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FEQ: le «fuck off» qui a tout changé pour Lou Doillon

Lou Doillon
Photo d’archives, Pierre-Paul Poulin Lou Doillon

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Les éclatantes couleurs pop du dernier album de Lou Doillon, Soliloquy, ont une origine pour le moins surprenante : une nuit à crier de tonitruants «fuck off» dans une ville industrielle d’Angleterre.

Au bout du fil, la sympathique Lou Doillon relate généreusement ce moment «mystique» survenu quand elle a accepté une invitation du crooner anglais Richard Hawley : aller donner trois concerts dans trois salles de Sheffield, le même soir.

La commande était casse-gueule, car elle se retrouvait devant un public ouvrier formé de gens qui, pour la plupart, ne la connaissaient ni d’Ève ni d’Adam.

«Après mes performances, en buvant des bières et en mangeant des fish and chips dans le pub local, Richard Hawley m’a dit : il y a quelque chose qui m’énerve avec toi. Pourquoi t’assumes pas ce que tu fais? Il n’y a pas une fille que je connais qui aurait accepté de faire ces trois concerts dans Sheffield. Tu l’as fait, faut que t’arrêtes de t’excuser.»

Et comment s’assume-t‐on, selon Hawley? En criant «fuck off» au vu et au su de tout le monde. Malgré ses réticences de fille bien élevée, Lou Doillon a obtempéré.

«Il m’a fait hurler “fuck off” dans la rue jusqu’à deux heures du matin. Je suis rentrée à Paris avec l’impression de faire cinq kilomètres de haut. J’étais maintenant une vraie musicienne. Je pense que j’avais besoin de me mettre dans un danger qui était : si je prends ma guitare dans un bar où personne ne me connaît, est-ce que les gens se taisent pour écouter ou pas? Cette expérience a libéré plein de choses.»

Bulldog sur scène

Cette virée à Sheffield, dit-elle, a forgé le son de l’album Soliloquy, qui se détache nettement du folk intimiste de ses premières propositions Places et Lay Loud.

«Sans ces concerts, je doute que j’aurais osé imposer ma production, de même que les gens avec qui j’avais envie de travailler.»

Le changement d’attitude de l’artiste de 36 ans, qui s’amuse à dire qu’elle a passé à travers sa crise «de la trente-cinquaine» en créant Soliloquy, se fait aussi sentir sur scène.

«Je m’amuse beaucoup plus et mon public est assez content de cette libération. C’est bien la première fois que j’ai hâte de monter sur scène. Avant, j’en avais peur. Désormais, une fois que j’y suis, c’est mon territoire. Je deviens comme un bulldog dominant.»


► Lou Doillon fera la première partie de Nick Murphy, le 4 juillet, à la place George-V, au Festival d’été de Québec. Elle chantera aussi au Festival de jazz de Montréal, le 3 juillet, à la salle MTELUS.