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Le rideau tombe pour Francine Grimaldi

Francine Grimaldi prendra sa retraite ce samedi, 22 juin, après presque 50 ans de carrière comme chroniqueuse culturelle à Radio-Canada
Photo Courtoisie, Radio-Canada Francine Grimaldi prendra sa retraite ce samedi, 22 juin, après presque 50 ans de carrière comme chroniqueuse culturelle à Radio-Canada

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MONTRÉAL – Après presque 50 ans de chroniques culturelles, Francine Grimaldi prend sa retraite. Le rideau tombera sur la carrière de la célèbre «vadrouilleuse» artistique de Radio-Canada ce samedi, alors que celle-ci offrira ses dernières interventions à l’émission «Samedi et rien d’autre», de Joël Le Bigot.

«Ça va faire mal de partir, mais à un moment donné, il faut savoir tirer sa révérence», confie la dame de 75 ans, en entrevue avec l’Agence QMI.

«Moi, j’aime les chiffres ronds, poursuit Francine Grimaldi. 50 ans à Radio-Canada, 75 ans de vie... Je pense que c’est le temps de céder ma place aux jeunes, de passer à autre chose, de me consacrer à une vie privée. Ce qui sera très bizarre, pour moi, puisque je n’en ai jamais eu!»

Privilège

Incarnant une icône dans son industrie, Francine Grimaldi a pavé la voie à toute une génération de journalistes culturels et demeure l’une des seules personnes au Québec à avoir exercé ce métier toute une carrière durant. Elle s’en émerveille encore aujourd’hui.

«On ne prend pas sa retraite du métier d’actrice, et on ne prend pas sa retraite du métier de chroniqueuse culturelle non plus, décrète-t-elle. Parce qu’on a une vie de privilégiés. Une vie de riches. Je n’aurai jamais les moyens de me payer l’opéra, le ballet, le théâtre, le Festival de Jazz, les festivals d’humour... Maintenant, il va falloir que je fasse des choix. Quand on est chroniqueur culturel, toutes les portes nous sont ouvertes et on passe des moments magnifiques, privilégiés. Il y a de quoi trouver la vie bien belle!», décrit-elle, citant la pièce «Les oranges sont vertes», du Théâtre du Nouveau Monde, comme l’œuvre qui l’a le plus bouleversée.

D’abord recherchiste à l’émission «Studio 11», de Lise Payette, puis responsable du calendrier culturel à «CBF-BONJOUR», avec Michel Desrochers, puis Joël Le Bigot, avec qui elle a formé un indissociable tandem du milieu des années 1970 à aujourd’hui, Francine Grimaldi a été de toutes les premières et de tous les tapis rouges.

Fille de l’homme de théâtre Jean Grimaldi, elle fréquentait dès sa jeunesse les coulisses des planches québécoises. Elle contribuera d’ailleurs prochainement à l’élaboration d’un livre portant sur la vie de son père, que sa nièce, la poète Marie-Paule Grimaldi, compte écrire.

«Elle commence à faire des recherches. Elle est allée en Gaspésie, au Nouveau-Brunswick, partout où on allait en tournée à l’époque. Je vais faire ma part, mais ce n’est pas moi qui vais faire le livre. Je suis trop vieille pour ça», indique Francine Grimaldi.

Campagne en ville

La célèbre communicatrice, reconnue pour son style vestimentaire unique, ses lunettes voyantes et son foulard dans les cheveux, a beau figurer parmi les pionnières de sa profession, elle soutient ne pas verser dans la nostalgie.

«Je le serai peut-être dans le futur. Pour l’instant, je ne regrette pas une minute de mes 75 ans de vie. J’ai eu une vie privilégiée...», estime celle qui dit ne pas être au parfum de la tendance des influenceurs et ne pas connaître Instagram et autres technologies du genre.

«Il y a bien des choses que je ne sais pas. Il est temps que je parte!» tranche-t-elle en rigolant.

À compter de ce week-end, c’est une retraite paisible qui s’offrira à Francine Grimaldi.

Elle empoignera peut-être le clavier de temps à autre pour partager ses états d’âme avec ses presque 5000 amis Facebook, mais ne prévoit pas investir de nouvelle tribune publique à court terme. Pour l’instant, elle espère profiter de son havre de paix de l'arrondissement Le Plateau-Mont-Royal, face au lac du parc Lafontaine, son oasis de «campagne à la ville», illustre-t-elle.

«Je veux regarder, profiter, faire des croisières, louer un camper et partir sur la route. Avoir du temps. C’est précieux, le temps. Avoir deux minutes à la radio, c’est précieux, c’est merveilleux. Maintenant, imagine toutes les deux minutes que je vais avoir devant moi!»

Enfin, que pense Francine Grimaldi de l’institution que représente désormais Radio-Canada, cinq décennies après y avoir mis les pieds pour la première fois? L’amoureuse des mots regrette d’abord à voix haute le départ de son collègue Claude Deschênes, parti en 2013 parce que le temps d’antenne accordé à la culture rétrécissait sans cesse à la société d’État. Elle se réjouit, en contrepartie, de la liberté que la boîte publique lui a toujours accordée.

«Ce n’est plus ce que c’était, mais j’y crois encore, hasarde-t-elle. Chez les administrateurs, on a déjà eu des gens de radio, qui en avaient fait, qui savaient ce que c’était, qui aimaient ça. Mais à travers tout ça, c’est le talent qui va sortir, parce qu’on en a beaucoup», conclut-elle.