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Propriétaire du Canadien depuis 10 ans aujourd’hui, Geoff Molson est conscient que le Canadien ne pourra pas reculer au classement

Geoff Molson
Photo Chantal Poirier Geoff Molson est conscient que les amateurs de hockey n’accepteront pas que le Canadien rate les séries la saison prochaine.

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Il y a 10 ans aujourd’hui, le Canadien redevenait une propriété québécoise. Geoff Molson succédait à l’Américain George Gillett, qui avait acquis une participation de 80 pour cent dans l’équipe auprès des brasseries Molson du Canada en 2001.

Les premières années du régime Molson ont procuré quelques bons moments aux amateurs. Le Canadien a atteint la finale de l’Est deux fois en cinq ans. On ne saura jamais s’il aurait pu prendre part à la finale en 2014, n’eût été la perte de Carey Price.

Les dernières années ont été difficiles. Le Tricolore a raté les séries trois fois au cours des quatre dernières saisons. Alors que la plupart des gens lui prédisaient une autre campagne de grande misère lors de la plus récente année, il a manqué la grande danse du printemps par trois points.

Conscient du prochain défi

Avec Max Domi et Tomas Tatar qui ont réussi leur entrée avec l’équipe, Jesperi Kotkaniemi, qui devrait être encore meilleur, et l’addition possible de bons joueurs au cours des prochaines semaines et de jeunes loups comme Ryan Poehling et Nick Suzuki, les amateurs s’attendent à voir du hockey des séries au Centre Bell l’an prochain.

Ils n’accepteraient pas que le Canadien rate les séries pour la quatrième fois en cinq ans. Geoff Molson le sait très bien.

« Ce serait très difficile », convient-il.

« On va tout faire pour réussir les bonnes choses. Parfois, une équipe ne peut bien faire en raison de l’absence de son joueur vedette. Parfois, c’est parce que l’équipe n’était pas bonne cette année-là.

« Il faut parvenir à obtenir le bon équilibre et voir à ce que les choses se déroulent selon le plan établi. »

L’espoir est revenu

Depuis le temps que les partisans patientent, ils sont en droit d’exiger des résultats concrets.

Ça aussi, Geoff Molson en est conscient.

« Ça, c’est de la vraie pression. Il faut vivre avec ça », reprend-il.

« On a fait des promesses après la saison difficile qu’on a connue l’an dernier. On a pris des risques calculés. Je parle des transactions qu’on a effectuées et des devoirs qu’on s’est engagé à prendre envers nos partisans relativement à l’expérience client. On a investi beaucoup d’argent pour le faire.

« Tout ça, c’est des risques. Si on dit qu’on doit faire mieux et qu’il faut procéder à des changements, il faut passer de la parole aux actes. En septembre dernier, peu de gens croyaient que notre équipe serait aussi bonne qu’elle l’a démontré.

« Ils ont vu une équipe plus jeune et plus rapide. Une récolte de 96 points procure normalement une participation aux séries (les Golden Knights de Vegas, les Stars de Dallas et l’Avalanche du Colorado ont pris part aux séries en récoltant moins de points).

« On a redonné de l’espoir aux gens. De jeunes joueurs s’en viennent. Ça donne encore plus d’espoir. »

Entre perception et réalité

Mais pour plusieurs, les choses n’évoluent pas assez vite. Ceux-là estiment que la direction du Canadien se contente de trop peu.

On l’a entendu après le dernier match de la saison lorsque les caméras de télévision ont capté des images montrant Geoff Molson, affichant un large sourire, en train de féliciter Ryan Poehling pour sa performance de trois buts et une mention d’aide à son baptême du feu dans la Ligue nationale.

« C’est tellement loin de la vérité », réagit M. Molson.

« On a célébré un moment spécial. Il faut retenir un tel moment. C’est de cette façon qu’on bâtit un esprit de corps. C’était un grand plaisir pour moi d’être là pour le jeune homme.

« Est-ce que j’étais satisfait après le match ? Non, pas du tout. On a manqué les séries. Mais j’étais content pour le joueur. J’espère qu’il sera avec le club l’an prochain. C’est le fun de rêver. »

Le message du propriétaire

Quel message Geoff Molson peut-il livrer aux amateurs en vue de la prochaine saison ?

« Notre but est d’être meilleurs et on croit que ce sera le cas », répond-il.

« On estime que notre noyau de joueurs possède la bonne attitude.

