/opinion/columnists
Navigation

Politiciens et doubles standards

Coup d'oeil sur cet article

Si c’est bon pour pitou, ça devrait être bon pour minou, non ? Pourtant, on dirait que pour nos politiciens, il y a parfois deux catégories de citoyens. Nous et eux.

Avez-vous vu le reportage du collègue Alain Laforest de TVA sur les députés qui grillent des cigarettes sur le terrain de l’Assemblée nationale, faisant fi de la réglementation interdisant de fumer à moins de neuf mètres d’un édifice ?

On y voit une dizaine d’élus, parfois seuls, parfois en groupe, boucaner à quelques pieds à peine d’une porte de la maison du peuple. En toute impunité, ceux-ci enfilent les clopes en étant tout à fait conscients qu’ils enfreignent une loi qui a été votée en ces lieux.

Certains diront qu’il n’y a pas de quoi fouetter un député. D’autres crieront au scandale. Personnellement, je suis loin de trouver cela anodin. En ce sens que cela contribue à expliquer une partie du fossé qui sépare les politiciens de la population.

Confiance étiolée

Les citoyens n’ont pas confiance en celles et ceux qui les représentent. Encore hier, un sondage Angus Reid rapportait que 64 % des Canadiens estiment que les politiciens ne sont pas dignes de confiance. C’est énorme.

Comment expliquer cela ? Bien évidemment, on peut penser à la corruption, aux promesses rompues, à l’opportunisme crasse ou encore à la petite politique mesquine. Mais ce n’est pas uniquement cela.

Il y a aussi cette espèce d’impression récurrente que les élus sont trop souvent au-dessus de tout.

Il y a une loi qui interdit de fumer à moins de neuf mètres d’un bâtiment ? Bah ! Pas de problèmes, nous sommes des élus.

D’autres exemples ? L’environnement. Alors que les élus implorent la population de s’enverdire pour sauver la planète, ceux-ci sont loin de donner l’exemple. Pensons uniquement au papier. Chaque année, ce sont des centaines de milliers de feuilles qui sont imprimées pour absolument rien.

Je serais prêt à parier que sur une base annuelle, les élus sont les plus grands consommateurs/gaspilleurs de feuilles de papier par personne.

L’alcool. On a fait grand cas de la séance de jogging du ministre Simon Jolin-Barrette en plein bâillon il y a deux semaines. Pourtant, on ne parle guère du fait que des élus siègent régulièrement après avoir consommé de l’alcool. Les mœurs ont évolué et il est permis de croire qu’une certaine prudence est désormais de mise, mais elle n’est pas très lointaine l’époque où des députés siégeaient ronds comme des ballons. Des pratiques qui ne seraient jamais tolérées dans le privé.

Donner l’exemple

Je ne veux pas tomber dans le cynisme et contribuer à accentuer le clivage entre les politiciens et les citoyens. Au contraire. Je couvre la politique et j’aime les politiciens. Je sais que la quasi-totalité de ces hommes et de ces femmes est là pour les bonnes raisons.

C’est pourquoi je souhaiterais que le lien de confiance se rétablisse. Et pour y arriver, il faudrait notamment que nos élus prêchent par l’exemple et écartent les doubles standards, pour éviter les « on le sait ben, eux autres... »