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États assassins: l’ONU enquête... et laisse faire

États assassins: l’ONU enquête... et laisse faire
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La rapporteure spéciale de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires Agnès Callamard associe directement le prince Mohammed ben Salmane à l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, un opposant au régime saoudien: «Il existe des preuves crédibles, justifiant des investigations supplémentaires, de la responsabilité individuelle d'officiels saoudiens de haut niveau, y compris du prince héritier.»  

Les Hollandais eux viennent d’accuser formellement trois Russes et un Ukrainien d’être responsables de la mort des 298 passagers du vol MH-17 abattu au-dessus de l’Ukraine.  

Ces individus ne répondront jamais de leurs crimes devant un tribunal puisqu’ils jouissent de la protection d’États puissants complices de leurs crimes. Seuls des responsables de pays pauvres ou vaincus sont traînés devant des tribunaux internationaux.  

C’est le cas des dirigeants américains. Les États-Unis ordonnent régulièrement depuis une quinzaine d’années des assassinats, à l’aide de drones, d’individus simplement soupçonnés d’être leurs ennemis, en Afrique, au Moyen-Orient et au Pakistan.  

Les personnes ciblées et tuées dans ces attaques n’ont jamais été accusées de quoi que ce soit devant quelque tribunal que ce soit. En fait, les États-Unis ne reconnaissent même pas officiellement qu’ils en sont les responsables.  

L’ONU a nommé un rapporteur spécial, Philip Alston, pour faire enquête sur ces assassinats par drone qu’elle considérait comme des exécutions extrajudiciaires et extralégales contraires au droit international.  

Ça semble être aussi la position des avocats du Pentagone, puisque les militaires américains refusent d’accomplir ces missions. Les drones américains qui tuent régulièrement des suspects de terrorisme et des civils innocents qui se trouvent à proximité, les «dommages collatéraux», sont dirigés sur leurs cibles par les manettes des pilotes-assassins de la CIA assis devant leur écran d’ordinateur.  

Les frappes létales de drones américains contre des individus soupçonnés de djihadisme ont commencé sous George W. Bush, et se sont poursuivies sous Barack Obama, et Donald Trump. Sans autre forme de procès, des suspects sont assassinés parce que l’administration américaine a décidé qu’ils méritent la mort. Anwar al-Awlaki, un djihadiste vivant au Yémen devint ainsi, en 2012, le premier citoyen américain exécuté par ordre direct de son président, Barack Obama, sans avoir été condamné par un tribunal.  

 Le Pakistan, depuis le début du XXIe siècle, a été la victime d’un bon nombre de ces frappes mortelles qui tuent régulièrement des innocents. En 2012, ces frappes ont été suspendues temporairement dans ce pays après qu’une attaque a tué par erreur 24 militaires pakistanais. L’affaire avait soulevé la colère et l’indignation du pays. Faut-il se surprendre que les sondages, depuis 15 ans, indiquent qu’une majorité de Pakistanais considèrent les États-Unis comme un pays ennemi.  

Combien de personnes à travers le monde ont-elles été exécutées sur ordre de présidents américains? Impossible de le savoir. La CIA couvre ces meurtres du secret d’État. Mais les statistiques compilées par l’ONG Bureau of Investigative Journalism sont révélatrices.  

De 2004 à avril 2018, selon le BIJ, le bilan des attaques de drones américains contre des cibles au Pakistan, en Somalie, au Yémen et en Afghanistan se lit comme suit: 4737 frappes ont tué entre 7361 et 10677 personnes. Parmi celles-ci, entre 737 et 1551 civils, et entre 242 à 335 enfants.  

L’impunité des États-Unis pour leur utilisation extrajudiciaire et extralégale de drones ouvre la porte à d’autres pays pour faire la même chose. Imaginez le tollé si la Russie, la Chine ou l’Iran décidaient à leur tour d’employer des drones pour assassiner des opposants à l’extérieur de leur territoire et ailleurs que dans des zones de combat.  

Je souligne en terminant que le rapport de 2010, très critique de l’enquêteur spécial Philip Alston a rapidement été tabletté par l’ONU et n’a pas eu de suite. Espérons que celui que vient de déposer Agnès Callamard contre l’Arabie saoudite aura des suites.