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Les journalistes qui cherchent le trouble

Andrew Scheer
Photo d'archives, Simon Clark Andrew Scheer

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L’Association canadienne des journalistes (surtout présente en dehors du Québec) vient de publier un communiqué expliquant que les journalistes ont désormais un devoir de couvrir toute l’actualité en fonction de l’« urgence climatique ».

S’appuyant sur un consensus scientifique, ils jugent nécessaire de passer un mot d’ordre à leurs membres et d’annoncer au public ce nouvel angle de couverture de l’actualité.

Quelques citations (traduites). L’Association « implore ses journalistes d’adopter un plan d’action pour couvrir, situer dans son contexte, et localiser la plus grosse histoire de notre temps » en plus de tenir redevables « les institutions publiques et privées pour leurs actions et leurs inactions en matière de changements climatiques. » Lourd de portée comme déclaration.

Un plan d’action ? Je croyais que les journalistes rapportaient l’actualité à la population. Les plans d’action appartiennent surtout aux groupes militants. Ce communiqué a de quoi donner à la population l’impression que les journalistes ne se contentent plus de les informer, mais sautent dans la mêlée et prennent part aux débats.

Jeu dangereux

Ne soyons pas naïfs : l’intervention de l’Association canadienne des journalistes survient à trois mois d’une campagne électorale. Par hasard, elle arrive le jour même de la présentation du plan environnemental des conservateurs. Pour plusieurs, cette intervention d’une association de journalistes sera vue comme un prétexte pour attaquer systématiquement le parti d’Andrew Scheer.

Suivant les pistes du communiqué, les journalistes ne seraient pas biaisés anti-conservateurs, ils ne feraient seulement que leur devoir de vigilance en matière de changements climatiques.

Même si un consensus scientifique existe sur des perturbations à notre climat, les scientifiques continuent à s’efforcer d’en comprendre mieux les causes et les effets. Rien n’est parfaitement clair non plus du point de vue des solutions vraiment efficaces. Il me semble que le rôle des journalistes consiste à faire état des découvertes, avancées et questionnements en la matière. Informer, objectivement.

Les politiciens essayent chacun d’avancer leurs solutions... mais en tentant par tous les moyens de tirer profit de la crise climatique. Prenons Québec solidaire. Dans un livre publié six mois avant les élections, Manon Massé parlait de ses convictions sur une panoplie de sujets. Les changements climatiques y prenaient une place normale : un chapitre sur une vingtaine.

Mais en constatant le succès électoral obtenu, notamment auprès des jeunes, Québec solidaire dit maintenant n’avoir qu’une seule priorité : les changements climatiques. Peut-on le leur reprocher ? Convictions, opportunisme politique, ou un heureux mélange des deux ? Le rôle du journaliste est-il de faire la part des choses ou d’encenser celui qui milite radicalement pour le climat ?

Le danger américain

Alors, vous pensez que la population va se dire quoi ? Que les journalistes sont les gardiens d’une vérité scientifique susceptible de sauver le monde ? Ou que les journalistes ne couvrent pas les événements avec objectivité ? Il n’existe pas de meilleur moyen de paver la voie à une perte de confiance dans le journalisme, comme cela se vit aux États-Unis.

Si l’expression fake news devient célèbre aussi au Canada, ils se demanderont pourquoi.