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Être d’ailleurs

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Profitant du long congé, je vous écris devant mon lac. Une mer d’huile pour l’instant, qui sera troublée par des orages en journée.

Grandi à Métabetchouan, j’habite Québec depuis 17 ans. D’abord à Sainte-Foy, ensuite dans la vieille ville, puis à Limoilou. C’est lorsque je suis arrivé dans ce quartier, où je me suis vite implanté, que c’est à ma vie dans la capitale que je me suis mis à faire référence en disant « chez nous ».

En même temps, chaque fois que je viens chez ma mère, par obligation professionnelle ou familiale ou pour m’y reposer, cette certitude qui revient. Celle de me trouver là d’où je suis réellement. De me rapprocher de cet « Alma » qui figure sur mes cartes d’identité et de la seule terre où il y aurait un sens à m’y faire enterrer, parce que mes ancêtres y reposent.

Mêlé

C’est un étrange sentiment, celui d’être d’ailleurs. Avec le temps, je suis définitivement devenu « un gars de Québec », dans sa déclinaison urbaine. Ça définit mes préoccupations et l’idée que je me fais de mon futur. J’y suis heureux.

En même temps, reste cette pensée constante. Celle de ne pas rendre mon dû au lieu qui m’a donné la vie.

Et sans compter tous ces partisans du 3e lien Québec-Lévis qui m’écrivent de retourner vivre à Montréal. Un gars devient mêlé !

Brutal et complexe

Ça, c’est le sentiment d’un gars qui vit à 225 km de l’endroit où il est né et qui se le fait souvent remettre dans la face, qu’il est d’ailleurs.

Imaginez ce que c’est pour de vraies personnes immigrantes, qui ont changé de continent pour vivre ici et qui s’y sont installées dans des conditions vraiment moins propices que les miennes. Le choc est d’autant plus brutal et l’adaptation est autrement plus complexe.

L’exil, le vrai.

On a le droit de protéger notre culture. On a le devoir de l’affirmer. Ça n’empêche pas d’essayer de se mettre à la place de ceux qui sont vraiment d’ailleurs.