/weekend
Navigation

La construction d’un regard

Le récit en images de la transmission d’une passion pour la photo

Mélanie Leclerc
Photo PIerre-Paul Poulin Mélanie Leclerc

Coup d'oeil sur cet article

Comment rendre hommage à un homme qui a consacré sa carrière à raconter des histoires avec des images ? En illustrant sa vie, bien sûr ! Dans Contacts, la bédéiste Mélanie Leclerc brosse un portrait touchant de son père, Martin Leclerc, cinéaste retraité de l’ONF et premier fils du grand Félix.

« Martin est un homme de peu de mots, mais d’une grande sensibilité. Même s’il semble taciturne au bout de sa grosse barbe, ses photos sont pleines de tendresse, comme une fenêtre ouverte sur l’univers », confie en entrevue sa fille, Mélanie Leclerc.

Contacts, c’est avant tout le récit entourant la vie et l’œuvre de Martin Leclerc, fils du chansonnier Félix Leclerc et de sa première épouse, Andrée Vien. Caméraman et directeur photo à l’Office national du film de 1971 à 1996, il a notamment été le compagnon de tournage de Pierre Perreault, Pierre Falardeau et Denis Villeneuve. C’est également lui qui a tourné les images des missions de Jean Lemire en Arctique et en Antarctique à bord du Sedna IV. Lorsqu’il ne portait pas une caméra sur l’épaule, le cinéaste avait l’habitude de dégainer son appareil photo et de documenter ses tournages aux quatre coins du globe.

« J’ai voulu raconter comment se construit un regard, et en ce sens la vie de Martin me semblait très intéressante parce qu’il a vécu beaucoup de solitude dans son enfance, explique-t-elle. Il a pratiqué un métier de l’image sans être photographe, mais la photo est toujours restée comme un moyen de communiquer. C’était sa façon d’attraper et de tenir la beauté du monde. »

<b><i>Contacts</i></b><br/>Mélanie Leclerc<br/>Éd. Mécanique générale<br/>144 pages
Photoourtoisie
Contacts
Mélanie Leclerc
Éd. Mécanique générale
144 pages
Mélanie Leclerc
Photo courtoisie

Une passion commune

L’histoire montre aussi la transmission d’une passion. Du moment où une toute jeune Mélanie descend au sous-sol pour observer son père développer des photos jusqu’au jour où ce dernier lui remet son précieux appareil Leica, le personnage de Martin apparaît comme un guide au caractère rugueux, certes, mais toujours bienveillant.

« Quand Martin n’était pas en tournage, il passait son temps à développer des photos dans la cave. À la maison, il régnait une odeur d’acide et des photos de partout dans le monde séchaient sur des cordes dans toutes les pièces. J’ai eu la piqûre très tôt. »

L’auteure, qui détient une formation en littérature et en cinéma, s’amuse d’ailleurs à jouer avec les codes de la bande dessinée pour mieux faire ressentir ce qu’est la photographie. Ainsi, certains dessins reproduisent de véritables images prises par Martin ou Mélanie, des cases deviennent l’objectif d’un appareil et les lavis à l’aquarelle récréent les différents virages qui peuvent se faire en argentique. « La BD, tout comme la photographie, est un art de cadrage », fait-elle remarquer.

Recul nécessaire

Même si l’histoire parle de son père, l’auteure ne tombe jamais dans le piège de la complaisance. « Je n’ai pas voulu l’idéaliser, même si j’ai dû prendre mes distances avec mon sujet. Au début du processus, Martin suivait de près mes démarches, car l’histoire était collée à ses anecdotes de tournage. Mais sous les conseils de Michel Rabagliati (de la série Paul), j’ai appris à me faire confiance et je n’ai plus montré mes dessins à personne. »

Quand Martin Leclerc a lu l’album une fois terminé, il est resté surpris de constater que plusieurs anecdotes n’y figuraient plus. « J’ai dû lui répondre qu’elles avaient été coupées au montage ! »

Pour découvrir l’œuvre de Martin Leclerc derrière la caméra

  • La bête lumineuse de Pierre Perreault (ONF) 1982
  • Liberty Street Blues d’André Gladu (ONF) 1988
  • Le singe bleu d’Esther Valiquette (ONF) 1992
  • L’oumigmag de Pierre Perreault (ONF) 1993
  • REW FFND de Denis Villeneuve (ONF) 1994
  • Le pays rêvé de Michel Moreau (ONF) 1996