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Le pont de tous les espoirs

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Le 24 juin, jour de la fête nationale du Québec, nous a offert un alignement exceptionnel de planètes. On a vu la participation sans précédent d’une délégation franco-ontarienne au défilé de la fête nationale. L’ouverture du nouveau et magnifique pont Samuel-De Champlain. Après six mois dans l’espace, l’astronaute québécois David Saint-Jacques nous est revenu sur Terre.

C’est ce qu’on appelle une journée historique. Nation petite en nombre, mais immense en résilience, cette éternelle minorité au sein d’un pays qui s’en éloigne persiste en effet avec panache et imagination. Ceux qui la méprisent ont beau la traiter de tous les noms, cette nation parfaitement imparfaite compte parmi les plus accueillantes et les plus pacifiques. À une époque où la haine agissante opère un retour en force, ce n’est pas rien.

Comme elle le fait depuis plus de quatre siècles, même sans son propre pays, la nation québécoise retombe toujours sur ses pieds. Son foisonnement culturel épate. Ses artistes transcendent les frontières. Elle regorge aussi de multiples héros et héroïnes de l’ombre – ces femmes et ces hommes qui, loin des caméras, dans leur communauté ou leur famille, se donnent sans compter pour aider les autres.

Transition

Sur le plan politique, après la triste fin du grand débat souverainiste-fédéraliste, elle entre dans une ère de transition, dont on ne connaît pas le point de chute. En chemin, une nouvelle génération d’élues et d’élus a fait son entrée à l’Assemblée nationale. Déjà en soi, une lumière inespérée.

Sur le revers moins lumineux de la médaille, depuis dix ans, la laïcité sert de substitut à une question nationale oubliée. L’intention est louable, mais les résultats sont moins éloquents. En obligeant les enfants d’immigrants à fréquenter l’école française, la Loi 101 visait à créer un Québec de langue française dont la diversité serait un élément central.

Aux antipodes, l’interdiction ciblée de signes religieux dans nos écoles nous en éloigne. Pour le bien du Québec, il reste à espérer que la poussière finira par retomber sans faire trop de pots cassés entre la majorité et les minorités.

Urgence

Née en même temps que la Révolution tranquille, j’ai suffisamment vécu « mon » Québec pour m’entêter à espérer. J’ose même encore espérer que nous comprenions l’urgence réelle du vrai combat identitaire à reprendre. Celui de la sauvegarde de la langue française. Non pas pour la majorité dite de « souche », mais comme socle premier d’une nation moderne, ouverte et diversifiée sur tous les plans.

J’espère que le nouveau pont Samuel-De Champlain, métaphoriquement parlant, nous rappelle l’importance d’en jeter de plus solides encore entre nous. Des ponts d’amitiés entre la majorité et les minorités. Entre le Québec et la francophonie qui nous entoure et qui se bat pour sa survie.

Des ponts entre les générations. Entre les plus nantis et les plus vulnérables. Entre les bien-portants et les personnes handicapées. Entre Montréal et les régions, pour un plus grand respect mutuel de nos réalités et des besoins divergents. Construisons ensemble le pont de tous les espoirs.