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Le Vermont investit plus dans ses chaussées et ça roule

L’État américain situé juste au sud accorde deux fois plus d’argent par kilomètre de voie pour l’asphaltage

Vermont
Photo Antoine Robitaille

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Les automobilistes québécois le disent souvent : en termes de routes, « ils l’ont l’affaire, les Américains. » Le secret ? Un peu plus épais d’asphalte, mais surtout beaucoup plus d’argent.  

Pour chaque dollar que Québec met dans l’entretien d’un kilomètre de chaussée, l’État du Vermont en met environ deux, a calculé notre Bureau d’enquête.   

Le ministère des Transports du Québec (MTQ) investit 8000 $ par kilomètre de voie par année, alors qu’au Vermont, c’est plus de 16 000 $.   

Les montants pris en compte sont tous ceux liés à l’asphaltage et à la reconstruction de chaussées.   

Le Vermont a donc choisi d’investir davantage dans l’entretien de ses routes que dans d’autres services publics. Près de 2 % du budget total de l’État américain est consacré aux chaussées. Au Québec, cela compte pour 0,6 % du portefeuille provincial.   

« Nous sommes vraiment centrés sur la préservation de nos infrastructures plutôt que sur la reconstruction, indique le directeur du programme de sécurité et de design des autoroutes de l’Agence du transport du Vermont, Jesse Delvin. Dans beaucoup de cas, on peut seulement mettre une fine couche d’asphalte sur une route dans un état moyen. »   

Mêmes matériaux  

« Les reconstructions en profondeur sont très rares » sur les routes du Vermont, explique M. Delvin.   

Selon le directeur technique chez Bitume Québec, Florian Lafage, il s’agit d’une approche complètement différente de celle du MTQ.    

« Ils ajoutent des fines couches plus souvent, comme ça l’usure n’est jamais remarquée. Ici, on est plus souvent dans l’urgence », indique cet expert qui travaille pour un organisme représentant l’industrie de l’asphalte.   

Les matériaux utilisés pour construire les routes vermontoises sont les mêmes que ceux employés ici. Du sable pour la sous-fondation, du gravier pour la fondation, puis de l’enrobé bitumineux (un mélange de bitume et de roches) sur le dessus.    

La qualité des roches et du bitume est essentiellement la même. Des entreprises québécoises d’asphalte fournissent d’ailleurs le Vermont.   

Plus épais  

Mais là où le Green Mountain State se démarque, c’est l’épaisseur d’enrobé bitumineux mis sur les chemins.   

« Dans le cas d’une reconstruction complète, pour une route très fréquentée, nous serions autour de 10 pouces d’asphalte [254 mm] », évoque Jesse Delvin.   

Mettre plus épais d’asphalte peut permettre d’allonger la durée de vie d’une route.   

Un document du MTQ datant de 2004 mentionnait d’ailleurs l’avantage « économique » de concevoir des chaussées plus épaisses. « L’ajout de 50 mm d’enrobé bitumineux lors de la construction initiale fait passer la durée de vie structurale de 15 ans à 60 années », lit-on dans l’avis.    

M. Lafage rappelle que les normes du ministère entrent parfois en conflit avec celles de l’industrie.   

« On demande toujours le minimum », dit-il, en soulignant qu’il n’est pas rare que le ministère exige des couches plus minces « pour des raisons essentiellement budgétaires ».   

Selon l’expert en conception au laboratoire en chaussée du MTQ, Guy Bergeron, l’industrie souhaite toujours vendre plus d’asphalte, ce qui n’est pas nécessairement avantageux quand on fait du resurfaçage.   

« Ça ne changera pas grand-chose pour la durée de vie que vous mettiez 45 mm ou 65 mm sur une route où il y a un pied d’asphalte fissuré », juge-t-il.     

Qui dit vrai ?   

Les autorités du Vermont affirment appliquer une épaisse couche d’asphalte (environ 250 mm) sur leurs routes les plus achalandées. Qu’en est-il au Québec ? Les versions sont contradictoires.   

 ♦ Le professeur au Département de génie civil de l’Université Laval Guy Doré et le directeur technique chez Bitume Québec, Florian Lafage, affirment que pour la plupart des autoroutes, c’est entre 150 et 200 mm.    

 ♦ L’expert en conception au laboratoire en chaussée du MTQ, Guy Bergeron, dit qu’« à Montréal, il n’y en a pas beaucoup en bas de 300 mm ».   

 ♦ Des documents techniques montrent que le MTQ a exigé l’an dernier une pose de 240 mm d’asphalte sur l’autoroute 25 entre Terrebonne et Laval.    

Dépenses annuelles par kilomètre de voie    

  •  Québec (2017-2018) 7909 $  
  •  Vermont (2017) 16 337 $  
  •  New York (2017) 30 370 $*    

 Sources : Vermont Agency of Transportation, ministère des Transports du Québec et Reason Foundation  

 *Notre Bureau d’enquête n’a pas pu contre-vérifier ces chiffres de la Reason Foundation  

Encore plus d’argent pour New York   

Selon un rapport de la Reason Foundation, l’État de New York met quatre fois plus d’argent par kilomètre de voie que la Belle Province sur son réseau routier.   

Mais contrairement au Québec et au Vermont, l’Empire State a une majorité d’autoroutes construites en béton ou avec une fondation en béton et de l’asphalte en surface.   

« L’État de New York investit plus que jamais, indique le porte-parole du Department of Transportation, Glenn Blain. Il s’agit d’un des réseaux les plus vieux et les plus utilisés au pays. »   

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