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Desjardins: respirons par le nez

Desjardins: respirons par le nez
Photo Pierre-Paul Biron

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Desjardins et beaucoup d’entre nous sont les victimes de la plus grande fuite de données personnelles de l’histoire du milieu financier québécois.

Il est sidérant qu’une personne seule et pas très haut placée dans l’organisation réussisse à infliger de tels dommages.

Relativiser

Cela dit, restons calmes et remettons les choses en perspective.

Quelle organisation de plusieurs milliers de personnes peut, de nos jours, se dire totalement à l’abri d’un être malfaisant qui sait utiliser les hallucinants pouvoirs des nouvelles technologies ?

On a affaire ici, jusqu’à preuve du contraire, à un seul individu, avec des associés à l’extérieur, et non à un réseau structuré à l’intérieur de l’organisation.

Les avoirs des membres, et c’est l’essentiel, n’ont pas été affectés, bien que les suites possibles imposeront la plus grande vigilance à l’organisation et à chacun des membres.

Ce n’est pas minimiser, mais recadrer que de rappeler qu’il y a eu des fraudes avec des conséquences infiniment pires dans le monde bancaire.

À lui seul, le Français Jérôme Kerviel entraîna des pertes estimées à 7,3 milliards en dollars canadiens pour la Société générale.

À lui seul, le trader britannique Nick Leeson provoqua la faillite de la Barings Bank.

Desjardins ne peut évidemment faire ces comparaisons publiquement. C’est à nous de les faire. Comparer permet de relativiser.

La direction, elle, ne minimise pas l’affaire et ne fuit pas ses responsabilités.

Reconnaissons également que la gestion de la crise depuis l’annonce est aussi transparente et efficace que possible dans les circonstances.

Rien ne permet non plus de présumer que toutes les leçons ne seront pas tirées et que tous les correctifs requis ne seront pas apportés pour que cela ne se reproduise plus jamais.

Je ne prétends pas que Desjardins ne mérite pas de reproches ou qu’il faille s’interdire toute critique.

Une organisation est faite d’humains et l’humain est imparfait. Les organisations sont donc imparfaites, et la criminalité informatique est particulièrement difficile à prévenir.

Nous sommes prompts, très prompts à critiquer les grandes institutions du Québec, parfois avec raison.

Je comprends que nous soyons un peu cyniques après avoir vu des « fleurons » siphonner un maximum de subventions publiques, ou se laisser acheter par des étrangers pour que leurs dirigeants, qui doivent tout à la communauté, se remplissent les poches sans états d’âme.

Rien de tel ici.

Reconnaissance

Qui niera que le Mouvement Desjardins, depuis 1900, a extraordinairement bien servi le Québec et le peuple québécois ?

Cela ne veut pas dire de ne pas lui faire des reproches s’ils sont justifiés ou de toujours tout pardonner.

Cela veut dire d’être lucides, d’être sereins, d’être de bonne foi et, en raison de tout ce qu’on lui doit, d’être mesurés et raisonnables dans les circonstances.

En ce lendemain de notre fête nationale, si on aime le Québec, si on aime le peuple québécois, on devrait ne pas oublier d’aimer un peu, malgré ses imperfections et cet énorme œil au beurre noir, une des plus belles réalisations d’ici.