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Des histoires dans les coulisses du repêchage

Des histoires dans les coulisses du repêchage
Photo d'archives, Martin Chevalier

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Samedi 23 juin 2018. Au moment où le lever de soleil est sur le point d’interrompre la nuit texane, celle de l’agent Allan Walsh prend fin abruptement dans sa chambre d’hôtel de Dallas. À quelques heures du jour 2 du repêchage, son cellulaire sonne telle une détonation.

Il est 5 h du matin.

«Allan? C’est Max Pacioretty. J’ignore pourquoi, mais je savais que tu répondrais à cette heure...»

L’encan de la Ligue nationale de hockey (LNH) compte son lot de jubilations et de déceptions. Mais on ignore souvent, loin des caméras, ce qui se trame dans les coulisses.

Des agents de joueurs influents ont accepté de raconter certains souvenirs impérissables vécus avec leurs clients, protagonistes aux premières loges du repêchage.

Pacioretty dans l’«Octagon»

De nos jours, le parquet du repêchage est à la fois moulin à rumeurs et une agora pour les DG prêts à marchander des joueurs. Si certaines des plus grosses transactions de l’année y sont conclues, d’autres ne voient pas le jour.

C’est bien documenté, le Canadien de Montréal avait tenté d’échanger son capitaine aux Kings de Los Angeles pendant la séance de 2018, et bien que le nouveau représentant de Pacioretty ne veuille pas en dévoiler tous les détails par respect pour les personnes impliquées dans ce dossier clos, il faut comprendre qu’aboutir en Californie n’était pas le souhait du numéro 67.

«Je ne le connaissais pas personnellement à l’époque», se remémore Allan Walsh.

Réputé comme étant l’un des plus durs négociateurs dans le milieu, ce Lavallois exilé à Los Angeles depuis bientôt 35 ans est aussi reconnu comme un homme vaillant lorsqu’il est question de ses clients.

L’appel de Pacioretty au gourou de l’agence Octagon n’avait rien d’un coup de fil de courtoisie, certes. Sa situation était devenue précaire à Montréal : son contrat venait à échéance dans un an et l’organisation ne voulait plus de lui. Un échange semblait maintenant inévitable.

En une nuit, le grand attaquant a opté pour un changement, mettant ainsi fin à une année de tumulte et d’angoisse quant à son avenir. Il est 5 h du matin en marge du jour 2 du repêchage.

«"Allan? C’est Max Pacioretty. J’ignore pourquoi, mais je savais que tu répondrais à cette heure..."», raconte l'agent.

«Il m’a expliqué qu’il était à la recherche d’un autre style de représentation. Il m’a dit : “j’ai vu comment tu te comportes avec tes clients. Je veux m’associer à toi”.»

Cette décision a acheté du temps à Pacioretty et les Kings, eux, sont sortis bredouilles du marché.

Ce n’est qu’à l’automne suivant que l’Américain a été échangé, lorsque le Tricolore l’a transféré aux Golden Knights de Vegas, où il a paraphé une prolongation de contrat de quatre ans et 28 millions $. Le pacte qui s’activera le 1er juillet.

«Peut-on juste entendre mon foutu nom?»

Dès la première fois où Kent Hughes a rencontré Luc Bourdon, il voyait en lui un jeune homme très spécial.

«Il n’était pas un gars bavard. Mais quand il parlait, c’était qu’il avait quelque chose à dire.»

L’été avant son repêchage dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, le regretté défenseur originaire du Nouveau-Brunswick a été invité à un camp estival de l’agence Quartexx. Lors de la première journée, il s’est démarqué à la barre olympique en gymnase. Non pas pour ses prouesses.

«C’était la première fois qu’il venait à Montréal, raconte Hughes, qui a grandi en banlieue ouest de la métropole québécoise. Sa technique n’était pas bonne et en soulevant l’haltère, il est tombé par-derrière avec la barre sur la tête. Tout le monde a éclaté de rire.»

«Il a continué d’essayer de faire la même chose pendant 30 minutes et j’ai dit à Phil Lecavalier [son associé] : ‘’il faut l’arrêter, sinon il va se blesser‘’!

«Luc avait tellement de détermination. Il n’aurait pas quitté les lieux sans avoir complètement réussi l’exercice.»

Transportons-nous à Ottawa, quelques années plus tard, à l’encan amateur de 2005, alias la cuvée Sidney Crosby. C’était une année de lock-out et les joueurs répertoriés parmi les 30 premiers étaient tous entassés dans une salle de l’hôtel Westin (le repêchage était fermé au public).

Bourdon est accompagné de sa mère, sa grand-mère, Hughes et Lecavalier. Trois rangs après la sélection de Carey Price par Montréal, cinquième, les caméras se pointent vers le joueur des Foreurs de Val-d'Or au moment où c’est au tour des Sharks de San Jose de se prononcer.

Suspense.

«Matt Lashoff et Devin Setogutchi nous flanquaient. Je connaissais bien leurs agents, qui étaient des amis. Ils ne pensaient pas que leurs clients seraient pris au huitième rang.»

«J’ai dit à Luc : ‘’tu t’en vas à San Jose‘’. Puis ils ont recruté Setoguchi...»

Découragé, Bourdon perd patience sous le regard de ses accompagnateurs.

«Peut-on juste entendre mon foutu nom être prononcé?»

À la surprise de Hughes et Lecavalier, il a trouvé preneur deux places plus loin lorsque les Canucks de Vancouver en ont fait le 10e choix au total. Personne ne s’y attendait.

«On n’avait eu aucune discussion avec eux. On ne savait même pas qu’ils étaient intéressés!», explique Hughes.

Bourdon a aidé le Canada à remporter l'or aux Championnats mondiaux de hockey junior en 2006 et en 2007.

Il a péri tragiquement le 29 mai 2008 dans un accident de moto près de sa ville natale de Shippagan, au Nouveau-Brunswick. Il n’avait que 21 ans.

Carlson ne voulait pas jouer ailleurs

John Carlson a vécu une histoire semblable à celle de Luc Bourdon en 2008.

«Une surprise extraordinaire, explique l’agent Rick Curran, du Orr Hockey Group. On savait que Capitals étaient très intéressés. Arrive leur tour au micro, au 21e rang, et nous sommes au bout de nous sièges... et ce n’est pas lui qu’ils appellent.»

«C’était un moment de déception.»

Quelques instants plus tard, le commissaire Gary Bettman annonce une transaction. Les «Caps» échangent Steve Eminger et un choix de troisième tour aux Flyers de Philadelphie en retour du 27e choix.

«Ils sont remontés sur la scène et ils ont sélectionné John. En 45 minutes, un peu de déception s’est transformé en grand enthousiasme.»

«C’est là qu’il voulait jouer.»

Soit dit en passant, le joueur que Washington a préféré à Carlson, Anton Gustafsson, n’a disputé aucun match dans le circuit Bettman.