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Je n’ai jamais eu de job d’étudiant, et la culture du travail québécoise me fascine

Je n’ai jamais eu de job d’étudiant, et la culture du travail québécoise me fascine
Visuel : Marilyne Houde

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Lorsque je suis arrivé au Québec, la première chose qui m’a frappé dans ce pays, avant le froid et les nids de poule, c’est le travail qui commence assez jeune.

Le premier échange que j’ai eu avec un Québécois de mon âge m’a surpris. Après quelques politesses, le gars me dit qu’il doit me laisser, car il doit se rendre à la job.

«Ah, tu as un petit job d’été?», demande le nouvel arrivant crédule que j’étais. «Non, me répond l’autre, je suis manager dans un McDonald’s». Je reste bouche bée. Plus tard, à travers les conversations et les ragots, j’apprends que mon interlocuteur n’est pas un cas spécial.

Tous les jeunes Québécois que je rencontre ont commencé à travailler autour de leurs 14 ans. À 18 ans, ils ont déjà une expérience assez fournie.

Au contraire, ma vie de jeune issu de la bourgeoisie maghrébine n’a jamais été traversée par la pensée même d’avoir une job. Dans mon esprit, à moins d’appartenir à une famille dans le besoin, la place d’un adolescent est à l’école.

Le reste du temps se divise entre les activités familiales, le sport, les sorties avec les amis, les fêtes et un apprentissage oisif des enseignements de la vie.

Des avantages indéniables

Le rapport au travail des Québécois est assez fascinant. En 2018, 47,3% des 15-19 ans travaillaient.

En y pensant, je trouve plusieurs qualités à ce modèle.

D’abord, il est clair que cela prépare à la carrière professionnelle. La transition entre les études et le monde du travail est facilitée, puisqu’il n’y a pas vraiment de rupture entre les deux moments. Le jeune diplômé sait à quoi s’attendre et comment s’y prendre.

De mon côté, il a fallu un moment d’adaptation relativement long qui m’a fait passer par quelques moments d’incertitude et de doute. Après mes années d’études, l’impératif de trouver un emploi m’est tombé dessus comme une massue, avec son lot d’application sans réponses et d’entrevues sans résultat.

Ensuite, il y a un sens de l’autonomie et des responsabilités qui se développe de façon plus adaptée au marché de l’emploi. Quand on a des missions à remplir, qu’un patron nous encadre et qu’on doit répondre aux exigences d’un métier, c’est sûr qu’on en ressort plus formé à l’organisation et à l’indépendance.

Enfin, je pense que l’expérience de travail permet, à travers diverses expériences, de cadrer un jeune esprit avec ses aspirations. Les gens avec qui je commençais mes études avaient déjà une idée très nette de leur futur professionnel.

Pour ma part, j’ai fait un bac en finance pour devenir producteur de contenu, et je ne sais toujours pas où je finirai dans quelques années. D’autres, sans avoir eu de job d’étudiant, ont plus d’idées sur leur futur, mais il reste qu’une expérience de travail accroit un sens des réalités qui permet de ne pas entretenir de faux espoirs.

Des cultures différentes

Même à Montréal, je n’ai pas pris de job. Mes seules expériences étaient de courts stages professionnels ou académiques qui précédaient mes longs étés en Tunisie. 

D’ailleurs, je ne me voyais pas prendre de travail. Mes parents, de leur côté, m’ont conforté dans cette position et m’ont demandé de me concentrer sur mes études. Notre devise: Chaque chose en son temps.

Parallèlement, je voyais mes camarades de la Belle Province se démener entre job et études, apprécier ce train de vie qui organisait leur temps et les préparait à l’avenir. Cela ne les empêchait pas pour autant de mettre autant d’efforts dans le party.

Je ne crois pas qu’il s’agisse d’une question d’argent. Beaucoup des jeunes étudiants que je côtoyais venaient de milieu similaire ou plus aisé. C’est plutôt une différence culturelle qui explique nos cheminements.

Les jobs d’étudiant sont ancrées dans les habitudes sociales des Québécois. Tandis que là où je suis né, en Tunisie, il existe une autre vision des choses.

Il est vrai que pendant que mes camarades du Québec passaient leur été dans l’Ouest Canadien à planter des arbres, je me laissais aller au gré des jours, entre les plages de sable fin et les games de soccer.

J’ai tout de même su développer des valeurs solides de responsabilité et d’autonomie. Seulement, elles échappaient au marché et se construisaient dans des espaces différents, plus conciliants par moment, mais également formateurs.

Et pourtant...

Malgré une admiration certaine de l’effort de mes camarades québécois, je dois avouer que ce n’était pas un mode de vie qui m’intéressait. J’appréciais profondément de pouvoir laisser le souci du travail et de l’argent pour plus tard.

C’est-à-dire maintenant. En regardant en arrière, j’éprouve une tendresse sans pareil pour ce passé insouciant qui, à sa façon, m’a préparé à la vie.

C’est un privilège que mes parents m’ont offert. Aujourd’hui, ni eux ni moi ne le regrettons.

Même si, je l’avoue, j’aurais apprécié parfois partager les mêmes expériences que mes amis québécois qui, de la peinture de maisons aux cueillettes de l’Ouest, gardent des souvenirs éternels.

 

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