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Écoles en ruines: moins cher de les reconstruire que de les rénover

La moitié sont en mauvais état et 10 sont si délabrées qu’il faudrait carrément les reconstruire

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Dix écoles du Québec sont en si mauvais état qu’il reviendrait moins cher de les jeter à terre pour les reconstruire que de les rénover. Un signe que la « spirale infernale » de dégradation est toujours en marche. 

« Je dois me débrouiller avec un marteau pour ouvrir certaines fenêtres », illustre Rogel Tremblay, concierge de l’école FACE, à Montréal. 

 

  •  Notre journaliste Dominique Scali était l’invitée de Caroline St-Hilaire et Maka Kotto sur QUB radio: 

 

Cet établissement fait partie des 10 écoles les plus vétustes au Québec, selon un document du ministère de l’Éducation datant de janvier 2019, que Le Journal a obtenu ces derniers jours. 

Ces 10 écoles ont toutes un indice de vétusté de 100 %. C’est-à-dire qu’il reviendrait autant ou plus cher de les rénover que de les reconstruire à neuf. 

Cela ne signifie toutefois pas qu’elles seront toutes démolies à court terme puisqu’il faut l’aval du ministère pour procéder. 

Selon nos calculs, le retard accumulé dans le maintien des bâtiments des commissions scolaires est si grand qu’il faudrait injecter pas moins de 4,46 milliards de dollars pour éponger ce déficit d’entretien. 

Il n’est donc pas étonnant qu’une trentaine d’écoles de l’île Jésus aient eu des problèmes de chauffage cet hiver, estime Micheline Roby, du syndicat de l’enseignement de la région de Laval. 

Inverser la courbe 

Plus de la moitié (55 %) des bâtiments au Québec dédiés à l’enseignement au primaire, au secondaire, aux adultes ou à la formation professionnelle sont en mauvais état au point d’obtenir des cotes de D et E. 

Ce résultat est semblable à ce qui avait été évalué l’an passé par le gouvernement Couillard, qui avait pourtant annoncé un réinvestissement dans les infrastructures. Mais pour le ministre actuel, Jean-François Roberge, ces sommes n’étaient pas suffisantes. 

« Les écoles sont dans un état pire que l’an passé », dit-il en entrevue au Journal

« À partir de cette année, on inverse la courbe », promet le ministre. 

Après l’annonce la semaine dernière d’une enveloppe « record » de 1,7 milliard de dollars pour ajouter de l’espace dans les écoles, une annonce distincte sera faite « prochainement » pour les rénovations. Et encore là, il s’agira d’une somme « jamais vue », affirme-t-il. 

Ces ambitions se frappent toutefois à la pénurie de main-d’œuvre, puisque plusieurs commissions scolaires peinent à recruter les techniciens en bâtiments et ingénieurs pour gérer les appels d’offres et superviser les travaux. 

L’autre obstacle est la surpopulation. Par exemple, on ne peut pas reconstruire le pavillon A de l’école Léon-Guilbault, car il n’y a nulle part où transférer les élèves entre-temps, explique Louise Lortie, de la commission scolaire de Laval. 

Pas si sombre 

Parfois, le ministère surestime la vétusté, car son système de données a ses limites, nuance Sandra Griffin, de la commission scolaire Central Québec. L’école Valcartier est en bon état malgré sa cote de 100 %, assure-t-elle. 

De plus, la cadence des inspections a augmenté ces dernières années, ce qui permet de détecter plus de pépins qu’avant, abonde Alain Fortier, de la Fédération des commissions scolaires. 

Un bâtiment maintenu « artificiellement en vie » 

Eau contaminée, tuyaux temporaires, canicules étouffantes : les problèmes se sont multipliés ces dernières années à l’école primaire et secondaire FACE, où les menus travaux ne suffisent plus, en attendant le chantier colossal dont elle a besoin. 

De l’extérieur, l’édifice est pourtant une splendeur architecturale. Il est situé en plein cœur du centre-ville de Montréal et bon nombre de touristes s’arrêtent même pour le photographier, remarque le concierge, Rogel Tremblay. 

Mais à l’intérieur, le bâtiment centenaire trahit son âge. 

À l’intérieur, les cages d’escalier et les casiers datent visiblement d’une autre époque.
Photo Dominique Scali
À l’intérieur, les cages d’escalier et les casiers datent visiblement d’une autre époque.

« Il est tenu artificiellement en vie », dit-il. 

Les tuyaux de la cafétéria sont en plastique, en attendant que la plomberie soit complètement refaite. Des tuiles ont été posées par-dessus le plancher de bois franc. 

