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Le Québec va en sortir gagnant

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Les immigrants qui arrivent chez nous désirent s’intégrer. Travailler. Payer leurs impôts et s’accomplir au travail. Mais est-ce vraiment le cas ? Dans le passé, avons-nous sélectionné l’immigration de façon à leur fournir les occasions de réussite dont ils rêvent ?

Entre 2006 et 2017, 27 % des Québécois nés ici étaient surqualifiés pour l’emploi qu’ils occupent. Chez les immigrants, le taux de surqualification est passé de 37 % à 44 %. Presque un immigrant sur deux est donc trop qualifié pour son emploi.

On a tous déjà rencontré un chauffeur de taxi qui détenait un diplôme d’ingénieur.

Le taux de chômage est plus élevé chez les immigrants que chez les travailleurs natifs du Québec. En moyenne, ils rapportent être moins heureux et moins accomplis dans leur vie professionnelle. Ils ont moins tendance à travailler dans leur domaine de compétence. Les membres de minorités visibles chôment davantage que les autres.

Le Québec fait face à un défi de taille quant à l’intégration des nouveaux arrivants. D’autant plus que les employeurs peinent à trouver de la main-d’œuvre.

Plus d’immigration temporaire

Depuis une décennie, le gouvernement du Québec a misé sur l’immigration temporaire, pour mieux satisfaire les besoins du marché du travail. Des candidats avaient déjà une offre d’emploi en main.

Une fois arrivés ici, on donne aux candidats temporaires un petit « passe-droit ». Si tout va bien en emploi, on les sélectionne comme immigrants réguliers. Le gouvernement a même aidé des entreprises à recruter ces immigrants temporaires à l’étranger.

On parle de gros chiffres. En 2011, 14 % de nos immigrants économiques arrivaient ici sur une base temporaire. En 2017, ce nombre avait augmenté à 47 %, alors que la cible officielle était de 40 %. Cette façon de faire est devenue la norme.

Pendant que Québec agissait ainsi, qu’est-il arrivé avec ceux qui présentaient une demande par les voies dites normales ? Ils étaient refoulés. Le ministère de l’Immigration a laissé traîner 18 000 dossiers. 18 000 !

La loi de la CAQ

Le ministre Jolin-Barrette, n’est peut-être pas un grand diplomate. Mais sa nouvelle loi fera au grand jour ce que les gouvernements précédents ont fait en cachette. Admettre les candidats qui ont le plus de chances d’avoir du succès chez nous. Mais sans donner de faux espoirs aux autres.

Tôt ou tard, n’importe quel gouvernement, de n’importe quel parti politique, aurait fini par renvoyer la majorité des 18 000 demandes à l’envoyeur. Les libéraux compris. C’était inévitable.

Avec le projet de loi 9, ceux qui veulent s’installer au Québec devront d’abord signaler leur intérêt. Les candidats devront, entre autres, indiquer leur niveau de scolarité et leur expérience de travail. Le ministère de l’Immigration invitera ensuite les candidats les plus intéressants à remplir une demande pour être sélectionnés.

Le secteur privé, il va sans dire, est heureux de cette nouvelle approche.

Le Québec en sortira gagnant. Mais par-dessus tout, il s’agit d’une marque de respect envers des immigrants à qui nous pourrons offrir de meilleures chances de succès. Et envers ceux que nous ne sélectionnerons pas.


♦ Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM