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«On n’en a jamais autant parlé»

René Arnoux revient sur son duel épique avec Gilles Villeneuve il y a 40 ans

Gilles Villeneuve René Arnoux
Photo d’archives Gilles Villeneuve et René Arnoux se sont livré en 1979 un duel mémorable qui allait se terminer à l’avantage du pilote québécois.

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VALLÉE-JONCTION | Quarante ans plus tard, cette bagarre titanesque qui a animé la fin du Grand Prix de France, le 1er juillet 1979, est encore considérée comme le duel le plus intense de l’histoire de la F1.

Pendant que se dessinait devant la première victoire de Jean-Pierre Jabouille en F1 la première aussi de l’écurie Renault, la fin de la course a donné lieu à un chassé-croisé impliquant Gilles Villeneuve et René Arnoux, qu’aucun commissaire n’accepterait dans le contexte actuel.

L’enjeu était la deuxième marche du podium. Devant son public, Arnoux souhaitait évidemment compléter le doublé pour l’écurie française au volant de la fameuse RS10.

Mais le pilote québécois, fidèle à son habitude, ne l’entendait pas ainsi à bord de sa Ferrari, qui lui permettra plus tard de terminer au second rang du classement des pilotes derrière son coéquipier Jody Scheckter.

Cet affrontement où tous les coups étaient permis a duré six tours. Les deux combattants se sont heurtés sans relâche, roues dans les roues, non sans des excursions hors trajectoires.

À coups de freinages brusques et allumés. Un rodéo qui ne se terminera qu’au drapeau à damier. Les images sont encore tout aussi spectaculaires à regarder, 40 ans plus tard.

De ce Grand Prix de France, disputé sur le circuit de Dijon, on se souvient davantage de cette séquence époustouflante que de la victoire de Jabouille.

« On s’est éclaté de rire... »

Si, hélas, Villeneuve n’est plus là pour nous rappeler ses états d’âme, Arnoux, lui, a bien accepté de livrer ses commentaires pour souligner ce 40e anniversaire.

« C’est un sujet qui ne se démode pas, a raconté Arnoux en entrevue téléphonique au Journal depuis son domicile de la Suisse. En fait, on n’en a jamais autant parlé. Tous les jours quand je sors de chez moi, on me le rappelle. En me disant qu’on regrette cette belle époque de la F1. »

Le pilote français a répété que ce duel ne pouvait avoir lieu qu’avec Villeneuve.

« Il était mon meilleur ami, a-t-il enchaîné. C’était un mec super. Il y avait beaucoup de respect entre lui et moi. »

Plusieurs se sont imaginé qu’après leur parcours les deux pilotes se seraient enguirlandés à leur sortie de voiture.

« Au contraire, a souligné Arnoux. On s’est éclaté de rire et on s’est serré la main. On l’a trouvé bien drôle. »


► Le mot retraite n’est pas dans le vocabulaire de René Arnoux : « J’ai une usine d’horlogerie en Suisse et je fais de très belles pièces pour les montres mécaniques destinées à de grandes marques, a-t-il expliqué. Je m’éclate bien. »

► Arnoux participera aussi au traditionnel Festival de vitesse de Goodwood, en Angleterre, qui s’amorcera jeudi, jour de son 71e anniversaire de naissance. Il en profitera pour reprendre le volant de la Renault RS10 et celui de la Ferrari 126 C4, qu’il a aussi pilotée (1984) lors de sa carrière en F1.

Que pense Arnoux de...

La F1 d’aujourd’hui ?

« Ce genre de courses n’aurait pas sa place évidemment, répond-il. Aujourd’hui ce ne serait plus possible. On vous aurait mis en prison [rires...] pour ce genre de comportement. Aujourd’hui, on se touche à peine, et on vous met sous investigation. Alors, revoyez la scène, on s’est touché sept fois... C’est la prison qui nous attendrait aujourd’hui. La F1 est devenue un championnat du monde des constructeurs, non pas des pilotes. Je préfère voir des courses de motos. Aujourd’hui, c’est l’affaire de Mercedes et de Ferrari. À mon époque, on pouvait s’élancer de la huitième position et espérer gagner. Ce n’est plus le cas. »

La pénalité imposée à Sebastian Vettel à Montréal ?

« Les pilotes savent très bien qu’ils sont surveillés de près. Avec toutes ces caméras, rien n’échappe aux commissaires. Dans ce cas précis, Vettel aurait dû laisser Hamilton dans l’espoir par la suite de le doubler avant la fin de la course. On sait très bien que, quand on coupe une chicane et qu’on se retrouve sur le gazon, on doit laisser passer celui qui est derrière. Si Hamilton n’avait pas freiné, l’accrochage était inévitable et les deux auraient probablement abandonné. »

Sa victoire à Montréal en 1983 ?

« C’est aussi un bon souvenir. J’adore le tracé à Montréal, il est rapide et l’ambiance est formidable. Cet engouement pour la F1 chez vous au Canada, c’est surtout grâce à Gilles. Il a été aussi un ambassadeur hors pair pour la F1 à travers le monde. C’est vrai que de gagner sur un circuit qui porte son nom me donne une valeur supplémentaire. D’autant plus qu’elle a été acquise à bord d’une Ferrari et un an après son décès tragique. »