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Usine de biocarburant: des factures impayées

Des entrepreneurs sont à bout de patience

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À bout de patience, des entrepreneurs qui ont participé à la construction de l’usine de biocarburant à Port-Cartier Bioénergie Æ Côte-Nord attendent toujours leurs chèques et demandent aux gouvernements d’intervenir. Un projet qui avait nécessité des investissements de 105 millions $, dont 77 millions $ de Québec et d’Ottawa.

«En 2016, nous avons soumissionné sur ce projet annoncé en grande pompe avec l’aide des gouvernements. Il y a eu des dépassements de coûts d’environ 10 millions $», raconte Harold Roy, président d’Industries Fournier. «Pour notre part, nous pensions faire 30 000 heures et nous en avons effectué 80 000», poursuit-il.

Pour réaliser le chantier, M. Roy raconte que les propriétaires, un consortium formé d’Ensyn Technology, du Groupe Rémabec et de sa filiale Produits Forestiers Arbec, ont mandaté des firmes externes pour superviser les travaux. 

«Je n’ai pas été payé pour 5,6 millions $. Cela fait un an que j’attends après mon argent en raison de ce qui semble être une chicane d’actionnaires», s’insurge l’homme d’affaires, précisant que cette situation le contraint dans ses projets de croissance. 

Industries Fournier est une entreprise de Thetford Mines d’environ 400 employés spécialisée dans la conception et la fabrication d’équipements mécaniques. 

Le dossier est maintenant devant les tribunaux, tout comme celui de la compagnie de Port-Cartier RPF Électrique. Ils réclament respectivement 5,6 millions $ et 375 000 $. Ils ont enregistré une hypothèque légale de construction sur le bâtiment.

«En raison de la technologie, il y a eu beaucoup de changements en cours de route», avance Marc Poirier, copropriétaire de RPF Électrique. «Nous attendons notre argent. Là, nous sommes dans le néant. On va se noyer bientôt. Cela fait extrêmement mal à notre organisation», poursuit-il

L’entreprise responsable du chantier AXC Construction réclame aussi 8,3 millions $ en factures impayées aux grands patrons de l’usine et aux responsables du développement de la nouvelle technologie, peut-on lire dans des documents publics.

Comme autre victime, le Groupe G7 Construction de Sept-Îles a été forcé de fermer ses portes en début d’année. Ce litige serait l’une des raisons. 

Vers un fiasco?

Différents acteurs du milieu avec qui Le Journal a discuté affirment que l’usine ouverte en juillet 2018 n’est toujours pas pleinement opérationnelle. Certains remettent en doute la viabilité du projet. 

Actuellement, les propriétaires auraient des difficultés à dénicher des acheteurs pour leur produit. La direction serait justement en pourparlers avec des responsables chez Investissement Québec pour obtenir un coup de pouce financier.

Depuis 2016, l’usine de biocarburant aurait éprouvé plusieurs problèmes, notamment lors de l’installation des machines. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui expliqueraient les dépassements de coûts.

L’objectif de l’usine était de produire annuellement 40 millions $ de litres de biohuile à partir de biomasse forestière résiduelle. Elle vise à transformer le bois en biocarburant pour remplacer le mazout dans le chauffage industriel. 

Personne chez Bioénergie AE n’a retourné les demandes d’entrevue du Journal. 

Dans différents articles de médias, on peut lire que les propriétaires réclament aujourd’hui 23,1 millions $ au fournisseur de la technologique aux États-Unis, soit Evergent Technologies et Honeywell UOP.