dur restant.

La morale de cette histoire est celle-ci. Ne jamais sous-estimer la capacité d’un nouveau parti politique fraîchement atterri au pouvoir de savoir comment piéger ses adversaires. D’autant plus si ces derniers sont déjà affaiblis à l’avance.

À moins que – deux grandes inconnues pour le moment –, les tribunaux finissent par invalider la loi sur la laïcité ou que des conflits en découlant se multiplient dans les écoles. Auquel cas, le coup fumant prendrait des airs de coup d’épée dans l’eau.