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Crise du logement: au pays des autruches bienheureuses

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Comme ça, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, est convaincue qu’il n’y a pas de crise du logement dans sa ville. Vraiment?  

Or, qu’on l’appelle «pénurie» ou «rareté», à quelques jours à peine de la saison honnie des déménagements, cette crise existe pourtant bel et bien. Pourquoi le nier? Mystère et boule de gomme.  

Pis encore, Mme Plante invite «les Montréalais qui ne trouvent pas de logement, qui n’y arrivent pas – on sait que c’est particulièrement difficile pour les familles qui ont besoin de plus d’espace – qu’ils communiquent avec la Ville directement». Vraiment? Cela leur fera sûrement une très belle jambe.  

La réalité est tout autre. La crise est réelle. Prix des logements trop élevés. Les Airbnb qui privent le marché locatif d’un nombre croissant de logements de qualité. Pour les locataires qui voudraient acheter, la flambée des prix dans l’immobilier les bloquent littéralement de le pouvoir le faire. Etc.  

Comme je l’expliquais ici au début du mois :  

«Les Montréalais font aussi face à un manque criant de logements, dont le taux d’inoccupation chute à 1,9 %. On se trouvait bien chanceux de ne pas verser dans les excès de Toronto ou Vancouver, mais les temps changent. À ce jeu inquiétant de pénurie de logements, les perdants ne se comptent plus. (...)  

Chez les 60 % des Montréalais qui sont locataires, la pensée de devoir quitter un jour la ville gagne du terrain. Rappelons que 20 % de sa population vit seule, qu’une famille sur cinq est monoparentale et que le revenu médian annuel des ménages n’est que de 52 519 $ avant impôts. Dans de telles conditions, comment se payer un grand logement ou s’acheter un condo dont les prix et la mise de fonds ne cessent de grimper ? (...)  

La raison ? Les administrations successives à l’hôtel de ville ont joué à l’autruche. Préférant encaisser de nouvelles taxes foncières, elles ont fermé les yeux. Leurs beaux discours sur la « mixité sociale » ne sont que du vent. Même les logements sociaux sont d’une rareté désespérante. Pendant que plus de 20 000 demandes croupissent sur les listes d’attente, à peine 320 unités ont été construites l’an dernier.»   

Même si au pays des autruches, on refuse de le voir crûment parce que cela obligerait les pouvoirs publics à agir mieux et maintenant, ça, c’est la réalité.  

Même la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) reconnaît qu’il y a pénurie de logements, et pas seulement à Montréal. Ce qui n’est pas peu dire.  

Ce matin, questionnée à propos de la crise actuelle du logement, Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, en disait ceci :  

«Non, on n’est pas du tout en crise, on est en rareté pour Montréal. D’ailleurs, ce matin, la mairesse de Montréal a bien insisté qu’elle n’était pas en crise du logement. Moi, ce que je veux dire, c’est que depuis le budget qui a été annoncé avec le ministre Éric Girard, on a pris les mesures, on a eu les montants qu’on devait avoir pour les accès logis, pour libérer des unités. Et, également, vous allez avoir des annonces très, très prochainement, dans quelques jours, pour vous montrer comment qu’on a pris ça à cœur, la pénurie de logements. Alors, les gens vont être très, très satisfaits. On est vraiment au fait, mais c’est une rareté, à Montréal. On a aussi les taux d’inoccupation, mais on ne parle pas du tout de pénurie de logements. »  

Récapitulons : la ministre parle de «rareté» et de «pénurie», mais à l’instar de la mairesse, refuse de reconnaître qu’il y a une «crise» du logement. On en perd son latin. Quant aux mesures qu’elle promet, bravo, mais doit-on aussi rappeler que les déménagements ont lieu cette semaine et la semaine prochaine?  

Ce matin, dans Le Devoir, le Président et chef de la direction de la Mission Old Brewery, Matthew Pearce, osait dire tout haut ce que plusieurs pensent tout bas :  

«Alors pourquoi cela (la crise du logement) va-t-il se reproduire ? Est-ce parce que les décideurs n’ont pas l’habitude d’être mal logés et qu’ils n’apprécient pas la valeur réelle de ce que cela signifie pour les gens et leurs familles ?  

Est-ce parce qu’ils n’accordent pas suffisamment de place à cette question dans leur liste de priorités ? Est-ce parce qu’il est plus facile de faire une promesse électorale plutôt que de tenir une promesse ?  

Je n’ai pas les réponses à ces questions, mais j’ai une suggestion à faire à tous les paliers de gouvernement : trouver la volonté de collaborer à l’élaboration d’une stratégie et d’un plan d’action unifiés et respecter les échéances fermes. Le Canada a les moyens d’offrir à chaque citoyen l’accès à un logement décent.»  

Voilà qui est dit et bien dit.