Photo Dominique Scali

Des filets ont été installés où les briques tendent à s’effriter. Car la CSDM fait tout ce qu’elle peut pour prévenir les incidents, assure-t-il. « Les classes ont été peinturées. Elles sont propres. » 

Photo Dominique Scali

Eau contaminée 

Mais les travaux y sont si fréquents qu’il y a environ trois ans, l’eau potable a été contaminée et les fontaines ont dû être fermées pendant plus d’une semaine, se souvient-il. 

Comme il s’agit d’un bâtiment patrimonial, la CSDM préfère la réhabilitation plutôt que la démolition, explique la présidente Catherine Harel Bourdon. 

De tous les projets de rénovation d’écoles majeurs au Québec, il s’agit actuellement du plus coûteux, et de loin, avec des travaux estimés à 100 M$, selon le document du ministère. 

Et ce montant ne compte pas le coût de la relocalisation des 1400 élèves pendant les travaux, qui a de quoi causer des maux de tête à une CSDM déjà surpeuplée, rappelle la présidente. 

Le chantier risque de durer sept à huit ans, estime-t-elle. 

Les gouvernements Couillard et Legault ont tous les deux donné le feu vert pour qu’un plan d’affaires soit monté et les scénarios étudiés. 

LES 10 PLUS VÉTUSTES 

Les écoles qui ont un indice de vétusté de 30 % ou plus sont considérées comme en « très mauvais état », selon le ministère de l’Éducation. Mais 10 d’entre elles sont si délabrées qu’elles ont un taux de 100 %. C’est le cas lorsque le coût estimé des travaux de rénovation à y effectuer est égal à la valeur de remplacement du bâtiment. Voici la liste de ces 10 championnes de l’usure. 

 ► École Face 

Photo Pierre-Paul Poulin

 3449, rue University, Montréal  

  •  1400 élèves 
  •  Âge : 104 ans  

 ♦ 100,22 M$ de travaux à faire  

 ► Valcartier 

Photo Dominique Scali

 1748, boulevard Valcartier, Saint-Gabriel-de-Valcartier  

  •  73 élèves 
  •  Âge : 72 ans  

 2,61 M$ de travaux à faire  

 ► Terre des Jeunes 

Photo Pierre-Paul Poulin

 128, 25e avenue, Saint-Eustache  

  •  357 élèves 
  •  Âge : 60 ans  

 ♦ 11,84 M$ de travaux à faire  

 ► Des Rafales 

Photo Martin Alarie

 59, rue de Champagne, Saint-Gabriel  

  •  81 élèves 
  •  Âge : 69 ans  

 ♦ 3,61 M$ de travaux à faire  

 ► Fleur-de-Vie pavillon A 

Photo Pierre-Paul Poulin

 8155, 51e avenue, Laval  

  •  Environ 100 élèves 
  •  Âge : 64 ans  

 ♦ 3,36 M$ de travaux à faire  

 ► Amédée-Marsan 

Photo Martin Alarie

 190, rue Meilleur, L’Assomption  

  •  Fermée pour reconstruction 
  •  Âge : 63 ans  

 ♦ 3,67 M$ de travaux à faire  

 ► Notre-Dame-de-la-Merci 

Photo Martin Alarie

 1936, route 125, Notre-Dame-de-la-Merci  

  •  30 élèves 
  •  Âge : 70 ans  

 ♦ 2,45 M$ de travaux à faire  

 ► Léon-Guilbault édifice 3 

Photo Pierre-Paul Poulin

 83, boulevard des Prairies, Laval  

  •  Environ 200 élèves 
  •  Âge : 62 ans  

 ♦ 6,16 M$ de travaux à faire  

 ► Des Tourbillons 

Photo Martin Alarie

 50, rue des Écoles, Saint-Gabriel  

  •  45 élèves 
  •  Âge : 58 ans  

 ♦ 3,69 M$ de travaux à faire  

 ► Saint-Émile 

Photo Martin Alarie

 2500, chemin d’Entrelacs, Entrelacs  

  •  34 élèves 
  •  Âge : 68 ans  

 ♦ 1,75 M$ de travaux à faire  

 ► À travers la province 

 4,46 G$  

 C’est le déficit de maintien total des bâtiments des commissions scolaires du Québec 

 ► L’état des écoles 

  •  A Très bon (15%) : 452  
  •  B Bon (15%) : 460 
  •  C Satisfaisant (14%) : 443  
  •  D Mauvais (33%) : 1033 
  •  E Très mauvais (22%) : 673 
  •  Sans cote (0,8%) : 26 

 ► Total 

 3087 écoles, excluant les autres types de bâtiments 

 Source: Ministère de l’Éducation, données de janvier 2019