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Rédemption sous les tropiques

Jacques Lanctôt
Photo Pierre-Paul Poulin Jacques Lanctôt

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Il suffit parfois d’une personne pour changer le destin de tout un pays. Dans son premier roman historique, Jacques Lanctôt explore les dessous de la révolution cubaine à travers la rencontre d’un tueur à gages et d’un prêtre en quête de rédemption.

« J’ai voulu montrer comment, au contact d’une certaine humanité, un être extrêmement mauvais peut se convertir en la personne qu’il aurait dû devenir », expose en entrevue l’auteur et chroniqueur au Journal.

La trame de Don Giuliano nous plonge au début des années 1960. Le régime cubain a déclaré le caractère socialiste de sa révolution au grand dam des États-Unis et des exilés cubains. Les familles mafieuses sont aussi en rogne, car elles sont privées de juteux revenus des hôtels et des casinos, dont elles avaient le contrôle sous le régime de Batista.

<b><i>Don Giuliano</i></b><br />
Jacques Lanctôt<br />
Éditions Libre Expression
Photo courtoisie
Don Giuliano
Jacques Lanctôt
Éditions Libre Expression

La pègre de Chicago échafaude un plan audacieux pour faire basculer le régime et récupérer ses intérêts sur l’île : supprimer Fidel Castro ! La délicate mission est confiée à Lino Mandolini, un jeune sicaire de Marseille à l’ambition dévorante.

Une fois à Cuba, sa route croise celle d’un prêtre canadien, Julien Casavant, dit Don Giuliano. Apôtre de la théologie de la libération, l’homme démasque les plans du caïd et tente de le ramener sur le droit chemin. Entre le tueur et l’homme de foi se dessine une improbable relation où chacun sera placé devant ses propres contradictions. « L’homme mauvais n’est pas essentiellement mauvais. Même le criminel le plus endurci peut se mettre à ­pleurer devant toi et ouvrir son cœur. J’ai appris ça en prison », raconte l’ancien felquiste.

Faits réels

L’auteur accroche son récit sur plusieurs faits historiques, à commencer par les nombreuses tentatives d’assassinat de la CIA et de la mafia contre le dirigeant Fidel Castro, mort de vieillesse en 2016. « Selon les autorités cubaines, Fidel a été victime de plus d’une centaine de tentatives, que ce soit par franc-tireur ou par empoisonnement. D’autres moyens plus loufoques ont été étudiés, comme contaminer une combinaison de plongée sous-marine parce qu’il aimait ce sport ! Bref, j’ai voulu me faire plaisir en agrémentant à ma façon un mélange de faits et de fiction. »

Le personnage de Don Giuliano est également inspiré d’un véritable prêtre. « Un peu par hasard, j’ai appris l’existence de ce curé québécois, aujourd’hui décédé. Il était resté à Cuba après la révolution parce qu’il avait sympathisé avec la guérilla, et pour cette raison, son ordre l’avait renié. » Dans le roman, le père Casavant prend les traits d’un homme bienveillant, mais qui en a lourd sur la conscience. « Bien qu’il soit proche des gens, il a participé à la violence. Le prêtre voit dans le personnage du mafioso une occasion de racheter ses propres fautes. »

Lettre d’amour à Cuba

Tout comme son personnage de Don Giuliano, l’amour de Jacques Lanctôt pour Cuba est palpable. Dans le récit, les lieux, les gens, voire les odeurs sont décrits avec un grand souci d’authenticité, impression sans doute renforcée quand on sait que l’écrivain a trouvé refuge dans l’île socialiste pendant quelques années après les événements d’octobre 1970. « J’éprouve un amour presque irrationnel pour Cuba, confie-t-il. Peut-être que ça s’explique parce que c’était émouvant d’être accueilli dans un pays après des mois de clandestinité. Une chose est sûre, j’ai voulu partager avec les lecteurs ma passion pour ce pays fait de lumière et de gens chaleureux. »

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