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L’arrogance princière

L’arrogance princière
Photo Simon Clark

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Rompant avec la tradition, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a assumé des frais de séjour somptuaires pour des représentantes newyorkaises et ontariennes venues témoigner en commission parlementaire sur les maternelles 4 ans et pour dire ce que le ministre voulait entendre. Encore plus choquant, c’est de l’entendre affirmer que c’était une bonne idée!

Imbu de sa personne, le jeune ministre emprunte à l’attitude royale que le président Macron a adoptée dans son début de quinquennat et qui l’a mené à la crise des Gilets jaunes. Le président français, convaincu de la justesse de ses réformes, faisait montre d’une indifférence à l’égard du peuple digne d’une Marie Antoinette au 18e siècle et affichait un air supérieur qui en a rebuté plus d’un. Le bilan du ministre ne présente rien de reluisant jusqu’à présent et s’avère plutôt décevant, ce qui explique mal son inclinaison à se donner des airs supérieurs, si ce n’est son acharnement à maintenir les privilèges octroyés aux mieux nantis dans le financement des projets particuliers et des écoles privées. 

Élu par une minorité de la population québécoise, le ministre caquiste, bon prince de son premier ministre qui s’est embourbé dans ses promesses de maternelle 4 ans, agit comme s’il détenait son pouvoir d’un droit surnaturel comme les monarques d’autrefois qui l’attribuait à la volonté divine. Le ministre demeure toujours aussi dubitatif sur la complémentarité entre ses maternelles 4 ans et les CPE et risque de créer plus de problèmes que d’apporter des solutions pour les enfants à risque.

Les témoignages newyorkais et ontariens peuvent s’avérer intéressants, mais ils sont extirpés d’un environnement que le ministre ne prend nullement en compte. Les Ontariens ont une vision plus égalitaire de l’éducation et ne financent pas les écoles privées. Les Newyorkais ont multiplié les initiatives pour favoriser la réussite des enfants en milieu défavorisés et leurs maternelles sont imprégnées d’une volonté de mixité sociale à la faveur d’école à effectifs modérés. Le ministre serait-il prêt à prendre l’ensemble des mesures ontariennes? Le ministre serait-il ouvert au « bussing » comme les Newyorkais le font pour favoriser la mixité sociale dans leurs établissements scolaires?

Dans un réel souci de bien faire, le ministre aurait dû étendre son étude à ce qui se fait dans d’autres pays tout en considérant plus sérieusement l’environnement dans lequel la mission éducative se réalise. J’avais déjà mentionné dans des articles précédents que le préscolaire débute dès l’âge de trois ans dans plusieurs pays européens. Paradoxalement, dans un des systèmes éducatifs le plus vanté au cours de la dernière décennie, en l’occurrence celui de la Finlande, il n’y pas de préscolaire et les enfants débutent même une année plus tard que chez nous. 

Il n’y a pas de recette unique ou magique pour favoriser la réussite éducative et la maternelle 4 ans ne pourrait à elle seule redresser tous les problèmes qui secouent notre système d’éducation. Il est de bon aloi que notre ministère de l’Éducation s’inspire des expériences internationales pour améliorer nos pratiques. Il est aussi légitime d’inviter des experts étrangers et d’assumer leurs frais afférents afin d’enrichir l’expertise de nos fonctionnaires et améliorer notre système d’éducation, mais il est scandaleux de laisser un ministre décider d’assumer les frais de témoins en commission parlementaire qui confortent son point de vue sans plus grande analyse.