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Un fraudeur qui a brisé des rêves

Il a dépouillé sept personnes qui voulaient s’acheter une maison pour un montant total de 100 000 $

Juna Louisma et Jean Donat Marceau
Photo PIerre-Paul Poulin Juna Louisma et Jean Donat Marceau se sont fait frauder 70 000 $ par Michael Barchichat.

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Un fraudeur sans scrupules qui a brisé les rêves de familles voulant acheter une maison a supplié une juge de lui éviter la prison, même s’il continue de minimiser ses crimes.  

« J’ai fait des erreurs, mais j’étais jeune, c’était involontaire... Je demande votre clémence, Madame la Juge, pardonnez-moi... », a imploré Michael Barchichat, jeudi au palais de justice de Montréal, juste après qu’une de ses victimes a déclaré qu’à cause de lui, elle a dû nourrir sa famille en allant dans des banques alimentaires.  

Barchichat, 37 ans, était dans la vingtaine avancée lorsqu’il a soutiré 100 000 $ à sept personnes qui cherchaient à devenir propriétaires. Beau parleur, il gagnait la confiance de ses victimes en leur promettant de les aider à trouver du financement rapide à des taux raisonnables...  

À condition qu’ils lui versent une mise de fonds.  

Emploi et maladie  

Et une fois l’argent encaissé, Barchichat disparaissait.  

« L’achat de la maison était un rêve afin que je puisse la léguer à mes enfants plus tard, mais c’est devenu un cauchemar », a témoigné jeudi Juna Louisma, qui a perdu 70 000 $, soit toutes ses économies.  

Son rêve envolé, la femme est tombée malade et a dû arrêter de travailler. Sans rentrée d’argent, ses enfants n’ont pas pu faire d’activités, et elle a même dû aller dans des banques alimentaires afin de nourrir sa famille.  

« On a passé des moments atroces, je n’avais plus le goût de vivre, il nous a enlevé les plus belles années de notre vie », a déploré le mari de Mme Louisma, Jean Donat Marceau.  

Une troisième victime a témoigné avoir cumulé deux emplois pendant des années, pour voir le labeur de son travail dérobé par Barchichat.  

« C’était 5200 $, ça peut sembler peu, mais c’était les économies de nos vies, a expliqué cette victime en pleurant. Même si ça s’est passé il y a des années, la douleur est comme si c’était hier. Là, on attend la justice. »  

Timides regrets  

Barchichat a lui aussi pris la parole en s’excusant « pour les torts » causés. Il s’est ensuite dépeint comme une bonne personne, qui fait du bénévolat dans une synagogue et une association qui lutte contre le cancer.  

<strong>Michael Barchichat</strong><br><em>Fraudeur</em>
Photo Chantal Poirier
Michael Barchichat
Fraudeur

« Je reconnais avoir fait des erreurs », a-t-il dit, refusant toutefois d’utiliser le mot « fraude », malgré le verdict de culpabilité rendu en octobre dernier.  

Et pour montrer sa bonne volonté, il a remis des chèques à ses victimes, remboursant ainsi pratiquement tout l’argent fraudé.  

« C’est un peu tard, mais ça va peut-être panser quelques plaies », a dit son avocat Patrice Duliot aux victimes, peu impressionnées par ce geste, étant donné la misère dans laquelle elles ont été plongées.  

Clémence demandée  

L’avocat a rappelé que Barchichat avait depuis déclaré faillite et qu’il est père de cinq enfants, dont deux qui ont des problèmes de santé.  

« On n’est pas ici pour assouvir une vengeance », a-t-il dit en suggérant « au maximum » un sursis assorti de travaux communautaires.  

Mais pour le procureur de la Couronne Louis Philippe Meek Baillot, le remboursement près de 10 ans plus tard n’est qu’une tentative « d’attendrir le tribunal ». Selon lui, Barchichat mérite quand même 30 mois de pénitencier.  

« M. Barchichat se présentait comme une personne intègre qui visait à aider les gens, a-t-il plaidé. Encore ce matin, on l’entend dire que c’était involontaire. Et maintenant qu’il risque la prison, il commence un remboursement. »   

► La juge Linda Despots a pris la cause en délibéré, et rendra la sentence en septembre.