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Un ex-Hells Angels reprend du service

Richard Hudon est le doyen québécois des Red Devils, le club-école mondial du groupe criminel

Un ex-Hells Angels reprend du service
Photo Agence QMI, Maxime Deland

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Un ex-membre des Hells Angels ayant trempé dans l’une des plus ambitieuses importations de drogue au pays est de retour dans la «famille» des motards, qu’il avait pourtant promis de quitter à jamais.

Jeudi dernier à Montréal, Richard Hudon arborait fièrement sa veste à l’effigie des Red Devils, le seul club-école officiel des Hells à l’échelle internationale, alors qu’une centaine de motards s’étaient réunis pour les funérailles d’un des leurs, André Sauvageau. 

Hudon a été nommé membre du nouveau chapitre des Red Devils de Québec lors de la première sortie à moto de l’année des Hells et de leurs fidèles, le 4 mai dernier, à Frampton, en Beauce. 

Surnommé «le grand Bob» par les motards, le Beauceron de 58 ans est le doyen de ce club supporteur des Hells dans la province. 

En même temps que lui, les Red Devils avaient aussi accueilli en leurs rangs l’homme d’affaires lavallois Eric Grenier, déjà surnommé « le Hugh Hefner québécois » à l’époque où il dirigeait plusieurs entreprises du domaine de l’érotisme. 

 L’ex-bonze de l’érotisme Eric Grenier, à l’extrême gauche, posant avec Hudon (extrême droite) lors de la fondation des Red Devils de Québec, au début mai.
Photo courtoisie
L’ex-bonze de l’érotisme Eric Grenier, à l’extrême gauche, posant avec Hudon (extrême droite) lors de la fondation des Red Devils de Québec, au début mai.

Fini le bénévolat

Des sources policières croient que Hudon pourrait ainsi «refaire ses classes» au sein de la relève des Hells, dans le but éventuel de redevenir membre «full patch» des «anges de l’enfer». 

Richard Hudon comptait parmi les membres fondateurs du chapitre que les Hells Angels ont établi à Québec, en 1988. 

Il a toutefois décidé de quitter la bande presque 20 ans plus tard après avoir purgé une longue peine de pénitencier. 

Il semblait alors déterminé à tourner le dos pour de bon aux motards, si l’on se fie à son témoignage devant la Commission nationale des libérations conditionnelles à l’hiver 2007. 

Hudon prétendait renoncer à poursuivre ses activités criminelles, ayant plutôt choisi «d’axer [sa] vie sur la famille». 

La Commission avait même souligné son « changement de valeurs » en notant que le motard faisait même du bénévolat auprès de personnes âgées, pendant qu’il finissait de purger sa peine en maison de transition. 

Hudon lors de sa dernière arrestation pour trafic de drogue, en 2011. 
Photo d'archives
Hudon lors de sa dernière arrestation pour trafic de drogue, en 2011. 

37 millions $ à l’eau

En 1994, Hudon avait écopé de 13 ans d’incarcération pour avoir été «le membre des Hells Angels le plus important» et le plus impliqué dans un complot visant à importer une quantité record de stupéfiants au pays, d’après la commission. 

Les motards, associés à la mafia montréalaise et au caïd Raynald Desjardins, parlaient de transporter jusqu’à 5000 kg de cocaïne et plus de 9000 kg de haschisch du Venezuela au Canada, avait découvert la GRC lors du projet d’enquête Jaggy. 

Hudon et trois autres Hells de Québec avaient acheté deux bateaux à Terre-Neuve, au coût de 317 000$, pour importer la drogue. 

Mais le premier bateau est tombé en panne avant d’arriver au Venezuela. 

Puis, le 6 août 1993, le gouvernail du second bateau, qui ramenait 740 kg de cocaïne dissimulée dans des tuyaux d’égout, a cessé de fonctionner. Paniqué, l’équipage a largué la marchandise au fond de l’Atlantique. 

La GRC n’a pas mis de temps à arrêter 18 suspects dans cette affaire. Les quatre Hells avaient écopé de 10 à 13 ans de taule, alors que le caïd Desjardins s’était vu imposer une peine de 15 ans. 

– Avec Maxime Deland, Agence QMI  

► La drogue, au prix de 50 000 $ le kilo et totalisant une valeur minimum de 37 M$, fut repêchée au large de la Nouvelle-Écosse par les Forces armées canadiennes en 1994.

Qui est-il? 

♦ L’un des membres fondateurs du chapitre des Hells de Québec, le 26 mai 1988. 

♦ Condamné à 13 ans de pénitencier en 1994 pour avoir comploté l’importation de 740 kg de cocaïne, il quitte les Hells après avoir purgé sa peine. 

♦ Inculpé de gangstérisme dans l’opération SharQc en 2009, il est libéré avec 30 autres accusés, le 31 mai 2011, lorsque le juge James Brunton estime qu’ils ne pourront pas être jugés dans des délais raisonnables. 

♦ Arrêté en novembre 2011 dans l’enquête antidrogue Vautour, il obtient un arrêt des procédures après cinq ans de détention quand un juge conclut que des irrégularités ont entaché l’enquête policière.