/entertainment/opinion/columnists
Navigation

Toronto, le ROC et «l’inique» loi 21

Coup d'oeil sur cet article

Quand je regarde la télévision anglophone – même celle de la CBC qu’on voudrait parfois plus objective –, j’ai l’impression de vivre en Iran, sinon en Corée du Nord.

Le Québec serait-il devenu subitement la terre hostile que les journaux décrivent ? La loi 21, adoptée dimanche à l’Assemblée nationale, nous transporte-t-elle à l’époque hitlérienne ? Fait-elle du Québec un état où les policiers surveillent hijab, kippa et turban comme s’ils étaient subversifs et mettaient en danger notre existence même ?

C’est que ni la télévision du ROC (Rest of Canada) ni ses journaux n’y vont avec le dos de la cuiller pour fustiger le gouvernement du Québec et, par ricochet, la majorité des Québécois qui sont d’accord avec la loi 21. Je n’ai pas entendu autant de propos hargneux et lu autant d’éditoriaux accusateurs depuis l’adoption de la loi 101. Cette loi que certains accusent encore d’avoir fait fuir 400 000 Québécois anglophones, qui étaient, disent-ils, la crème de la crème, qui faisaient tourner notre économie.

LE GLOBE AND MAIL

Mardi, le Globe and Mail, le plus influent des quotidiens anglophones, a intitulé son éditorial : A terrible law, passed for the worst reason (Une loi terrible adoptée pour le pire des motifs). Le Globe écrit que la loi « ternit le nom du Canada à travers le monde »... « qu’il est monstrueusement injuste qu’une femme musulmane ou un Juif soient désormais forcés de choisir entre leur foi et leur emploi, alors que ce n’est pas le cas pour une personne qui sanctifie la laïcité ».

Dans une autre page, le chroniqueur Marcus Gee ne trouve pas assez de mots pour vanter le défilé en l’honneur des Raptors, symbole même « du Canada de l’avenir : jeune, vivant, énergique, plein d’espoir et étonnamment diversifié. Toutes les rues de Toronto, écrit-il encore, respiraient le succès du Canada à accueillir et à intégrer des gens de toute la planète. Des gens de toute langue... sans que personne n’ait la moindre arrière-pensée ».

JUSQU’AU FESTIVAL DE STRATFORD

La victoire des Raptors a-t-elle eu cette heureuse signification pour les Ontariens francophones, alors qu’on vient d’abolir le Commissariat aux services en français ainsi que le financement de l’Université de l’Ontario français... ?

Coïncidence (?), le Festival de Stratford, toujours « politiquement correct » et dans l’air du temps (Diane Flacks, une actrice, joue le rôle de Nathan) met à l’affiche du Studio Théâtre la pièce Nathan the Wise (Nathan le Sage) du dramaturge allemand Ephraïm Lessing.

Dans cette pièce que l’auteur a située dans la Jérusalem du 12e siècle, le riche marchand juif Nathan revient de voyage pour apprendre que sa fille Rachel a été sauvée d’un incendie par un Templier chrétien venant d’être épargné de la mort par le musulman Saladin. Au 18e siècle, Lessing était le champion de la tolérance religieuse.

Quoi qu’on en pense au Canada anglais, quoi que diffuse sa télévision et quoi que publient ses journaux, il se pourrait qu’un jour un Québécois « de souche » sauve d’une maison en flammes la fille d’un Juif après avoir lui-même été sauvé de la noyade par un musulman ayant bravement sauté à l’eau ! Tout ça en dépit de la loi 21 !