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Quel talent a Serge Postigo!

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Il y a quelques années, avec Lise Watier et d’autres entrepreneurs, j’étais invité par Johanne Brunet, professeur titulaire de marketing aux HEC, à parler « création » avec des candidats à la maîtrise.

Parmi la trentaine d’étudiants de 30 à 50 ans se trouvait un petit homme aux yeux ronds et vifs que je ne reconnus pas tout d’abord. C’était Serge Postigo. Que diable venait faire un comédien dans une galère où ramaient ingénieurs, architectes, médecins et autres aspirants à la gestion ?

Quand je lui ai posé la question, Serge a répondu qu’il souhaitait faire surtout de la mise en scène, mais voulait joindre à son travail de création une solide connaissance de la gestion. Avait-il déjà dessein de monter Mary Poppins, Fame, Footloose ou Mamma Mia ? Quoi qu’il en soit, il est devenu le meilleur directeur de comédie musicale que nous ayons au Québec, voire au Canada.

MIEUX QU’À PARIS...

Son adaptation française du livret et des chansons de Mary Poppins à compter du film de Disney et de la comédie musicale qui suivit fut une tâche titanesque. Alors qu’à Paris, Stage Entertainment n’avait trouvé aucune jeune femme capable de jouer le rôle-titre, Postigo lança une audition générale qui rameuta des centaines de jeunes filles. Joëlle Lanctôt gagna le gros lot et Mary Poppins en fit une star instantanée.

Postigo ne se fit pas d’amis. La direction de l’Union des artistes et un grand nombre de ses pairs en dirent pis que pendre pour ce crime de « lèse-syndicat ». Fort du droit de choisir qu’il s’arrogeait, maîtrise en administration en poche, Postigo refusa de changer de cap. Non seulement il trouva en Joëlle Lanctôt une Mary Poppins n’ayant rien à envier à Julie Andrews, mais la quête de talent qu’il poursuivit jusqu’à l’étranger lui permit de trouver des perles qui ont fait le succès de toutes ses comédies musicales depuis.

Avec Mary Poppins, Mamma Mia ! est sa plus grande réussite. Heureusement, car Postigo s’attaquait à tout un monument. Mamma Mia ! a été adaptée dans une douzaine de langues différentes. On l’a présentée dans plus de 50 pays et elle a attiré 60 millions de spectateurs. À Toronto­­­ seulement, elle fut à l’affiche durant cinq ans.

... ET MIEUX QU’À LONDRES !

Je n’avais pas revu Mamma Mia ! depuis avril 1999. La production à laquelle j’ai assisté, mercredi soir dernier, au Théâtre Saint-Denis, est supérieure d’un cran à celle que j’ai vue au Prince Edward Theatre de Londres. Ce n’est pas un mince compliment.

Le décor de Pierre-Étienne Locas est plus majestueux et plus vivant, les chorégraphies de Steve Bolton sont plus originales que celles d’Anthony Van Lasst, Romane Denis (Sophie) campe une ingénue plus crédible que ne l’était l’actrice norvégienne Lisa Stokke et Joëlle Lanctôt, dont la voix est si puissante, donne à Donna plus de présence que Mary Ann McCarthy. Sans parler de Karine Belly, tout à fait inénarrable dans son rôle de Tanya.

C’est injuste de comparer deux productions à 20 ans d’intervalle, mais c’est si rare qu’on puisse décerner la palme à une production québécoise qu’on compare à celles du West End de Londres ou de Broadway. C’est dire l’immense mérite qui revient à Serge Postigo, le grand gagnant de cette production.

Comme le chante Donna dans Mamma Mia ! : The winner takes it all!