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«Salopage» entre jeunes filles

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Une vision dangereusement stéréotypée, voire angélique, des filles aime laisser croire que nous, la gent féminine, ne sommes pas violentes. C’est vrai qu’en cas de conflit, le coup de poing sur le nez est généralement moins utilisé que chez nos congénères masculins. Mais en ce qui concerne la violence verbale et la violence indirecte, c’est une tout autre histoire! J’applaudis donc l’initiative du Secrétariat à la condition féminine (SCF) et du Fonds de recherche du Québec - Société et culture (FRQSC) qui osent prendre ces agressions entre filles au sérieux et souhaitent étudier en profondeur ces comportements violents qui démolissent trop de jeunes filles.  

J’ai étudié tout mon secondaire dans une école pour filles seulement. Je n’ai jamais vu l’une d’entre nous se faire tabasser entre deux rangées de cases ou dans la cour d’école.     

J’ai cependant vu un paquet de mes collègues se faire insulter ou rabaisser, se faire briser émotionnellement par des ragots mesquins ou se faire mettre sournoisement à l’écart du groupe.     

Une fois arrivée dans l’univers professionnel, la solidarité féminine m’est parfois apparue comme un mythe.     

«Elle a couché avec le boss pour avoir sa promotion!». Ce genre de ragot n’est pas sorti de la bouche d’un homme quand j’ai été nommée à un poste en vue à un jeune âge. Mais plutôt de celles de consœurs calomnieuses.     

Elles étaient rares, mais elles savaient faire mal!    

Bref, je trouve que ça joue souvent bien dur dans le monde des filles!    

«Salopage»  

Une statistique me donne froid dans le dos.     

La moitié des jeunes interrogés dans le cadre d’une étude canadienne (dont des filles) croient que si un garçon partage des images intimes de sa petite amie, c’est la faute de la fille qui les a envoyées.   

Elle mérite donc d’être harcelée et humiliée parce qu’elle a agi comme une salope.   

En anglais, on dit du slut-shaming, terme que certaines ont traduit par «salopage».    

Gestes d’agression sociale dès la 4e année   

La violence sournoise entre filles commence à un âge que je trouve affreusement jeune. Dès le primaire.     

Le portrait de la violence dans les établissements d’enseignement primaire au Québec indique «que ces comportements d’agression sociale sont présents dès la 4e, 5e et 6e année du primaire».   

L’Enquête québécoise sur la santé des enfants et des jeunes au secondaire (EQSJS), publiée en 2010-2011, a démontré de son côté «que les filles affichent une proportion plus élevée d’agressivité indirecte que les garçons.»  

73% contre 57%.    

Des exemples d’agressivité indirecte : pousser les autres à détester quelqu’un, se venger par l’intermédiaire des autres, dire de vilaines choses dans le dos de quelqu’un, exclure un membre du groupe, etc.     

Les victimes de ces traitements violents ne reviennent peut-être pas à la maison avec le nez qui saigne, mais assurément avec le cœur meurtri.    

Moins d’interventions à l’égard de la violence indirecte   

Ces blessures de l’âme sont non seulement moins visibles, mais aussi beaucoup moins sanctionnées.     

Dans son rapport La violence chez les filles et les garçons, daté de 2014, le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur souligne qu’à l’école, les adultes interviennent moins dans les cas de violence indirecte que dans les cas de violence physique ou verbale.    

Les professionnels du milieu scolaire se sentiraient moins compétents pour intervenir.     

Comprendre le phénomène et savoir comment prévenir  

«Notre but avec cette étude est de comprendre les causes de ces violences entre filles pour pouvoir intervenir adéquatement lorsqu’elles se présentent et les prévenir», m’informe Élise Demers, conseillère en égalité et rapports égalitaires au Secrétariat à la condition féminine.    

À l’heure actuelle, on connaît peu de choses du phénomène, mais des chercheuses avancent qu’il est possible que ce soit l’intolérance envers les comportements d’agressivité directe chez les filles qui les poussent à exprimer davantage leur colère par la violence verbale ou indirecte.    

Évidemment, on ne souhaite pas que nos filles échangent une rumeur malveillante contre un coup de poing sur nez. Il y a assurément une voie plus pacifique à tracer pour leur montrer comment régler leurs différends.    

Je lirai donc avec beaucoup d’attention les résultats de la recherche dans un an ou deux.    

Mais en somme, je salue l’initiative du Secrétariat à la condition féminine de se pencher sur cet enjeu fondamental pour le bien-être de nos filles.     

J’estime à titre de féministe que l’on se doit de se regarder dans le blanc des yeux concernant ce sur quoi, nous les femmes, avons à œuvrer.