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L’Odyssée mémorable de David Saint-Jacques

L’astronaute québécois David Saint-Jacques a pris cet égoportrait lors de sa sortie dans l’espace en avril dernier avec la Terre en arrière-plan.
Photo Agence spatiale canadienne  L’astronaute québécois David Saint-Jacques a pris cet égoportrait lors de sa sortie dans l’espace en avril dernier avec la Terre en arrière-plan.

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Ce n’est pas un hasard si la mission de David Saint-Jacques est la plus longue jamais réalisée par un Canadien. Les astronautes restent de plus en plus longtemps dans l’espace dans le but de voyager un jour jusqu’à la planète Mars.

Après 204 jours en orbite, la mission de l’astronaute québécois David Saint-Jacques se terminera demain, lorsqu’il « tombera du ciel ». La mission a été marquée par plusieurs premières, en plus d’une panoplie d’expériences réalisées dans la Station spatiale internationale (voir les exemples ci-contre).

« Ça fait partie d’un souhait de la communauté internationale d’avoir plus de missions de longue durée, pour justement acquérir les connaissances qui vont nous permettre de soutenir des missions beaucoup plus ambitieuses vers Mars, par exemple », explique Isabelle Tremblay, directrice des astronautes, des sciences de la vie et de la médecine spatiale à l’Agence spatiale canadienne.

Les missions d’un an sont pour bientôt, selon elle, puisque les connaissances sont suffisantes pour les réaliser.

Rien comme prévu

Au départ, Saint-Jacques ne devait pas rester six mois dans l’espace. Mais « il n’y a jamais rien qui va tout à fait comme prévu » dans l’espace, confie-t-elle.

C’est pourquoi une grosse équipe suit en temps réel les astronautes lors de chacune de leurs expériences et tâches à accomplir sur la Station spatiale internationale.

Mme Tremblay a d’ailleurs suivi attentivement les six heures et demie que David Saint-Jacques a passées hors de la station et dans l’espace, regardant même en différé les moments qu’elle avait dû manquer.

« C’est un grand accomplissement pour un astronaute », dit-elle, à propos de cet exercice très exigeant physiquement.

« Quand on est petit et qu’on s’imagine être astronaute, c’est comme ça qu’on l’envisage, soit de marcher dans l’espace et de porter le scaphandre », poursuit Mme Tremblay.

Gros défi

Le premier gros défi a été rencontré dès le départ de David Saint-Jacques pour l’espace en décembre, dit-elle. Car quelques mois avant, en octobre, une fusée Soyouz ne s’est pas rendue en orbite après une défaillance technique et a dû atterrir d’urgence.

Heureusement, les deux cosmonautes à bord étaient sains et saufs.

Mais cela faisait en sorte que David Saint-Jacques, parti ensuite avec deux autres collègues, se retrouvait avec moins d’aide que prévu à bord de la Station spatiale internationale.

Mais l’équipage a été extraordinaire selon Mme Tremblay. David Saint-Jacques et sa collègue américaine Anne McClain ont réussi à deux ce que font habituellement trois personnes. Même s’ils en étaient tous les deux à leur première mission.

« On a accompli tout ce que l’on souhaitait accomplir », se réjouit-elle.

Mme Tremblay assure maintenant qu’un autre Canadien s’envolera à son tour pour l’espace d’ici 2024.


► L’étude Vection

L’astronaute québécois David Saint-Jacques a pris cet égoportrait lors de sa sortie dans l’espace en avril dernier avec la Terre en arrière-plan.
Photo Agence spatiale canadienne 

Cette étude utilise un système de réalité virtuelle pour examiner comment la microgravité influence la manière dont les astronautes perçoivent leurs mouvements. Les résultats de l’étude pourraient aider à comprendre des troubles affectant le mouvement, comme la maladie de Parkinson, ou dans l’utilisation de robots de téléchirurgie.

► Le biomoniteur

L’astronaute québécois David Saint-Jacques a pris cet égoportrait lors de sa sortie dans l’espace en avril dernier avec la Terre en arrière-plan.
Photo Agence spatiale canadienne 

Cette technologie a été conçue pour mesurer et enregistrer les signes vitaux des astronautes pendant leurs activités quotidiennes.

Il s’agit d’un maillot intelligent et d’une application mobile développés par l’entreprise montréalaise Carré Technologies pour l’Agence spatiale canadienne.

Cette dernière croit que le système sera utile pour les Canadiens qui sont alités, confinés à la maison, ou qui vivent dans des collectivités rurales ayant un accès limité aux soins médicaux.

► Les expériences Vascular

L’astronaute québécois David Saint-Jacques a pris cet égoportrait lors de sa sortie dans l’espace en avril dernier avec la Terre en arrière-plan.
Photo Agence spatiale canadienne 

Il s’agit de trois expériences portant sur les effets de l’apesanteur sur la santé cardiovasculaire des astronautes. Par exemple, ils doivent faire moins d’efforts pour se déplacer que sur la Terre. Mais après six mois dans l’espace, les artères des astronautes ont perdu 17 % à 30 % de leur élasticité, ce qui se compare à un vieillissement normal sur Terre de 10 à 20 ans.

