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Inoubliables: Joël Denis

Chaque semaine, Le Journal retrouve des artistes qui ont connu la gloire, mais qu’on voit moins depuis quelques années. On ne les a pas oubliés pour autant...

Joël Denis
Photo Jean-Luc Barmaverain Joël Denis

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Mégastar des années 1960 et 1970, coanimateur de l’émission phare Jeunesse d’aujourd’hui, diffusée aux premières heures de Télé-Métropole (TVA), il a fait danser les Québécois sur le Ya Ya, sur les Hey, Hey Lolita et Quoi de neuf Pussycat et fait chanter L’École est finie à toute une génération d’étudiants en fin d’année scolaire. C’est sans compter sa réputation de méchant garnement, alors qu’inspiré par le bed-in de son idole John Lennon, lui et sa famille avaient montré leurs fesses, il y a 50 ans, en première page d’un hebdo. Joël Denis, amuseur dynamique et provocateur.

Vous avez commencé votre carrière en exerçant le métier de « garçon de table chantant » à la fin des années 1950. Quel était ce drôle de métier ?

On passait aux tables et on chantait. Je pesais 122 lb mouillé à l’époque ! Mon chien berger allemand m’attendait dans mon vieux bazou. Je travaillais au Café St-Jacques avec Rina Ketty qui arrivait d’Europe. Pendant que je chantais des chansons très françaises, elle passait la quête. Des fois, il y avait 300 $ dans le verre. Je ne gagnais que 20 $ de salaire, mais avec ces pourboires, 4 à 5 jours par semaine, c’était très payant. D’autant plus que je ne payais pas de pension à ma mère !

Jacques Normand vous a donné votre première chance, et grâce à lui, vous avez joué dans la revue Nez à nez avec Roger Baulu. Comment viviez-vous cette expérience ?

Avec Roger Baulu, je me sentais comme une grosse vedette. Un admirateur m’avait fait confectionner un costume français très chic, c’était pour moi la fin du monde ! J’ai connu un succès monstre dans les cabarets.

Un grand nombre de jeunes aujourd’hui tentent de devenir des stars, mais à l’époque c’était plus rare. Qu’est-ce qui vous a amené à la chanson ?

Avec Denise Filiatrault, en 1960, alors que la comédienne était nommée Miss radio-télévision. Quant à Joël, 23 ans, il était élu Découverte de l’année par Radio-Canada. Ce n’était que le début de la grande aventure.
Photo d'archives, Denis Brodeur
Avec Denise Filiatrault, en 1960, alors que la comédienne était nommée Miss radio-télévision. Quant à Joël, 23 ans, il était élu Découverte de l’année par Radio-Canada. Ce n’était que le début de la grande aventure.

C’était dans mon ADN. Mon père avait fait de la musique toute sa vie. Mes sœurs suivaient des cours de ballet, de diction. Moi, j’ai suivi des cours de chant avec madame Audet. Et puis j’ai fait de la musique pour mon père à son hôtel St-Paul. Les samedis soir, j’étais le king chez popa. Je chantais du Yves Montand­­­.

Vous avez été l’un des artistes invités régulièrement aux émissions de variétés de Radio-Canada, puis vous êtes devenu coanimateur de ­l’émission culte Jeunesse ­d’aujourd’hui à Télé-Métropole (TVA), fraîchement fondée. Comment­­­ était-ce à l’époque ?

Joël Denis au début des années 1960, alors qu’il animait (avec Pierre Lalonde) la populaire émission <i>Jeunesse d’aujourd’hui</i>, qui le propulsa au rang de vedette.
Photo d'archives, CFTM-TV
Joël Denis au début des années 1960, alors qu’il animait (avec Pierre Lalonde) la populaire émission Jeunesse d’aujourd’hui, qui le propulsa au rang de vedette.

À Radio-Canada, j’étais l’un des seuls fantaisistes, alors on m’utilisait ­beaucoup. Je chantais avec des orchestres de 14 musiciens. J’étais le gars qui dansait, un vrai martien pour l’époque ! Et puis Télé-Métropole m’a proposé de venir animer Jeunesse ­d’aujourd’hui avec le chanteur de charme Pierre Lalonde. Lalonde et moi, on était très différents. Lui, le charmeur, moi, l’amuseur. Ç’a fait POW ! Ç’a été de la dynamite !

Vous avez une réputation de ­mauvais garçon, de gars flyé. Est-ce une réputation surfaite ?

Partout, j’étais le bad boy. J’avais même reçu le prix « citron » (remis à une ­célébrité réputée pour son ­supposé ­mauvais caractère). Mais j’avais eu ­tellement de publicité pour ce prix, ­beaucoup plus que le prix orange, même Lise Payette m’avait invité à son ­émission. Alors ç’a été le dernier prix citron. À cause de moi !

Vous êtes toujours bourré d’énergie. À 82 ans, quel est votre secret ?

J’ai tellement d’énergie que ma fille me dit que je ne suis pas normal (rires). Mon secret, c’est que j’ai une grande qualité. Je sais m’arrêter et m’écraser en pyjama à la maison. Alors, je ne fais rien, je me traîne les pieds et je récupère très rapidement. Je n’ai pas de vie sociale, j’écoute des films, des documentaires. Je ne sors jamais.

