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Des âneries... volontaires

Le propriétaire des Rays, Stuart Sternberg (à droite), lors de la conférence de presse d’hier. Il est accompagné du président de l’équipe, Matt Silverman.
Photo Scott Keeler, Tampa Bay Times Le propriétaire des Rays, Stuart Sternberg (à droite), lors de la conférence de presse d’hier. Il est accompagné du président de l’équipe, Matt Silverman.

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Toutes les recherches arrivent à la même conclusion. Stuart Sternberg, le propriétaire des Rays de Tampa Bay, est brillant. Une intelligence supérieure qui lui a permis de devenir un des partenaires de Goldman Sachs, la grande banque d’investissements new-yorkaise qu’on soupçonne des pires manipulations de marché, tant en Amérique qu’en Europe.

Autrement dit, et c’est dommage pour ceux qui n’ont pas les reins et le cerveau assez solides pour jouer dans les mêmes ligues que Goldman Sachs et qui en perdent leur culotte, faut que tu sois plus brillant qu’un lampadaire pour être partenaire dans la banque.

C’est une brève description de Stuart Sternberg, jeune juif de Brooklyn, qui est tombé amoureux du baseball en voyant lancer Sandy Koufax un après-midi à New York. C’est ce même homme hyper brillant qui a aligné une série d’âneries hier après-midi à St. Petersburg.

Âneries que vous rapporte professionnellement François-David Rouleau.

SI C’EST CON, C’EST VOULU

Quand un homme supérieurement intelligent énonce des âneries, accompagné de ses associés qui sont intelligents eux aussi, il faut comprendre que ces âneries sont planifiées. Elles sont volontaires. Stuart Sternberg les a dites parce qu’elles font avancer son projet réel. Elles font partie d’un processus.

Il est difficile de cerner l’objectif réel de ce processus. Sternberg peut désirer un nouveau stade dans la région de Tampa Bay. Il a répété que le baseball était fait pour être joué en plein air. Mais pour avoir passé plusieurs étés en Floride, je peux témoigner que pas une équipe sportive ne peut remplir un stade à ciel ouvert en juillet et août. Même l’eau de la piscine est trop chaude. On ne met pas de glaçons dans son verre, on les met dans son costume de bain.

Donc, c’est une autre ânerie volontaire.

Sternberg a impliqué Montréal en précisant qu’il n’avait pas discuté avec Stephen Bronfman et le groupe qu’il forme avec Alain Bouchard, Mitch Garber et les autres.

SORTIR DE TAMPA

Vous comprenez que c’est une énorme ânerie de plus. Ça veut probablement dire que Sternberg parle au commissaire Rob Manfred, que Manfred parle à Bronfman et que les gens de confiance de tout ce beau monde se parlent pour faire avancer le processus. Sinon, comment un brillant homme d’affaires pourrait-il parler d’un projet d’un beau stade intimiste à Montréal s’il n’a pas parlé à Bronfman ? Vous voyez que ça ne résiste pas à l’analyse.

C’est quoi alors l’objectif du processus ? Sortir de la baie de Tampa le plus vite possible sans payer une pénalité de plusieurs centaines de millions de dollars pour briser le bail de 31 ans qui lie les Rays à la Ville de St. Petersburg. C’est la seule hypothèse qui tient la route. La seule qui explique les âneries.

BRONFMAN VA JOUER LE JEU

Un peu après midi, aujourd’hui, Stephen Bronfman va rencontrer les journalistes. Lui aussi doit jouer le jeu tel qu’il a été lancé à St. Petersburg. Dites-vous que

Bronfman ne peut révéler ses plans. Il ne peut dévoiler sa stratégie de négociations. Il ne peut faire mal paraître le commissaire Rob Manfred parce qu’il compte sur son appui pour attirer les Rays à Montréal.

Il ne peut contredire publiquement Stuart Sternberg parce qu’en fin de compte, c’est avec lui qu’il va négocier toute la suite des choses.

Stephen Bronfman doit donc aider le vendeur à sortir de la baie de Tampa. Il doit donc dire que son plan d’élire domicile à Montréal pour une garde partagée mérite qu’on l’étudie sérieusement avec un esprit ouvert. Il ne peut pas dire le contraire.

Il va parler d’une hypothèse de travail, il va sans doute dire qu’on va étudier la faisabilité d’un stade au centre-ville pour accueillir les Rays deux ou trois mois par année. Ce qui serait près d’être une ânerie.

Mais sachez que ce n’est pas le plan, que ce n’est pas l’objectif.

Comment convaincre les joueurs de déménager leurs familles pour deux mois et demi à Montréal ? Comment négocier des droits de télévision et de radio pour le Canada dans de telles conditions ?

À long terme, ça ne tient pas la route. Stuart Sternberg le sait, tout aussi bien que Stephen Bronfman.

Donc, les âneries sont volontaires. Elles servent un objectif. Et l’objectif n’est pas de rester à St. Petersburg.