/misc
Navigation

Trop-perçus d’Hydro et les «experts»

bloc hydro québec
Photo d'archives, Joël Lemay

Coup d'oeil sur cet article

Qui doit payer pour les vaches sacrées du privé? 

Tout pour financer les milliards de dollars que le gouvernement du Québec offre aux entreprises privées en rabais d’électricité et en achats d’électricité (dont Hydro-Québec n’a absolument pas besoin) auprès d’éoliennes et de barrages privés payés le très gros prix et sans prendre aucun risque. Les éoliennes privées, c’est plus que des mines d’or pour les affairistes, s’entend. 

Pendant qu’Hydro-Québec offre des tarifs bonbon aux entreprises privées, elle achète de l’électricité à environ 12 cents le kilowattheure de producteurs privés, souvent de propriété étrangère, et elle la vend à environ 3 à 4 cents le kilowattheure à des entreprises afin de les aider à accroître leurs profits. Ça ne prend pas un diplôme universitaire de l’École polytechnique ou de l’École des mines, deux institutions françaises de renommée internationale, pour comprendre que si vous vendez à 3 cents et que vous achetez à 12 cents, ça ne balance pas du tout. Ainsi Hydro perd-elle beaucoup d’argent dans ces deals. Comme Hydro-Québec réalise malgré tout chaque année des profits nets qui se chiffrent en milliards de dollars, qui est alors le dindon de cette farce politique? Qui est le client captif que l’on peut facilement siphonner? Oui, les consommateurs résidentiels captifs.  

Pensons juste à deux exemples récents extraits d’articles du Journal de Montréal du 9 janvier 2019: « Des rabais d’électricité qui vont coûter plus de 2 milliards $. Québec (CAQ) prolonge de 4 ans un programme d’aide financière aux entreprises (tarifs de 4 cents le kilowattheure)» et du 29 novembre 2018: «2,7 milliards pour brancher des parcs éoliens (privés) au réseau d’Hydro-Québec. Ces frais s’ajoutent au 1,1 milliard $ d’achats inutiles d’énergie éolienne cette année (une année seulement)». La belle affaire, au nom de l’intérêt collectif.  

Se défouler sur les consommateurs résidentiels 

Alors, afin de «compenser», le Parti libéral du Québec, de Jean Charest à Philippe Couillard, a fait comme d’habitude. Comme il a «vargé» dans les services publics de la population, pourquoi ne pas saupoudrer les individus de juteuses augmentations de tarifs d’électricité, jusqu’à conduire à d’immenses trop-perçus selon les règles établies par la Régie de l’énergie? 

Alors dans l’opposition, François Legault avait furieusement décrié ce procédé douteux institutionnalisé. Mais une fois élu premier ministre, il vire sa veste de bord: «Après les avoir dénoncés, Legault trouve des qualités aux trop-perçus d’Hydro» (Le Journal de Montréal, 21 février 2019). Les caquistes ne voulaient plus remettre cet argent aux consommateurs.  

Nouveau développement dans ce téléroman burlesque: «Trop-perçus d’Hydro-Québec. Les Québécois (à 92%) veulent ravoir leur argent» (Le Journal de Montréal, 19 mars 2019). Alors, en bon politicien qu’il est, François Legault en remettra à la population une partie, qu’il essaie de nous présenter comme la totalité des trop-perçus de 1,5 milliard de dollars avec l’aide maladroite de fumants calculs: «François Legault fait volte-face et redonnera les prochains trop-perçus d’Hydro-Québec» (Le Journal de Montréal, 19 mars 2019). La population voulait le remboursement total des surfacturations, mais elle ne l’obtiendra pas. Le chroniqueur du Journal Michel Girard l’avait également demandé dans un texte du 26 mars 2019: «Hydro doit rembourser les 1,5 milliard $». 

Les «experts» arrivent et divergent d’opinion 

«Cinq cents millions de dollars de rabais (on est loin du 1,5 milliard de dollars) sur les factures. Cette somme sera partagée entre les consommateurs résidentiels, commerciaux et industriels» (Le Journal de Montréal, 13 juin 2019). Attention, on ne rembourse pas, on offre plutôt des rabais de 500 millions de dollars seulement sur les trop-perçus de 1,5 milliard de dollars. Le 500 millions de dollars ne reviendraient pas en totalité aux consommateurs résidentiels, mais seulement 250 millions de dollars. Les 250 millions de dollars restants iront aux petites et grandes entreprises qui, souvent, bénéficient déjà de tarifs privilégiés. Encore une fois, la population vient de se faire passer un sapin. 

Mais quelle belle surprise! Au même moment, le gouvernement caquiste vient de retirer à la Régie de l’énergie le pouvoir d’autoriser les demandes de hausses de tarifs formulées par Hydro-Québec dans le futur. C’est dorénavant le gouvernement qui décidera et dictera les hausses de tarifs. Ça fait peur. Le côté positif de la chose, c’est qu’ainsi, il n’y en aura plus, dans le futur, des trop-perçus... Attendez-vous à de juteuses hausses du tarif résidentiel dans le futur afin de payer les gros cadeaux qui continueront à déferler sur les achats d’électricité inutile payés au gros prix auprès d’éoliennes et de barrages privés et sur les petits prix offerts aux consommateurs corporatifs afin de les aider. 

C’est, en gros, ce qu’ont mentionné les experts consultés par Le Journal et par son journaliste Pierre Couture: «Une erreur de réduire les pouvoirs de la Régie, disent les experts» (13 juin 2019). Les experts qu'a consultés Le Journal de Québec sont l’ex-journaliste écologique du Devoir Louis-Gilles Francœur, l’universitaire Normand Mousseau et Vivianne de Tilly, de l’Union des consommateurs. Trois personnes qui n’ont pas de lien officiel avec le privé et qui affirment la même chose de ce que le monde pense. 

Toujours sur le dossier de l’énergie, Le Devoir a quant à lui préféré demander l’avis de François Tanguay, un consultant en énergie, et du professeur de HEC Pierre-Olivier Pineau, dont la chaire universitaire est financée par des entreprises énergétiques. Pour eux: «Hydro-Québec. La remise de trop-perçus mal reçue par des experts (Pineau et Tanguay)» (Le Devoir, 12 juin 2019). Selon ces experts, il faudrait impérativement continuer à augmenter les tarifs résidentiels afin de les ramener au «juste prix» du marché (souvent oligopolistique), comme pour le prix de l’essence fixé par les pétrolières: «Ce gel des tarifs d’électricité est une des pires idées qu’on pourrait avoir.» Ayoye! Par contre, ils défendent tout le temps les pétrolières et les éoliennes privées, comme dans cette opinion que Tanguay et Steven Guilbault ont publiée dans La Presse du 11 août 2014: «L’éolien (privé) a le dos large». À chacun ses experts!