À une époque vous chantiez Quand j’aurai 75 ans, une adaptation de When I’m 64, des Beatles, chanson qui parle d’être vieux et heureux à deux, en faisant les courses et la cuisine. Est-ce que votre vie ressemble à ça aujourd’hui ?

Pas pantoute ! Ça me fait chier d’avoir 82 ans ! J’aurais aimé rester à 55 ans. C’est un bel âge pour un homme. On a des connaissances et de l’expérience.

Au moins, je cuisine avec mes chats ! (rires)

Parmi vos succès se trouvent ­plusieurs adaptations de chansons américaines et françaises, dont Quoi de neuf Pussycat (Tom Jones), L’école est finie (Sheila), et votre méga-succès Ya Ya (Lee Dorsey). Était-ce plus facile d’exercer ainsi le métier ?

Pas du tout. Pierre Lalonde, comme chanteur de charme, avait du succès tout le temps. Moi, je devais trouver des tounes qui m’habitaient bien. Je ne l’ai pas eu facile.

En 1965, vous avez joué à la télé et au cinéma, notamment dans le rôle principal du film Pas de vacances pour les idoles, l’un des ancêtres des films et séries « réalité ». Pourquoi n’avez-vous pas obtenu d’autres grands rôles ?

J’ai adoré travailler avec Denis Héroux et le film a bien marché. [...] Plus tard (en 1994), j’ai joué dans la série René Lévesque­­­ (Père Hamel) et je crois que j’ai livré la marchandise. Mais par la suite je n’ai jamais rien décroché. Je n’ai pas été chanceux. Ce n’est pas toujours évident pour les loups solitaires comme moi. Je suis le gars le plus plate au monde, inodore et incolore (rires) ! Même mes chats me trouvent ennuyeux !

En 1969, peu de temps après avoir rencontré John Lennon et Yoko Ono lors de leur bed-in à Montréal, vous avez, comme eux, posé nu (de dos) avec votre femme et vos trois ­enfants. Quelle était cette idée folle ?

J’avais en effet montré mes fesses dans un journal, avec ma famille. Je voulais provoquer des choses. J’étais tanné de mon image. Pour provoquer, ç’a avait provoqué ! On m’a crucifié sur la place publique et après j’ai crevé de faim longtemps. J’ai été cave. J’ai brassé de la merde et j’en ai récolté (rires).

Vous n’avez pas dit votre dernier mot. Qu’est-ce que vous préparez ?

À l’hiver 1982, Joël Denis désormais devenu l’un des fameux <i>Tannants</i> de TVA, posait sagement avec ses grandes lunettes à la mode.
Photo d'archives, Alfred Lanctot
À l’hiver 1982, Joël Denis désormais devenu l’un des fameux Tannants de TVA, posait sagement avec ses grandes lunettes à la mode.

Après la tournée des Tannants, ­terminée en 2017, j’ai pris un break. Mais là, je viens d’écrire un nouveau ­spectacle, Venez revivre l’époque du Vaudeville avec Joël Denis, pour ­l’automne prochain. C’est un spectacle de chansons, sketches, costumes, comme les Guimond et Blanchard en faisaient.

Chacun son chemin

  • Joël Denis est né à Montréal le 11 octobre 1936. (83 ans cet automne). Son nom véritable est Denis Laplante. Pour nom d’artiste, il avait choisi le prénom Joël de son neveu et le nom Denis « plus showbiz que Laplante » croit-il.
  • Il a fait ses débuts au Café Saint-Jacques, célèbre cabaret de Montréal, à titre de « garçon de table chantant ». Après avoir joué dans la revue Nez à nez avec Roger Baulu, « le prince des annonceurs », il participa à l’émission de variétés Music-Hall animée par Michelle Tisseyre à ­Radio-Canada, où il fit un malheur avec son interprétation du Danseur de Charleston de Philippe Clay. Il ­devint alors l’un des invités réguliers de Radio-Canada.
  • De 1962 à 1965, il coanima la ­populaire émission Jeunesse ­d’aujourd’hui avec Pierre Lalonde, à Télé-Métropole (TVA), la deuxième chaîne de télé francophone qui venait d’être inaugurée.
  • En 1965, il joua le premier rôle du film Pas de vacances pour les idoles de Denis Héroux qui raconte les ­péripéties d’un chanteur, à la manière de la comédie A Hard Day’s Night sur le quotidien des Beatles.
  • Parmi ses succès se trouvent les chansons L’école est finie, Ya-Ya, Quoi de neuf Pussycat ?, Le Citronnier, Mon vin d’été avec Patsy Gallant et C’ta pas encore fait. Il a lancé plus de dix albums et un grand nombre de simples, au fil de sa carrière. Il a été de ­plusieurs revues musicales, dont celles de Muriel Millard.
  • De 1972 à 1976, il a coanimé l’émission Les Tannants avec Pierre ­Marcotte et Shirley Théroux, à TVA.
  • Plus récemment, il a participé à plusieurs tournées rétro, dont celle des Tannants. Il présente régulièrement un spectacle solo dans lequel il reprend ses succès. Il sera de quelques festivals cet été.
  • Il prépare un nouveau spectacle intitulé Venez revivre l’époque du Vaudeville avec Joël Denis, pour cet automne. Voir sa page Facebook Joël Denis Laplante.
  • Joël est propriétaire d’une compagnie de crémation pour petits animaux, chiens et chats, Au pays de l’arc-en-ciel.