► Des tomates dans l’espace

L’astronaute québécois David Saint-Jacques a pris cet égoportrait lors de sa sortie dans l’espace en avril dernier avec la Terre en arrière-plan.
Photo Agence spatiale canadienne 

Avec Tomatosphère, des semences de tomates sont envoyées dans l’espace, où elles restent environ quatre semaines. De retour sur Terre, les semences sont envoyées dans les écoles. Les élèves les font pousser et les comparent à des semences ordinaires. C’est un premier pas pour voir si les astronautes pourront faire pousser leur nourriture dans l’espace.

Jouer avec ses enfants à partir de l’espace

L’astronaute québécois David Saint-Jacques a pris cet égoportrait lors de sa sortie dans l’espace en avril dernier avec la Terre en arrière-plan.
Photo Agence spatiale canadienne 

Si la femme de l’astronaute David Saint-Jacques a hâte à une chose après six mois à 408 km de son mari dans l’espace, c’est juste de profiter des matins à ses côtés à faire rire leurs trois enfants.

« Que les enfants viennent nous rejoindre dans le lit le matin, moi, c’est ça [...] Qu’ils se fassent chatouiller par leur père », souffle en riant la Dre Véronique Morin.

Son mari est aussi « le roi des omelettes », dit la médecin spécialisée en santé publique, qui l’imagine préparer le déjeuner à son retour.

« J’ai hâte à la petite routine du matin, la vie normale. » Du moins, aussi normale que puisse être la vie d’un astronaute et d’une médecin dans le Grand Nord auprès des Inuits...

« Pas peur »

Véronique Morin s’envole demain avec les trois jeunes enfants du couple, âgés de deux, cinq et sept ans, pour Houston au Texas afin d’assister au retour sur Terre de son mari à la NASA.

« Je n’ai pas peur », lance-t-elle d’emblée. « Les gens assument qu’on a peur, mais je ne l’ai pas ressentie », assure-t-elle.

« C’est un monde dans lequel on évolue depuis plusieurs années », poursuit-elle, soulignant que le couple a connu plusieurs familles d’astronautes pendant ses années de vie à Houston. Ils ont des amis qui sont allés dans l’espace et sont revenus sans écueils.

« Les enfants se font souvent demander s’ils ont peur et je leur ai dit : “Les gens ne sont pas habitués avec les fusées, ils ne connaissent pas d’astronautes. Tout ce qu’ils ont vu, ce sont des fusées dans les films, et dans les films, elles explosent” », raconte-t-elle avec humour.

Jouer à distance

Elle s’est sentie près de son mari tout au long de sa mission. Ce dernier l’a appelée plusieurs fois par jour avec un téléphone IP, et le couple jasait en appel vidéo toutes les fins de semaine (voir photo ci-contre).

Véronique Morin a servi « d’ancrage » à David Saint-Jacques, lui permettant de s’évader de la station spatiale lors de leurs échanges.

« C’est sûr que c’est difficile, l’absence physique », dit-elle, mais le couple avait trouvé des trucs pour que les enfants n’en souffrent pas.

Leur père avait apporté des jouets dans l’espace pour s’amuser avec eux à distance. Véronique Morin raconte aussi comment elle pouvait courir après Sophie, leur plus jeune, avec le iPad en appel vidéo, lui disant que son père allait l’attraper pour qu’ils jouent ensemble.

« Mais c’est sûr qu’on a hâte d’être réunis », ajoute-t-elle.

Quelques faits en vrac

♦ David Saint-Jacques a été le premier astronaute canadien à manier le Canadarm2, le bras canadien, pour attraper un vaisseau-cargo. Il a fait la plus longue sortie dans l’espace, d’une durée de six heures et demie.

♦ Il a aussi été le premier astronaute à entrer dans la capsule Crew Dragon arrimée. L’entreprise américaine SpaceX avait lancé cette capsule pour un vol d’essai pendant sa mission.

L’astronaute québécois David Saint-Jacques a pris cet égoportrait lors de sa sortie dans l’espace en avril dernier avec la Terre en arrière-plan.
Photo Agence spatiale canadienne 

♦ Il a participé à plusieurs études scientifiques à la Station spatiale internationale. « Quand on étudie la santé humaine dans l’espace, on la voit sous une nouvelle lumière, puis [on peut] transférer ces connaissances-là sur Terre », explique Isabelle Tremblay de l’Agence spatiale canadienne. 

L’astronaute québécois David Saint-Jacques a pris cet égoportrait lors de sa sortie dans l’espace en avril dernier avec la Terre en arrière-plan.
Photo Agence spatiale canadienne 

♦ « C’est une chose d’être un bon astronaute, mais c’en est une autre de le faire en restant un bon mari, un bon père, un bon fils », a déclaré M. Saint-Jacques, mercredi, à propos de son plus gros défi à bord de la Station spatiale internationale.

♦ Il est parti pour l’espace le 3 décembre 2018 à bord d’une fusée Soyouz de Baïkonour, au Kazakhstan.

♦ Il assumera de nouveau le rôle de copilote lors de son retour sur Terre. Ces fusées sont conçues pour un aller-retour uniquement.

♦ L’Agence spatiale canadienne rapporte que la capsule Soyouz peut ramener son équipage sur Terre en trois heures et demie. Selon les témoignages des astronautes, l’impact au sol de la capsule Soyouz se comparerait à un accident d’automobile.

♦ Âgé de 49 ans, David Saint-Jacques a grandi à Saint-Lambert. Le père de trois enfants est aussi ingénieur, astrophysicien et médecin de famille. Il parle cinq langues : le français, l’anglais, le russe, l’espagnol et le japonais.