/investigations/truth
Navigation

L’imagination de Catherine

Quebec
Photo d'archives, Stevens LeBlanc La députée solidaire Catherine Dorion

Coup d'oeil sur cet article

Débusquer les fausses nouvelles, vérifier les déclarations des politiciens, trouver les vrais chiffres : les recherchistes de notre Bureau d’enquête, basées à Montréal, Québec et Ottawa, se spécialisent dans l’art de rétablir les faits. Chaque samedi, elles vous présentent leurs trouvailles pour vous permettre d’y voir plus clair dans l’actualité de la semaine.

L’ÉNONCÉ

Le ministre des Transports François Bonnardel a annoncé jeudi que le troisième lien entre Québec et Lévis prendra la forme d’un tunnel. La députée de Québec solidaire Catherine Dorion a dénoncé le projet en affirmant qu’à «titre de comparaison, le troisième lien, c’est entre 25 et 50 Centres Vidéotron en termes de fonds publics».

Cette image frappe l’imaginaire, mais est-elle exacte?

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

LES FAITS

La députée Dorion est créative avec les chiffres. Le Centre Vidéotron, un amphithéâtre capable d’accueillir une équipe de la Ligue nationale de hockey, a été achevé en 2015. Sa construction a coûté 370 M$, dont 185 M$ fournis par le gouvernement du Québec et 170 M$ fournis par la Ville de Québec.

Le reste a été financé par le groupe «J’ai ma place». Un troisième lien, qui coûterait de 25 à 50 fois plus cher que les 355 M$ de fonds publics consentis au Centre Vidéotron, coûterait donc entre 8,9 et 17,8 milliards $. C’est énorme!

L’étude la plus récente concernant le coût du troisième lien, publiée en 2016 par le professeur Bruno Massicotte de l’École Polytechnique à Montréal, chiffrait le projet de tunnel à environ 4 milliards $. De son côté, le maire Régis Labeaume avançait en février 2018 que les coûts pourraient atteindre les 10 milliards $, sans s’appuyer sur des études précises.

Chez Québec solidaire, on a expliqué à notre Bureau d’enquête que la députée Dorion avait uniquement pris en compte les 185 M$ provenant du gouvernement du Québec dans son calcul.

On arriverait ainsi à un troisième lien au coût beaucoup plus réaliste de 4,6 à 9,2 G$.

Le chiffre de la semaine : 13 725

C’est le nombre de travailleurs agricoles temporaires, en provenance de l’extérieur du Canada, qui ont reçu un permis pour travailler au Québec en 2018. C’est eux qui passent l’été à cueillir les fruits et légumes chez nos producteurs maraîchers.

Le printemps est la saison la plus occupée avec 8420 titulaires de permis pour les mois d’avril, de mai et de juin, selon les données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Certains travailleurs peuvent toutefois être comptés plus d’une fois puisqu’ils peuvent œuvrer chez plus d’un producteur.

En plus des travailleurs agricoles, 3965 autres personnes ont détenu l’année dernière un permis au Québec dans le cadre du Programme des travailleurs étrangers temporaires.

Le nombre de demandes pour ce programme a d’ailleurs bondi de 27 % dans la province en 2018-2019, ce qui allonge les délais de traitement, a expliqué le ministère de l’Emploi.

C’est l’une des conséquences du faible taux de chômage et de la pénurie de main-d’œuvre, les employeurs n’arrivant pas à engager assez d’employés québécois.

– Sarah Daoust-Braun