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Un 3e lien toxique

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Il y a un point sur lequel le gouvernement Legault­­­ s’est bien gardé de s’avancer, hier, à propos du troisième lien : les coûts. Et dites-vous que c’est loin d’être un hasard.

À l’heure actuelle, le Québec aurait besoin de 16 milliards de dollars seulement pour rattraper le déficit d’entretien de nos routes. C’est ce que démontre notre dossier Routes en déroute, qui paraîtra tout l’été.

Il s’agit d’une somme considérable, d’autant plus que chaque année, des montants records sont dévolus à des travaux de retapage des routes. Pour 2019-2020, l’enveloppe frôle les 2,5 milliards.

Alors peut-on vraiment se permettre de continuer dans cette logique de développement routier, qui équivaut, d’après un expert, à une faillite économique ? Peut-on se permettre d’investir encore plusieurs milliards dans un troisième lien qui ne sera utile que pour à peine plus de 12 000 déplacements dans la grande région de Québec, selon l’étude origine-destination dévoilée le mois dernier­­­ ?

Aussi aberrant

Ces questions se posent d’autant plus quand on constate que le projet de troisième lien demeure toujours aussi aberrant et irrationnel, de l’avis unanime des experts et des scientifiques. Nul besoin n’a en effet été démontré, ni aucune étude effectuée.

Certes, le tracé proposé s’avère le plus réaliste, si on l’analyse du point de vue de l’ingénierie et de l’impact sur le paysage et le trafic maritime. Mais il implique aussi­­­ clairement les investissements les plus faramineux, et de loin. Quelle fumisterie !

Aux dernières nouvelles, un projet de tunnel dans l’est, entre Québec et Lévis, était évalué à quatre milliards, en plus de coûts d’exploitation de 2,3 milliards sur 100 ans et de frais de fonctionnement annuels de 10 millions. Telle était la conclusion de l’étude de faisabilité de 2016, commandée par l’ancien gouvernement, et qu’il faudrait actualiser d’après l’inflation.

Cher du kilomètre

Je répète : quatre milliards pour à peine plus de 12 000 déplacements. Ça commence à faire cher du kilomètre non ?

Pire, tous les experts s’entendent pour dire que l’ajout de liens routiers ne règle pas les problèmes de congestion à moyen et long terme. Le ministre Bonnardel se permet d’affirmer le contraire, comme toute la députation caquiste de la région de Québec, mais, au fait, sur quoi se basent-ils ? Posez-leur la question, vous entendrez voler les mouches...

L’étude de 2016 soulevait par ailleurs de nombreuses inconnues quant à la nature des sols (failles, sables liquéfiables, etc.), les risques sismiques et les impacts environnementaux.

Toutes ces variables sont susceptibles de faire en sorte qu’en bout de course, le projet se casse les dents sur des écueils financiers et techniques. Il faudra voir jusqu’où s’empêtrera le gouvernement Legault avec ce dossier toxique.