On va bâtir là-dessus. Quand on a apporté des changements l’an

dernier, on croyait que le cœur de notre formation n’était pas parfait. »

Marc Bergevin a peut-être sauvé sa peau avec les correctifs qu’il a apportés à sa formation. Si le Canadien avait connu une saison semblable à celle qu’il avait vécue l’année précédente, il aurait peut-être été viré.

« Quand ça allait mal il y a deux ans, on nous demandait de reconstruire ou de rafraîchir une partie de nos effectifs », rappelle M. Molson.

« Je pense que Marc a très bien réussi son soft rebuild (réinitialisation). Quelques joueurs ont été remplacés. On a rebâti plus rapidement que le monde le pensait. »

Les désavantages de Montréal

Dans une dizaine de jours, les amateurs se tourneront vers le marché des joueurs autonomes. Marc Bergevin n’est pas friand de ce bazar.

Si on fait exception des grands noms, des joueurs ordinaires héritent souvent de contrats faramineux qui deviennent des boulets dans de nombreux cas. La réticence de Bergevin est compréhensible.

D’un autre côté, Montréal est désavantagé sur le plan fiscal. Certains amateurs ajoutent la présence des journalistes parmi les inconvénients, ces fatigants avec leurs carnets de notes et leurs micros qui ne lâchent pas les joueurs, comme on peut le lire dans les réseaux sociaux.

On peut ajouter la pression, la pluie, la neige, les chantiers de construction, les cônes orange, les nids-de-poule, les pitbulls, alouette ! Tout ça fait bien rire les anciens joueurs québécois qui ont fait les années de gloire du bleu, blanc, rouge.

Si les joueurs actuels veulent des leçons sur la façon de faire carrière à Montréal, ils devraient consulter Guy Lafleur, Serge Savard ou Peter Mahovlich.

Geoff Molson est conscient qu’il y a un problème.

« C’est un peu compliqué », dit-il.

« Si un joueur veut jouer dans une ville de hockey, Montréal est le bon endroit. Si la priorité d’un joueur est de minimiser l’impact des impôts sur son chèque de paie, il va aller ailleurs.

« Mais la question monétaire n’est pas le seul aspect pesant dans la balance. Les joueurs accordent une grande importance aussi au rôle qu’ils peuvent tenir dans une équipe. »

Le Canadien trouvera-t-il ce joueur ?

Comme le disait le titre d’un quiz américain populaire dans les années 1950, c’est la question à 64 000 $.

Pression constante

Promouvoir des marques de bière et maintenir l’image de marque du Canadien sont deux choses très différentes.

« Si un consommateur de bière n’aime pas un produit, il n’en boit pas », dit Geoff Molson, qui était vice-président au marketing à la brasserie Molson-Coors avant de devenir propriétaire du Canadien.

Faire du hockey à Montréal, c’est savoir comment gérer les émotions et les critiques des journalistes et des amateurs. Le Canadien est dans l’actualité tout l’automne, tout

l’hiver et une partie du printemps.

Or, il y a longtemps qu’on a vu du hockey tard en mai ou en juin au Centre Bell.

Une marque qui passionne

Si Geoff Molson pouvait marcher dans la rue incognito quand une marque de Molson n’obtenait pas les parts de marché espérées, il ne peut pas se cacher pour ce qui est du Canadien.

« Je représente une marque qui passionne la province, continue-t-il. Je dois tout faire pour bien respecter ça en public comme en privé. Les responsabilités et les attentes sont énormes. »

Les amateurs continuent d’affluer au Centre Bell malgré les difficultés des dernières années. Rares ont été les soirs où il n’y avait pas salle comble l’hiver dernier. Mais les critiques prennent rarement congé aussi.

« Tout le monde a droit à son opinion, enchaîne le chef de direction du groupe CH. J’adore mon travail. Je vais continuer à travailler pour que l’on ne vive pas un autre quart de siècle sans coupe. Mais le hockey a tellement changé depuis notre dernier championnat. C’est presque impossible de reproduire des dynasties comme celles qu’on a connues.

« Ce n’est pas impossible de gagner la coupe. Mais avec le plafond salarial, c’est pratiquement impossible de répéter ce qu’on a vécu autrefois. »

Quand on demande à Geoff Molson s’il avait l’épiderme sensible à son arrivée au poste de propriétaire, il répond qu’il avait été témoin dans sa jeunesse des moments difficiles que les membres de sa famille avaient eu à surmonter pendant leurs années à la tête de l’organisation.

Lui ont-ils conseillé de se montrer dans les moments de tempête ?

« Pas nécessairement, répond M. Molson. On sait que la presse est tellement forte qu’il faut être prêt à accepter les critiques. Je suis capable de lire les commentaires et les critiques et de les encaisser. »